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Robert Trudel visé par des allégations d'inconduites sexuelles et de harcèlement

Cinq femmes inspirées par le mouvement #MoiAussi disent avoir été victimes d'inconduites à caractère sexuel, d'intimidation ou de harcèlement de la part du directeur général de la Cité de l'énergie de Shawinigan, Robert Trudel. Aucune plainte n'a cependant été déposée à la police pour le moment. Robert Trudel a refusé de nous accorder une entrevue et dit vouloir se retirer temporairement de ses fonctions.

Un texte de Marie-Pier Bouchard

Le mouvement #MoiAussi et les récentes révélations de cas d'inconduites sexuelles dans les médias ont rappelé à des femmes de la Mauricie des souvenirs qu'elles auraient préféré oublier, disent-elles.

Sur les cinq femmes qui se sont confiées à Radio-Canada, une seule l’a fait à visage découvert. Les quatre autres ont demandé de rester anonymes parce qu’elles craignent les conséquences sur leur vie personnelle et professionnelle.

Robert Trudel est considéré comme un homme influent de Shawinigan. Il est le fondateur et le directeur général de la Cité de l'énergie, un fleuron touristique de la Mauricie.

Deux femmes qui ont travaillé dans l’industrie touristique de la région affirment que Robert Trudel aurait eu des comportements inadéquats, il y a près de 10 ans, pendant qu’il était en position d’autorité professionnelle.

Elles disent s’être senties manipulées alors qu’elles traversaient une période difficile dans leur vie personnelle.

La chambre d'hôtel

Brigitte (nom fictif) raconte qu’elle se souvient très bien de cette soirée où tout aurait basculé dans sa chambre d’hôtel. Elle participait, avec Robert Trudel, à un événement professionnel qui avait lieu à l’extérieur de la région. C’était au début de l’année 2009.

Avant la tenue de l’événement, Robert Trudel aurait demandé à Brigitte de réserver deux chambres d’hôtel avec une porte communicante, évoquant l’importance d’une surveillance en raison de ses problèmes cardiaques. Ce qu’elle aurait accepté.

« Ce soir-là, on n'a pas abusé de mon corps, mais de ma bonté », dit Brigitte.

Ils auraient regardé les nouvelles de fin de soirée ensemble quand, soudainement, il se serait mis à l’embrasser et à la toucher raconte-t-elle dans une longue lettre remise à Radio-Canada.

Robert Trudel serait rapidement revenu sur les événements le lendemain, raconte-t-elle, lui disant que c’était elle qui l’avait séduit et qu’il acceptait cette relation avec elle. « Comme si c’était moi qui avais tout initié », dit Brigitte, qui s’en veut de l’avoir laissé faire.

« Qu'est-ce que j'ai fait qui aurait pu être mal interprété? Est-ce que j'ai fait "l'agace" et à moi de l'assumer maintenant? », s’est-elle demandé, envahie par la culpabilité.

« C'était à moi de dire non. Je ne l'ai pas fait, j'étais en dedans de moi incapable de le faire. J'ai laissé faire : pas encouragé, mais laissé faire! Je n'ai pas dit oui, mais je n'ai pas dit clairement non! », ajoute-t-elle dans son témoignage.

Brigitte admet, honteusement dit-elle, avoir eu, pendant plusieurs mois par la suite, des relations sexuelles avec Robert Trudel, « ne me sentant pas libre de refuser », indique-t-elle. Il était président du conseil d'administration de l'organisation pour laquelle elle travaillait.

Au cours de cette période, Robert Trudel aurait modifié régulièrement son agenda pour gagner du temps « d’intimité » avec elle.

« Il avait pris l'habitude de m'appeler, de me consulter sur tout et rien. Il a envahi mon espace professionnel, mais également, personnel, pour pouvoir faire partie de mon quotidien. Il a fait tomber mes barrières une à une », se souvient Brigitte.

Près de deux ans après l'épisode de la chambre d'hôtel, elle aurait voulu prendre ses distances, mais incapable de confronter Robert Trudel, Brigitte aurait préféré le fuir, ce qui l’aurait mis en colère.

Brigitte raconte avoir eu peur de Robert Trudel quand il l’aurait suivie sur l’autoroute un matin de janvier en 2011.

Après que Brigitte eut pris ses distances avec lui, deux collègues de l’époque racontent l’avoir vu pleurer au bureau après des rencontres avec Robert Trudel.

Quelques semaines plus tard, elle a pris un congé de maladie de plusieurs mois, une période au cours de laquelle elle dit avoir craint Robert Trudel qui serait passé souvent devant sa maison.

« Je demandais à mon conjoint de prendre ma voiture pour aller au travail pour faire penser que je n’étais pas seule à la maison devant la crainte qu'il [Robert Trudel] débarque chez moi », raconte Brigitte.

Malgré une apparence de consentement, le psychologue et sexologue Marc Ravart, qui se spécialise dans les troubles du comportement sexuel, doute du consentement libre et éclairé des femmes.

« C'est clairement un conflit d'intérêts et de rôle par rapport au lien professionnel. Souvent, ces relations-là finissent mal », explique-t-il.

Les menaces

Été 2009. Chantal (nom fictif) aurait vu Robert Trudel passer devant sa résidence en voiture plusieurs fois par jour au cours des semaines qui ont suivi la fin d’une liaison qu’ils auraient entretenue pendant quelques semaines.

Selon elle, Robert Trudel aurait difficilement accepté qu’elle y mette un terme. Elle raconte qu’il se serait arrêté quelques fois chez elle pour lui demander d’avoir à nouveau des rapports sexuels avec lui.

L’insistance de Robert Trudel aurait cessé lorsqu'il aurait appris qu’elle s’était confiée à un proche.

Robert Trudel lui aurait alors donné rendez-vous et lui aurait entre autres mentionné que tous les rapports sexuels avaient été enregistrés et filmés, laissant sous-entendre qu'il pouvait utiliser ce matériel pour nuire à sa réputation.

Plus d’un an plus tard, au début de l’année 2011, Chantal a été invitée à participer, avec Robert Trudel, à un événement professionnel à l’extérieur de la région.

Malgré une mise au point qu’elle aurait faite avant le départ, lui demandant de ne pas l’approcher et de ne pas la toucher, il aurait tenté de l’embrasser.

Tout comme Brigitte, Chantal raconte qu’à l’époque, elle traversait une période difficile. Les deux femmes ont choisi de quitter définitivement leur emploi, pour ne plus avoir à le rencontrer et elles ont réorienté leur carrière.

Rencontres embarrassantes

Isabelle (nom fictif) allègue que Robert Trudel lui aurait fait des avances, il y a six ans, lors de rencontres alors qu’il était en position d’autorité professionnelle.

Sur une période d’un an, il lui aurait posé de nombreuses questions indiscrètes sur sa vie sexuelle et lui aurait proposé, une dizaine de fois selon elle, de devenir sa maîtresse, ce qu’elle aurait toujours refusé.

Des offres qui auraient été présentées lors de rencontres seule avec lui dans son bureau et à l’occasion d’événements professionnels à l’extérieur du bureau.

Isabelle nous raconte que cela l’aurait rendue très mal à l’aise.

« C’est comme si on ne se sent pas à l’aise de repousser Robert Trudel. J’ai déjà essayé de lui demander qu’on se remette à travailler et ça l’a irrité », raconte-t-elle.

Une autre femme, Lucie (nom fictif), confie qu’il y a près de trois ans, Robert Trudel l’aurait enlacée et embrassée quand il s’est présenté dans son bureau. Son organisation était appelée à l’époque à collaborer ponctuellement avec la Cité de l’énergie, dirigée par Robert Trudel.

Lucie raconte, dans un témoignage écrit, qu’elle aurait repoussé Robert Trudel. Elle n’aurait pas dénoncé ces agissements, expliquant avoir voulu protéger sa carrière et son entreprise.

Malaises lors d’une séance de maquillage

Lisane Boucher a croisé Robert Trudel dans un tout autre contexte. Elle l’a maquillé le 22 juin 2010 pour l’émission Par-delà l’image qui était animée par Louise Lacoursière et diffusée à VOX, une station de télévision qui s'appelle aujourd'hui MAtv.

Selon elle, dès son arrivée à la station, Robert Trudel aurait fait des blagues à caractère sexuel qui auraient mis l’équipe mal à l’aise.

Quand elle l'a maquillé, Lisane se souvient qu’il lui aurait raconté une histoire décousue.

« Il s’est levé de sa chaise, il m’a pris, il a mis ses mains dans mon dos pis il m’a collée sur lui. Il a pressé ma poitrine sur lui pour sentir mes seins », se souvient Lisane Boucher.

Elle raconte avoir quitté les lieux en pleurs pour se réfugier chez ses parents.

L’avait-elle provoqué? Était-elle habillée convenablement pour le travail? Autant de questions qui se seraient bousculées dans sa tête à la suite de l’événement.

Deux ans plus tard, à l’été 2012, on a demandé à Lisane Boucher de maquiller l’ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien, au musée du même nom. Ayant appris que Robert Trudel allait être sur les lieux du tournage, elle a accepté le contrat à condition que l’équipe surveille l’entrée de la salle pour qu’elle n’ait pas à le croiser.

Lisane Boucher est la seule qui a accepté de raconter son histoire à visage découvert. Elle souhaite que son témoignage convainque des femmes de dénoncer les comportements qu’elles jugent inadéquats.

Après la honte et la culpabilité

Avec le recul, ces femmes considèrent que les agissements allégués de Robert Trudel étaient inacceptables.

Toutes ces femmes affirment avoir longtemps ressenti beaucoup de culpabilité, mais aujourd’hui, elles se sentent prêtes à briser le silence.

« On en vient à passer sous silence des inconduites à caractère sexuel en se convainquant que ça fait partie du personnage », dit Lucie.

« Je ne veux pas être une tête d’affiche. J’ai envie d’encourager les femmes à se lever et dire : "Ça, on n’accepte plus ça. On l’a toléré pour toutes sortes de raisons, là c’est fini" », conclut Lisane Boucher.

Réaction de Robert Trudel

Radio-Canada a offert à Robert Trudel de réagir à ces allégations. Il a d'abord accepté de nous rencontrer et peu de temps avant le rendez-vous convenu, il a annulé pour nous demander un délai supplémentaire.

M. Trudel a évoqué des raisons de santé et la volonté de consulter un avocat. Après plusieurs discussions avec lui et avec son avocate, M. Trudel a finalement refusé de nous accorder une entrevue.

Dans une déclaration transmise par son avocate, il se dit surpris.

Pour joindre la journaliste Marie-Pier Bouchard :

marie-pier.bouchard@radio-canada.ca

819-244-1992

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