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Sauver la truite mouchetée au parc national de la Mauricie

La population de truites mouchetées (ou ombles de fontaine) est en chute libre au lac La Pipe dans le nord-ouest du parc national de la Mauricie. Pour sauvegarder l'espèce indigène, Parcs Canada y enlève une à une les milliers de billes de bois laissées par la drave, redonnant ainsi une bouffée d'oxygène à l'écosystème.

Un texte de Marie-Eve Cousineau

Parcs Canada a entrepris de restaurer le lac La Pipe au printemps. Une dizaine d'employés participent au projet, dont le coût est de 700 000 $.

L'objectif : rétablir l'intégrité écologique du lac, c'est-à-dire son état « avant que l'homme blanc ne commence à l'exploiter de façon industrielle » autour de 1820, indique Albert Van Dijk, gestionnaire de la conservation au parc national de la Mauricie.

Avant la création du parc national de la Mauricie en 1970, des compagnies forestières ont exploité ce territoire. Des draveurs ont longtemps assuré le transport fluvial des billots de bois du lac La Pipe jusqu'à la rivière Matawin.

Ces activités humaines ont laissé des traces. Les anciens barrages, construits par l'industrie pour la drave, ont élevé le niveau de l'eau du lac La Pipe, érodant du même coup les berges. Les milliers de billes de bois, qui se trouvent toujours au fond des eaux, nuisent à la reproduction de la truite mouchetée.

« Le bois, toute l'érosion du sable, du limon, de l'argile, du sol arrivent sur les frayères d'ombles de fontaine, explique Marc-André Lamothe, technicien en conservation des ressources de Parcs Canada. Ça s'accumule, ça s'accumule. Tranquillement, l'omble de fontaine est toujours défavorisé. »

Lors d'un comptage au lac La Pipe au printemps, l'équipe de Parcs Canada a d'ailleurs capturé dans ses filets 40 truites mouchetées, contre 12 000 perchaudes.

Dans le passé, la truite mouchetée était pratiquement la seule espèce de poisson du lac La Pipe. La perchaude y a été introduite par l'homme.

« Il y avait une période où le territoire était découpé par plein de clubs de chasse et pêche, explique Albert Van Dijk. Probablement que la perchaude a été introduite pour améliorer la pêche ou créer une autre espèce intéressante pour les pêcheurs. » La perchaude peut aussi avoir servi d'appât pour pêcher d'autres poissons dans le lac.

60 000 billes de bois retirées

Pour donner un second souffle à la truite mouchetée, les employés de Parcs Canada retirent à la main, à l'aide d'un « pic », les billes de bois dans le lac La Pipe. « On dédvrave ! », dit Marc-André Lamothe, technicien en conservation des ressources de Parcs Canada.

Depuis 2004, quelque 60 000 billes de bois ont été enlevées dans les 16 lacs jusqu'à présent restaurés au parc national de la Mauricie.

Au terme du projet, dans environ quatre ans, le lac La Pipe sera ensemencé de truites mouchetées. Mais avant, Parcs Canada fera asperger l'étendue d'eau de roténone, un puissant pesticide organique qui tue tous les poissons. Un procédé utilisé au Québec, qui demeure controversé.

Selon Albert Van Dijk, il s'agit de la seule méthode permettant d'éliminer les espèces exotiques (ex.: la perchaude) avant la réintroduction de la truite mouchetée. « Généralement, le lac se restaure au complet un an après le traitement, ajoute Albert Van Dijk. Tout ce qui vit là-dedans revient. »

C'est le prix à payer, dit Parcs Canada, pour que la nature reprenne ses droits.

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