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Transport et questions identitaires au coeur du 3e débat des candidats à la direction du PQ

Les affrontements entre Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée ont dominé le troisième débat des candidats à la direction du Parti québécois, au grand dam de Martine Ouellet, qui juge « désolant » que ses deux collègues présument de l'état de la course.

Un texte de François Messier

Organisé mardi midi au Cégep de Drummondville, ce débat était axé sur les questions identitaires et la souveraineté. Il a donné lieu à quelques échanges animés, menés le plus souvent à trois, Paul Saint-Pierre Plamondon préférant ne pas se frotter directement à ses adversaires.

Après un premier débat plutôt consensuel sur la souveraineté alimentaire, les aspirants à la succession de Pierre Karl Péladeau se sont affrontés une première fois sur le thème de l'indépendance énergétique, et en particulier sur l'électrification des transports.

M. Lisée et Mme Ouellet se sont alors attaqués de front au projet d'Alexandre Cloutier de construire un train électrique rapide reliant Québec et Montréal, et plus particulièrement à sa volonté de le financer entièrement si le fédéral refusait d'y investir de l'argent.

« Es-tu certain que ça vaut entre 4 et 6 milliards? », lui a lancé M. Lisée, en avançant des chiffres sur le coût total du projet. Selon M. Lisée, il serait plus approprié de préconiser un projet de monorail défendu par l'ingénieur Pierre Couture depuis un certain temps.

« Est-ce que tu penses qu'il est prêt? », lui a répondu M. Cloutier, avant que Mme Ouellet ne l'interrompe pour affirmer que le projet de monorail est à son avis « beaucoup plus intéressant ». La députée de Vachon dit être « extrêmement surprise » de la position de M. Cloutier.

M. Cloutier a finalement convenu qu'il est « vrai qu'on ne doit pas exclure d'autres options ». Il a néanmoins insisté sur l'importance de faire avancer un projet permettant de parcourir le trajet entre la métropole et la capitale en moins de deux heures.

Le cours d'éthique et culture religieuse en procès

Ouvrant par la suite le débat sur la question identitaire, Jean-François Lisée a soutenu qu'il était « absurde » de soumettre les élèves à 10 ans de cours d'éthique et culture religieuse.

Selon lui, ce cours « stéréotype les religions » en mettant l'accent sur des pratiques religieuses qui ne sont même pas observées par une majorité des juifs et des musulmans de la province. Il importe plutôt selon lui d'enseigner la citoyenneté québécoise, en abordant diverses questions, dont celles liées à la radicalisation.

Paul Saint-Pierre Plamondon s'est fait remarquer en dénonçant la « culture du mensonge » qui entoure selon lui les cours d'histoire. « Il faut évacuer le mensonge si on veut se rendre au projet de pays », a-t-il fait valoir.

Selon l'ancien « orphelin politique », seul candidat à ne pas siéger à l'Assemblée nationale, les cours actuels « évacuent notre conscience nationale » du débat, le PLQ aspirant plutôt selon lui à faire des élèves des « robots » ou des « facteurs de production ».

Martine Ouellet s'est engouffrée dans ce débat en accusant le gouvernement Couillard d'être « obscurantiste » en matière d'enseignement de l'histoire. « Ils ne veulent pas que les gens connaissent leur histoire », a-t-elle ajouté.

Après avoir plaidé comme dans tous les débats pour un « réinvestissement massif » dans l'éducation, qu'il veut ériger en « priorité nationale », M. Cloutier s'est dit ouvert à ce que des « composantes » sur la citoyenneté soient incluses dans le cours d'éthique et culture religieuse.

Il a aussi plaidé pour la réintroduction de cours d'éducation sexuelle dans les écoles, en saluant la position « audacieuse » adoptée à ce sujet par le gouvernement Wynne en Ontario. Ces questions doivent prendre « davantage de place dans notre cursus », a-t-il dit.

Lisée attaqué en matière d'immigration

En matière d'immigration, c'est Jean-François Lisée qui a été la cible des attaques les plus senties, lui qui propose de demander au bureau du vérificateur général de « recommander » un seuil d'immigration permettant les meilleures chances pour les immigrants.

« Tu te défiles de tes responsabilités en pelletant ça dans la cour du vérificateur général! », a rétorqué Martine Ouellet. Selon elle, ce débat implique des « choix politiques », puisqu'il revient au gouvernement de décider du budget à consacrer à ces questions.

« Vas-tu laisser le vérificateur général décider du seuil d'immigration? », a-t-elle lancé à M. Lisée. Ce dernier a convenu que certaines questions reviennent au gouvernement », mais qu'une recommandation du vérificateur général aurait « beaucoup de poids ».

Alexandre Cloutier, qui propose plutôt de mieux arrimer les ressources aux besoins en ce qui concerne l'accueil des nouveaux arrivants, a aussi soutenu que l'approche de M. Lisée avait « un problème de logique ».

Ce tout dernier échange s'est terminé sur une note particulièrement musclée, après qu'Alexandre Cloutier eut accusé Jean-François Lisée de proposer une « charte 3.0 » en préconisant que le gouvernement se contente d'indiquer ses « préférences » en matière de port de signes religieux.

« Tu veux débattre de ça en quatre secondes », a alors lancé M. Lisée, mécontent que M. Cloutier aborde cette question alors que le temps alloué pour ce débat tirait à sa fin, l'empêchant ainsi de répondre. « C'est une façon un peu archaïque de penser le débat », a-t-il ajouté.

M. Lisée a finalement profité de son discours de fermeture pour répondre à son adversaire. Il a plaidé qu'il demeurait crucial de décider quoi faire avec le reste de la défunte charte de la laïcité du gouvernement Marois. « La dernière fois, on essayait de faire trop vite ».

La position de M. Lisée mènerait « à la chicane », a répliqué Alexandre Cloutier.

« De vieilles tactiques politiques », déplore Martine Ouellet

Au terme du débat, Martine Ouellet a dénoncé l'attitude de ses deux collègues. « [Ils] essaient de faire une course à deux », s'est-elle plainte. « C'est désolant de voir ça. C'est des vieilles tactiques politiques. »

Interrogé à ce sujet, M. Lisée s'est contenté de souligner la « qualité des candidats qui font la course », tout en déplorant le retrait de la cinquième candidate. « Je m'ennuie de Véronique Hivon », a-t-il laissé tomber.

Il a ensuite attaqué de nouveau la position de M. Cloutier en matière identitaire, en soulignant que ce dernier est visiblement revenu à une stricte application des recommandations de la commission Bouchard-Taylor : interdire le port de signes religieux chez les personnes en situation d'autorité, comme les juges et les policiers, mais en excluant les enseignants, contrairement à ce qu'il a déjà plaidé auparavant.

« Il va mettre la laïcité dans sa constitution, comme un hochet sans impact sur les signes religieux », a-t-il déclaré. « C'est probablement la position la plus timide qu'on ait connue sur la laïcité depuis de très longues années ».

« Qu'on arrête d'arriver avec de nouvelles versions » de la charte, a répliqué par la suite M. Cloutier. « Il faut trouver l'unité du Parti québécois. »

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