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Troubles du langage chez les enfants : les demandes explosent

Il y a de plus en plus d'enfants qui sont traités pour des troubles du langage. Les demandes ont pratiquement doublé au cours des deux dernières années. En ce moment, ils sont près d'un millier à consulter des ergothérapeutes ou des orthophonistes en Mauricie et au Centre-du-Québec. Et près de 200 sont en attente de service.

Un texte de Claudie Simard

Violette Proulx avait 2 ans quand ses parents ont fait la demande pour consulter un spécialiste. « C'était un enfant qui ne babillait pas beaucoup, le nombre de mots était limité, et sa prononciation était défaillante » raconte sa mère, Marylène Lemire. 

Violette a d'abord participé à des séances de groupe, où un orthophoniste a émis une hypothèse de dyspraxie motrice et verbale.

La portion verbale de ce trouble rend difficile pour elle la prononciation des mots, le choix du bon terme; alors que la portion motrice de la dyspraxie lui donne du fil à retordre quand elle doit attacher son manteau ou encore faire un dessin.

Un trouble neurologique qui ne se guérit pas et qui ne requiert pas de médicament. Violette doit donc faire des exercices pratiques.

Les séances de groupes font partie des services de première ligne du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ). Les enfants de moins de 6 ans sont vus en priorité et reçoivent pratiquement tous un premier service en moins de 3 mois.

Mais la suite est plus complexe. Les parents de Violette ont dû attendre 16 mois avant de poursuivre les traitements avec les services de deuxième ligne, pour les troubles plus importants. Entre temps, ils ont dépensé des milliers de dollars pour voir un ergothérapeute dans une clinique privée.

« On se fait annoncer rapidement que notre enfant a une problématique, et en même temps on se fait dire qu'il faut aller en deuxième ligne, et qu'il faut attendre un an »   une situation difficile admet Michel Proulx le père de Violette

Les parents s'estiment chanceux d'avoir eu une situation financière qui leur a permis de consulter au privé. Mais ce n'est pas le cas pour toutes les familles.

Réorganisation de services

Au CIUSSS MCQ, Martine Morin se dit sûre que les délais d'attente en deuxième ligne s'améliorent, puisque le réseau se réorganise depuis le 1er avril 2015.

Les enfants seront pris en charge à un seul endroit, où tous les spécialistes pourront intervenir. Mais son équipe fait face à une croissance fulgurante des troubles du langage. 

Plus d'enfants atteints qu'auparavant?

Selon Marianne Paul, orthophoniste et professeure au département d'orthophonie à l'Université du Québec à Trois-Rivières, il n'y a pas plus d'enfants atteints de troubles du langage. « Ils sont juste mieux diagnostiqués et plus tôt dans leur développement » explique-t-elle.

Les recherches ont évolué, l'expertise s'est améliorée, les parents sont plus scolarisés et ils détectent mieux les signes précurseurs. Sans oublier le dépistage qui est fait par les éducateurs formés dans les Centres de la Petite enfance partout au Québec.

Quel avenir pour ces enfants ?

Les parents de Violette sont inquiets: est-ce que leur fille sera autonome? « Est-ce qu'elle pourra réaliser ses rêves? » confie sa mère.

La directrice adjointe au continuum santé bien-être physique du CIUSSS MCQ se fait rassurante: « la majorité atteignent un langage fonctionnel ». Elle ajoute que plusieurs peuvent poursuivre des études postsecondaires.

La prochaine étape qui attend Violette est la rentrée scolaire. Elle n'ira pas à la même école que son grand frère.

Elle fréquentera une des 3 écoles primaires de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy où il y a des classes spécifiques pour les élèves ayant des troubles du langage.

Mais même s'il y a du soutien pour les familles, avoir un enfant qui a un trouble du langage impose aux parents de faire un deuil.

« Les objectifs ont changé », dit le père de Violette. « L'objectif était d'avoir un enfant qui réussirait bien dans la vie, et maintenant, c'est qu'elle soit heureuse » nous a-t-il confié la gorge nouée par l'émotion.

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