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Une coopérative de remplacement agricole unique au pays est en péril

Une coopérative qui permet à plusieurs producteurs animaliers du Centre-du-Québec de se faire remplacer sur leur ferme lorsqu'ils veulent prendre congé est menacée de disparition, faute de financement.

Un texte d'Alexandre Duval

La Coopérative de solidarité de services de remplacement agricole a vu le jour en novembre 2014 après avoir fait ses preuves à l'occasion d'un projet pilote mené au Cégep de Victoriaville. Il s'agit d'un modèle unique au pays, qui permet à des producteurs de quitter la ferme de temps à autre.

Moins d'un an plus tard, la Coopérative est en danger. Une subvention de 40 000 $ qu'elle recevait pour l'année en cours ne sera pas renouvelée. De plus, l'organisme compte environ 40 membres alors qu'il lui en faudrait 115 pour être rentable.

La vie avant la Coopérative

Sans l'aide de partenaires financiers, la Coopérative pourrait s'éteindre au bout de deux ans. Ce scénario inquiète les producteurs animaliers, qui peuvent témoigner des effets bénéfiques que le service a eus sur leur qualité de vie.

Marie-Thérèse Gervais, copropriétaire de la Ferme Apido, à Laurierville, se souvient de ce à quoi ressemblait sa vie « avant la Coopérative ». Il y a trois ans, lorsque sa fille s'est mariée, elle n'était pas en mesure de laisser la ferme sans surveillance.

« On n'avait pas de remplaçant. Les garçons, il a fallu qu'ils viennent à l'église. Après ça, ils se sont dépêchés à venir à l'étable pour faire le train et revenir pour la fin du souper pour être capables de participer au mariage de leur soeur », raconte-t-elle.

Ce genre de situation existe toujours, mais depuis l'arrivée de la Coopérative, ses fils sont en mesure de s'accorder quelques congés. L'un d'entre eux, Pierre-Paul Bernard, voit la différence.

« Ça enlève de la pression. On avait quand même une vie sociale quand on n'avait pas les remplaçants, mais le fait de savoir que quelqu'un va venir te remplacer, tu n'as pas besoin de te casser la tête », explique-t-il.

Impossible d'augmenter les coûts

« Si on n'a pas d'argent, de financement de l'extérieur qui vient, [...] ça devient critique parce que, veut veut pas, on va traîner un boulet », illustre le président de la Coopérative, Éric Houle.

La Coopérative pourrait sans doute absorber un premier déficit, l'an prochain, mais probablement pas un deuxième pour l'année qui suivra. Le manque à gagner annuel de 40 000 $ représente donc un défi de taille, d'autant plus que la Coopérative n'a plus de marge de manoeuvre pour augmenter les coûts des services de remplacement.

Déjà, les producteurs paient 350 $ en cotisation annuelle, en plus des frais de 50 $ pour devenir membre. À cela s'ajoutent les frais des services de remplacement, qui s'élèvent à 27,50 $ l'heure. Impossible d'aller au-delà de ce montant, dit Éric Houle, sinon, les agriculteurs quitteront le navire.

« À 27,50 $, les producteurs eux-mêmes ne s'accordent pas ce salaire-là! » soutient-il, tout en expliquant qu'il faut s'assurer de bien rémunérer les remplaçants.

Des moyens financiers limités

Marie-Thérèse Gervais affirme qu'il ne serait pas possible pour sa famille de payer davantage pour les services de remplacement. « Nous, à 60 heures [de travail] par semaine, on [ne gagne] même pas 5 piastres de l'heure », estime-t-elle.

D'ailleurs, quand son mari s'est fait diagnostiquer un cancer des ganglions en juillet 2014, elle a dû avoir recours aux services de la Coopérative lors de ses traitements de chimiothérapie à l'automne. Or, sa convalescence à la suite de sa greffe de moelle osseuse, en janvier 2015, a été écourtée.

« On en a profité, mais pas autant qu'on l'aurait voulu », dit Marie-Thérèse Gervais. « Si on avait eu de l'aide [financière], [mon mari] aurait pu prendre trois semaines [de convalescence] », poursuit-elle, tout en déplorant le fait que les agriculteurs donnent toujours l'impression qu'ils sont en train de demander du financement. « Il faut toujours courir après l'argent! »

Marie-Thérèse Gervais espère que la Coopérative trouvera le montant nécessaire pour se maintenir à flot. « C'est pas nécessairement pour prendre des vacances [qu'on a besoin de ces services]! C'est juste un petit congé de temps en temps, puis on est heureux comme ça! » dit-elle.

La Coopérative de solidarité de services de remplacement agricole espère entre autres obtenir un crédit d'impôt auprès du gouvernement afin qu'une partie des frais payés par les producteurs animaliers qui utilisent ses services soient déductibles.

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