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10 clients par jour : une fugueuse de 15 ans aux mains d'un proxénète

Un proxénète passera au moins 5 ans derrière les barreaux pour avoir incité une adolescente de 15 ans à se prostituer pendant tout un été, allant jusqu'à lui imposer un rythme de 10 clients par jour. Samuel Jacques a été reconnu coupable des huit chefs d'accusation qui pesaient contre lui, lundi, au palais de justice de Montréal.

Un texte de Geneviève Garon

« La victime a 15 ans, est sans domicile fixe, en fugue d'un centre jeunesse et sans aucune autre ressource à sa disposition que l'accusé. Définitivement, elle croit avoir besoin de ce dernier pour continuer de subvenir à elle-même », note la juge Patricia Compagnone, de la Cour du Québec, dans sa décision.

L'adolescente avait fugué de Québec lorsqu'elle est entrée en contact avec Samuel Jacques, à l'été 2013. Elle voulait de fausses pièces d'identité afin de travailler comme danseuse nue à Montréal. Sauf que l'homme a profité de sa naïveté pour l'entraîner dans les affres de la prostitution et récolter ses gains.

Le tribunal croit la victime

Malgré certaines imprécisions dans son témoignage, la juge a estimé que la victime était crédible.

« Est-il nécessaire de rappeler qu'elle se livrait à la prostitution au rythme effréné d'environ une dizaine de clients par jour, alors qu'elle est sans domicile fixe et en fugue d'un centre jeunesse? Qu'elle ait de la difficulté à situer précisément dans le temps les événements n'est guère surprenant », souligne-t-elle.

Samuel Jacques n'a pas hésité à user de violence pour contraindre l'adolescente. Il lui a déjà fracassé la tête contre le tableau de bord d'une voiture parce qu'elle refusait de rencontrer un client et lui a aussi déjà volé les maigres économies qu'elle avait réussi à accumuler.

L'homme de 36 ans a pris le chemin des cellules après avoir été reconnu coupable de proxénétisme sur une mineure, voies de fait, vol qualifié et fabrication de fausses pièces d'identité, notamment.

La victime est elle-même devenue recruteuse

En plus de se faire exploiter, d'être agressée sexuellement et battue, la victime a elle-même recruté des prostituées. Le Tribunal de la jeunesse lui a d'ailleurs imposé une peine de deux ans moins un jour pour son rôle dans le réseau.

Lors de son témoignage en cour contre Samuel Jacques, elle a aussi révélé être retournée se prostituer après la fin de sa détention, en 2016. La juge Compagnone relève dans son jugement que la jeune femme a un grand attrait pour ce milieu et l'argent qu'elle peut y gagner. Mais cela n'excuse pas les agissements du proxénète lorsqu'elle était mineure.

« Elle est motivée et entreprenante, écrit la juge. Tout comme on peut croire qu'elle l'a été à l'été 2013. Mais beaucoup moins naïve et dépendante qu'à ce moment. »

Samuel Jacques risque une peine minimale de cinq ans de détention. Le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Jean-François Roy, n'exclut pas la possibilité de réclamer une peine plus longue.

L'avocat de Samuel Jacques, Alexandre Paradis, a laissé entendre que les parties pourraient faire une suggestion commune, le 29 mars prochain.

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