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40 ans de F1 à Montréal : les souvenirs de Normand Legault

Normand Legault avait 25 ans quand il est devenu directeur général du Grand Prix du Canada en 1981. Il est resté en poste jusqu'en 2008.

Un texte d’Antoine Deshaies

Son premier patron Pierre Desjardins, président de la brasserie Labatt qui organisait la course à l’époque, lui avait donné un conseil incontournable.

« Il m’avait recommandé de mentir au sujet de mon âge et de dire que j’avais 30 ans quand je négociais avec le maire Drapeau, se rappelle Legault. Mon patron avait peur que mon âge ne l’insécurise. »

À 25 ans, il négociait aussi déjà avec le tout puissant Bernie Ecclestone, avec qui il est d’ailleurs toujours en contact.

Avant d’être nommé directeur général du Grand Prix, Normand Legault a été responsable du marketing et des commandites pour Labatt. C’est dans ces fonctions qu’il a rencontré Gilles Villeneuve en 1976. Le pilote québécois, commandité par la brasserie québécoise, faisait alors ses classes en Formule atlantique.

Normand Legault se souvient très bien de la première épreuve de F1 à Montréal le 8 octobre 1978. Gilles Villeneuve avait remporté la première victoire de sa carrière dans la froidure d’octobre.

« J’installais des bannières publicitaires le long du circuit à 5 h 30 le matin et il neigeait, se rappelle Legault. Gilles était monté sur le podium avec son gros parka. C’était la fin d’une longue course contre la montre pour nous. En mars et en avril, on avait encore des bouteurs sur l’île qui construisaient le circuit. »

Tenir le Grand Prix en octobre ne plaisait pas trop à Labatt qui a su rallier Bernie Ecclestone à sa cause.

Des larmes de joie et de peine

Six semaines avant le Grand Prix du Canada 1982, la formule un est ébranlée pour le décès de Gilles Villeneuve. Le Québec est en deuil. Les organisateurs du Grand Prix sont sous le choc.

« Gilles était le porte-parole de Labatt, on le commanditait depuis 6-7 ans, donc c’était un ami de la famille, raconte Normand Legault. On a vécu son décès très difficilement. Bien évidemment, tout notre matériel de promotion était conçu en fonction de Gilles. On a tout refait par respect pour lui et sa famille. »

Ce week-end de deuil allait prendre une tournure encore plus dramatique dès le début de l’épreuve. Le pilote recrue Riccardo Paletti s’est tué au départ de la course. Il n’a pas vu la monoplace de Didier Pironi en panne loin devant lui sur la grille.

« C’est le seul pilote qui a perdu la vie dans l’histoire du Grand Prix du Canada, précise Normand Legault. C’était le premier départ de Paletti sur une grille. Une vraie tragédie. »

Les larmes ont aussi coulé en 1995 pour la première et unique victoire du Français Jean Alesi en F1. Le pilote de Ferrari, qui portait le même numéro 27 que Gilles Villeneuve avant lui, avait fait le bonheur des partisans de la Scuderia à Montréal.

« C’était un moment très touchant, parce que tout le monde aimait Jean Alesi, affirme Normand Legault. Il pleurait sous son casque et s’est remis à pleurer en conférence de presse. C’était vraiment un beau moment de sport. »

Le public, euphorique, avait envahi le bitume du circuit avant même le retour des monoplaces aux puits. La scène aurait pu avoir des conséquences catastrophiques.

Pour ajouter à l’unicité du moment, la Ferrari d’Alesi était tombée en panne dans l’épingle lors de son tour d’honneur. Le Français était revenu aux puits à cheval, en saluant la foule, sur la voiture de Michael Schumacher.

Jacques, François Dumontier et les motos

Pour Normand Legault, le Grand Prix de 1996 a marqué un tournant dans l’histoire de la F1 au Canada. L’arrivée de Jacques Villeneuve a fait exploser la popularité de l’événement au Québec.

Les médias sportifs n’étaient plus les seuls à parler de F1. Les chroniqueurs de mode ou d’économie se sont mis à s’intéresser à l’événement. Le rayonnement sera beaucoup plus important.

Le Grand Prix a cessé momentanément de rayonner en 2009 quand Bernie Ecclestone avait retiré Montréal de son calendrier. C’est à ce moment que Normand Legault a décidé de passer à autre chose.

« Ça faisait 30 ans que j’étais impliqué dans la course et j’avais l’impression d’avoir fait le tour du jardin, confie l’ancien promoteur. Bernie voulait que je continue quand le Grand Prix est revenu en 2010, mais j’ai refusé. J’ai proposé que ce soit François Dumontier qui travaillait avec nous depuis 1994. »

Depuis six ans, Normand Legault est investisseur dans les courses de motos.

« J’en avais assez d’être franchisé alors je suis devenu franchiseur, illustre-t-il. MotoGP ressemble beaucoup au modèle d’affaires de la F1 et on partage plusieurs circuits. J’adore ça. C’est un milieu très compétitif. »

Que la F1 célèbre ses 40 ans de présence à Montréal et 50 ans au Canada le rend fier. Il ne s’en cache pas. Il estime avoir porté le flambeau bien haut quand c’était son tour.

« Pour moi être promoteur du Grand Prix, c’est un peu comme une responsabilité fiduciaire, image Legault. La course est à tout le monde. Je sais que François Dumontier comprend son rôle et ses responsabilités. »

Et la principale responsabilité, selon Normand Legault, c’est d’offrir le meilleur week-end possible aux amateurs de courses.

Année après année.

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