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6 mois sans eau potable : la réalité d'un village de la Montérégie

Les résidents de Saint-Rémi, en Montérégie, soulignent un anniversaire que personne ne souhaitait voir arriver. Depuis six mois, ils doivent faire bouillir leur eau avant de la consommer. Et malheureusement, ils devront encore s'armer de patience.

Un texte de Marie-Ève Maheu

Au restaurant Anatolia, les serveuses doivent pomper l'eau pour remplir les pichets. « C'est bien plate! », lance Julie Daigneault, qui vit la situation au travail, mais aussi à la maison. « On a l'impression que la Ville rit de nous. »

Les clients sont nombreux à s'assurer que l'eau qu'on leur verse ne vient pas du robinet. 

Les 5000 résidents desservis par le réseau d'aqueduc public, en ont aussi ras le bol. « Ça prend de l'eau embouteillée pour se laver les dents, rincer nos légumes et laver les fruits. J'espère qu'ils vont baisser notre compte de taxes », dit Ginette Chouinard, qui préfère acheter son eau plutôt que de la faire bouillir. 

La gestion de l'eau n'est pas simple dans les garderies et les résidences pour personnes âgées, comme au Manoir Saint-Rémi, qui héberge 24 aînés. 

« On fait bouillir l'eau. On doit surveiller les verres, gérer les brosses à dents, parce que même si les gens ont leur lucidité, c'est la routine de prendre un verre d'eau du robinet. Même les mains ne doivent pas être lavées avec l'eau du robinet. On a hâte de retrouver la facilité de l'eau courante », dit la copropriétaire de la résidence et infirmière Chantal Viau. 

Pas de signe de contamination depuis février

La situation est d'autant plus frustrante que l'eau ne présente plus de traces de coliformes depuis l'échantillon de février qui s'était révélé anormal.

« Ça n'a pas été prouvé qu'il y a eu vraiment un contaminant, c'était le risque de contaminant, affirme la mairesse Sylvie Gagnon-Breton. Présentement, nos analyses sont bonnes dans le puits no 13. Mais vous comprenez que ni le ministère de l'Environnement ni le ministère de la Santé ne veulent prendre de risques. »

Québec exige que l'eau du puits, construit en 2014, soit maintenant chlorée et traitée avec des rayons UV. La Ville y travaille, même si les coûts d'une telle infrastructure sont énormes pour le petit village de la Montérégie : environ 500 000 $, qui proviendront de la taxe sur l'essence versée à la municipalité. 

Prudence nécessaire

Le microbiologiste et professeur au Centre INRS-Institut Armand-Frappier, Pierre Payment, appuie cette prudence. « On a un bel exemple au Canada qui s'appelle la ville de Walkerton [en Ontario] : 2004 malades, 7 morts [il y a 15 ans]. Tout ça parce que des pluies abondantes ont amené des contaminants bactériens qui se sont retrouvés dans l'eau potable. »

Un cas extrême. « Mais la réalité, c'est qu'on ne sait jamais quand cette eau-là peut être contaminée, parce qu'il n'y a aucune barrière, autre que les analyses qui ne sont pas réalisées tous les jours », ajoute M. Payment. 

Saint-Rémi aurait aussi pu décider de fermer le puits problématique, mais cette solution n'était pas envisageable, explique la mairesse, puisque la ville vivait une pénurie d'eau l'été dernier, avant la construction du puits no 13. « Grâce à ce puits-là, on a de l'eau pour toute notre nouvelle population », dit-elle. 

Si tout va bien, Saint-Rémi croit que ses résidents pourront trinquer à la nouvelle année avec un verre d'eau du robinet. 

La municipalité compte octroyer le contrat pour les plans et devis de son futur système de traitement lundi. Le ministère de l'Environnement doit ensuite donner son feu vert.

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