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À Bakou, le nom de la famille Stroll a fait du bruit en piste et en coulisses

Dans les rues étroites de Bakou, Lance Stroll n'a fait qu'une seule erreur en piste de tout le week-end, pendant qu'en coulisses, il était question de Mercedes-Benz et de l'avenir de l'équipe Williams.

Le pilote de 19 ans n'a peut-être pas atteint le podium, mais il a aussi bien piloté que l'an dernier. Sa 8e position l'a pleinement satisfait, au terme d'un week-end quasi parfait.

Stroll a volontiers reconnu avoir été surpris par Fernando Alonso (McLaren) au virage no 3 dans l'avant-dernier tour de la course, ce qui l'a privé d'une 7e place.

« Je ne l’ai pas vu revenir. Il s’est infiltré, et m’a surpris au virage no 3. C’est peut-être la seule petite chose que j’ai ratée aujourd’hui », a-t-il admis.

Lance Stroll peut admettre sa petite faute, sachant que l’équipe ne peut rien lui reprocher. Les quatre points qui permettent (enfin) à Williams de s’inscrire au classement des constructeurs, c’est grâce à lui.

Encore une fois, dans les évaluations des pilotes, la presse spécialisée a donné à Lance de bonnes notes. Entre 6 et 8 sur 10. Le réseau britannique Sky sports et le site néerlandais Crash.net lui ont donné sa meilleure note (8).

La nouveauté à Bakou, c'est que la presse spécialisée s'est aussi intéressée aux discussions de coulisses de Lawrence Stroll.

Le magazine allemand Auto Motor und Sport a rapporté ce week-end que M. Stroll père tenterait de convaincre Mercedes-Benz d’investir plus dans l’équipe Williams, et d'en faire son équipe B.

Lance Stroll et Mercedes-Benz se connaissent bien. Le Québécois a remporté son titre de champion européen de F3 en 2016 avec le motoriste allemand.

Lance ne veut pas se mêler de politique. Il l’a toujours dit. A fortiori quand son père fait les gros titres. Mais il sait que si l’équipe Williams devenait l’équipe satellite de Mercedes-Benz, il aurait à sa disposition le meilleur matériel possible.

Il en a largement profité dans le passé.

En effet, il se retrouverait dans la même situation qu’en F4 italienne et en F3 européenne quand son père avait investi massivement dans l’équipe Prema (Theodore Racing) pour lui offrir toutes les chances d’apprendre et de progresser.

Lawrence Stroll veut ce qu’il y a de mieux pour son fils, et n’accepte pas que la Williams de 2018 soit moins performante que celle de 2017.

L’image de sa discussion avec le directeur technique de l’équipe Paddy Lowe à Bahreïn, qui a fait le tour du monde, est là pour le confirmer.

Claire Williams a vite démenti les rumeurs de la presse spécialisée voulant que Lawrence Stroll ait proposé à Mercedes-Benz de faire de Williams son équipe B.

Tant que le fondateur de l’équipe, Frank Williams, sera de ce monde, sa fille défendra bec et ongles l’indépendance de l’entreprise familiale, bâtie de toutes pièces par son père, et dont le palmarès (114 victoires, 16 titres) lui assure une place privilégiée dans la communauté F1.

Claire n’a pas le choix, son père est majoritaire au sein du groupe d’actionnaires (51 %), et tient mordicus à garder le contrôle de son entreprise.

Depuis que l’homme de 76 ans a pris du recul après sa pneumonie à l’automne 2016, c’est sa fille qui dirige l’équipe, qui parle aux médias et qui défend les décisions prises à Grove en Angleterre.

Mais l’équipe Williams pourra-t-elle survivre à la mort de son fondateur?

Lawrence Stroll a choisi d’investir massivement dans l’équipe, hier pour assurer à son fils un volant en F1, aujourd’hui pour qu'il puisse progresser, demain pour qu'il puisse gagner.

Le fils, de par son bon travail en piste, légitime l'empreinte de la famille Stroll sur l’équipe.

Claire Williams sent peut-être que le loup est entré dans la bergerie, et elle attend beaucoup de la révolution prévue pour la saison 2021 pour garder la main mise sur l'entreprise de son père.

La révolution de 2021, c'est l’imposition d’un plafond budgétaire à 150 millions de dollars américains par saison. C'est en tout cas ce que veut imposer Liberty Media, propriétaire des droits commerciaux de la F1.

Beaucoup trop bas, disent en cœur Ferrari et Mercedes-Benz.

L’idée d'imposer un plafond budgétaire n’est pas nouvelle. Déjà, en 2009, l’ancien président de la FIA, Max Mosley, avait tenté de l’imposer. Il avait échoué.

Claire Williams voit dans ce plafond budgétaire le salut de l’âme de l’entreprise familiale, pour faire face à l’appétit grandissant de Lawrence Stroll.

En attendant, elle multiplie les mises en garde dans les médias.

Le 18 avril : « Sans plafond budgétaire, Williams mettra la clé sous la porte. Toute l'entreprise, avertit-elle, dans un entretien à racefans.net. Certains n'y sont pas favorables, mais pour nous, ça fonctionnera, car notre modèle d'affaires est sain. »

Le 24 avril : « En dehors des trois équipes de tête [Ferrari, Mercedes-Benz et Red Bull, NDLR], les autres ne pourront plus gagner à l'avenir, dit-elle au journal allemand Blick. Le travail seul ne garantit plus de récompense. »

Le 29 avril : « Si vous pensez qu'on a l'intention de suivre le même chemin que Tyrrell [3 titres, 23 victoires et rachetée en 1997 par Craig Pollock et British American Tobacco, NDLR], vous vous trompez. Il faudra me tuer d'abord », dit-elle dans un entretien publié sur le site officiel du championnat.

Des mots qui choquent, finement choisis, pour tenter de convaincre Liberty Media de ne pas céder aux pressions des ogres de la F1.

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