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À l'école sans soutien-gorge, par « solidarité »

Le Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie vit un bouillonnement féministe depuis jeudi. L'intervention de la direction auprès d'une adolescente qui ne portait pas de sous-vêtement sous son chandail a provoqué une levée de boucliers. Un mouvement semblable touche des dizaines d'écoles partout au Québec.

Un texte de Thomas Gerbet

« Aujourd'hui, en solidarité, je ne porte pas de soutien-gorge », dit fièrement Danaé à la sortie du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, une école privée pour filles, dans l'arrondissement Outremont.

Comme une grande partie des 1150 élèves, elle a signé la pétition qui réclame le port optionnel du soutien-gorge. Il s'agit d'un « droit à l'évolution », dit le document, d'un « pas de plus vers la liberté ».

Jeudi, lors d'une activité de remises de prix pour les élèves de quatrième année du secondaire, les filles n'étaient pas obligées de porter l'uniforme. En cette chaude journée, une adolescente de 16 ans s'est présentée avec un chandail qui aurait laissé deviner sa poitrine. Invitée à se couvrir par la direction, elle a préféré quitter l'école et rentrer chez elle.

Selon les élèves, c'est un professeur masculin qui aurait exprimé son malaise. Dans un communiqué publié mardi après-midi, la direction soutient au contraire « que l’intervention n’a pas été effectuée en réaction à la demande ou au malaise d’un enseignant masculin ». Jusqu’à présent, l’école avait refusé de révéler ce détail de l’événement.

Le règlement de l'école ne précise pas ce qu'il faut porter en dessous de ses vêtements. Seule la liste d'achats du début d'année scolaire mentionne des brassières blanches ou beiges.

Le pensionnat félicite les adolescentes

« Nous sommes fiers de voir que nos filles sont engagées et qu’elles souhaitent prendre des mesures afin de faire valoir leurs idéaux », écrit le directeur général de l'école, Yves Petit, dans une lettre adressée aux parents vendredi soir dernier.

Il ajoute : « Le personnel se doit d’intervenir lorsqu’une tenue est jugée indécente (tout en étant conscient qu’on tombe alors dans le domaine du subjectif). » La direction assure avoir entamé une réflexion en collaboration avec les élèves.

La ministre de la Condition féminine, Hélène David, a elle aussi salué l'action des adolescentes, mardi après-midi, en point de presse.

Refusant de dire si elle était pour ou contre le port obligatoire du soutien-gorge à l’école, Mme David a fini par dire qu’elle était « plutôt du côté de la liberté de choix ».

Selon elle, toutefois, « dans le vivre-ensemble d’une école », il est important que tous se mettent d’accord. Mais Mme David a souligné que l’indécence est un concept très subjectif.

« Qu’est-ce qui est décent, qu’est-ce qui est indécent? Comment tu définis ça? Mais je pense qu’il faut le définir en 2018 », a-t-elle dit.

Un mouvement de revendication dans tout le Québec

Depuis plusieurs semaines, des élèves du secondaire de partout dans la province se mobilisent et dénoncent des codes vestimentaires qu'ils jugent sexistes parce qu'ils sont plus sévères envers les filles que les garçons.

Le mouvement des « carrés jaunes » a gagné des dizaines d'écoles.

Le mouvement des « carrés jaunes » a pris naissance en mars, à l'école Joseph-François-Perrault de Québec. Des élèves ont manifesté leur mécontentement en se présentant à l'école sans soutien-gorge. Leurs revendications ont permis de faire reculer la direction, qui autorise dorénavant le port de camisoles à bretelles minces et du short à mi-cuisse. Elles ont aussi obtenu la garantie que le port du soutien-gorge ne leur était pas obligatoire.

À Gatineau, au début d'avril, les carrés jaunes sont apparus après que des jeunes filles eurent été expulsées de leur école pour avoir porté des jeans troués. Dans une pétition, les élèves ont reproché à l'école d'être moins stricte avec les garçons sur le même règlement.

En avril, le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx avait déclaré que c'était au conseil de chaque établissement de déterminer le code vestimentaire.

D'autres cas récents

En 2016, l'école secondaire Robert-Gravel, de Montréal, s'était attiré les foudres de ses étudiantes en voulant rendre obligatoire le port du soutien-gorge. Des professeurs avaient exprimé leur malaise de pouvoir deviner la poitrine des jeunes filles sous leur chandail.

L'établissement avait finalement reformulé son règlement ainsi : « Les sous-vêtements ou les parties du corps qui se trouvent normalement sous les sous-vêtements ne doivent pas être visibles, et ce, autant chez les filles que chez les garçons. »

En novembre, à Sherbrooke, une élève avait été forcée de se changer, car le short qu'elle portait par-dessus ses leggins était jugé trop court.

L'an dernier, le collège Regina Assumpta, à Montréal, avait interdit aux filles de porter un pantalon pour la remise des diplômes. La controverse qui avait éclaté sur les réseaux sociaux avait forcé l'établissement à reculer.

Le débat existe aussi à l'extérieur du Québec

En 2015, à Regina, en Saskatchewan, un père avait dénoncé le code vestimentaire de l'école de sa fille qu'il jugeait discriminatoire envers les adolescentes.

La même année, à Moncton, au Nouveau-Brunswick, une élève d'une école secondaire avait été sanctionnée pour avoir dénudé son dos et ses épaules. La jeune fille avait dénoncé un règlement « injuste ». Il y a quelques jours, à Dieppe, des élèves ont mené la même bataille.

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