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À Melbourne, Lance Stroll avait perdu sa cassette

BILLET - Lance Stroll a décidé de laisser tomber la rectitude politique au terme de son premier Grand Prix de la saison 2018, qui l'a vu terminer la course péniblement en 14e position.

Pendant la course, le pilote canadien a été réduit à faire de la figuration dans une voiture dont il ne pouvait pas exploiter tout le potentiel de puissance.

« Comme bien des équipes, il a fallu gérer la consommation d’essence et surveiller les températures, et pour ces raisons, nous avons dû (demander à Lance de) ralentir deux ou trois fois », a expliqué Paddy Lowe, directeur technique de Williams.

Une version assez différente de celle de Stroll à l’arrivée, qui n’a pas hésité à montrer l’équipe du doigt pour son manque de réussite.

« On n'avait pas de mode (engine mode), parce que l'équipe a fait une erreur vendredi, quand on a arrêté en bord la piste en pratique (essais libres), a-t-il dit au micro de nos confrères de la chaîne française Canal+.

C’est à la fin de la deuxième séance d’essais libres que Lance Stroll, après des simulations de départ, a dû s’arrêter en bord de piste pour éviter une casse moteur.

L’équipe lui a demandé de refroidir au maximum (maximum cooling) le moteur, qui est passé en mode économie (engine saving mode).

« Le moteur a été sollicité trop près de la limite maximum permise lors des simulations de départ », a expliqué Paddy Lowe, vendredi, après la séance.

Une voiture très handicapée

« Nous avons perdu un temps précieux pour régler la voiture en mode course, c’est-à-dire pour obtenir la puissance supplémentaire dont j’ai besoin au premier tour et lors des relances par exemple », a précisé Stroll aux journalistes présents dans le paddock.

« Le moteur n’était pas dans le bon mode (engine mode) pour une raison quelconque. La voiture ne réagissait pas comme on le souhaitait, manquait d'équilibre, et ça nous a mis sur la défensive, a-t-il précisé à la presse écrite dans les installations de Williams.

« Nous avons eu des problèmes de température durant toute la course. Je n'ai pas pu attaquer, j’ai dû lever le pied et laisser des écarts (gap) de 2, 3 secondes. On essayait juste de survivre », a-t-il affirmé.

Lance Stroll n’avait pas l’habitude de montrer du doigt qui que ce soit, autre que lui-même, en 2017. Pourquoi a-t-il décidé dès la première course de sa deuxième saison en F1 de parler franchement?

Plusieurs hypothèses sont envisageables :

  • Lance Stroll était fatigué après un week-end difficile, sans avoir pu attaquer à sa guise pendant la course;
  • Il était frustré de constater qu’en Australie, la voiture n’avait pas progressé depuis les essais d’hiver de Barcelone, déjà difficiles pour l’équipe;
  • Il veut assumer son nouveau rôle de premier pilote, et fouetter l’équipe. C’est lui qui a cette saison la responsabilité de marquer des points, tandis que son coéquipier Sergey Sirotkin, à sa première saison de titulaire, est en mode apprentissage. Si le Québécois échoue, il veut qu’on sache pourquoi;
  • Lance Stroll sait qu’il commence la deuxième saison de son contrat, et qu’il n’a pas de prolongation assurée pour l’an prochain. Il doit donc marquer des points (dans tous les sens du terme) pour pouvoir négocier un volant en 2019, sur la base de ses résultats. S’il ne peut pas se battre à la régulière, il tient à donner publiquement les vraies raisons de son manque de réussite afin que les décideurs, intéressés à lui offrir un volant, puissent faire la part des choses;
  • Il se sent protégé par les liens d’affaires qui unissent l’équipe britannique et son père;
  • Il sait déjà dans quelle équipe il poursuivra sa carrière l’an prochain, et ce n’est pas Williams. Et là, il est tentant de franchir le pas en rappelant que son père, Lawrence Stroll, est toujours intéressé à acheter une équipe si l’occasion se présente.

La piste Force India

Or, l’occasion existe, avec les déboires financiers du propriétaire de l’équipe Force India, Vijay Mallya, poursuivi par le ministère du Revenu de son pays pour fraude fiscale.

L’équipe devait être renommée cet hiver, afin de la rendre plus intéressante pour d’éventuels investisseurs étrangers. Ce n’est pas fait, mais lors des essais d’hiver, le nom Force India n’était quasiment plus visible sur les voitures et le matériel de l’équipe.

Quelle que soit la raison, Lance Stroll ne veut visiblement pas porter le chapeau des insuccès de la nouvelle Williams FW41 en 2018.

Même les points positifs sur ce premier week-end de course avaient une double face.

« Durant la qualification, l’équilibre de la voiture était bien meilleur que durant les essais libres, a souligné Stroll. C’était un pas en avant, même si la voiture n’était pas compétitive, car on ne s’est pas rendu en Q3.

« Ce n’était pas un problème de mode, mais il y avait des choses auxquelles je n’avais pas accès », a-t-il révélé, sans donner de détails.

L’équipe Williams n’a pour l’instant pas réagi aux propos de Lance Stroll.

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