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À Silverstone, Lance Stroll a pris des risques, et l'équipe le savait

À Silverstone, l'équipe Williams a demandé à Lance Stroll et à Sergey Sirotkin de rouler avec un nouvel aileron arrière. Et ça a mal tourné.

Lewis Hamilton dit qu’il était épuisé à la fin du Grand Prix de Grande-Bretagne. Il n’est pas habitué à partir de la dernière place et il a passé 48 tours à naviguer dans le peloton pour remonter jusqu’à la 2e.

« C’est bien plus dur que de rouler en tête », a-t-il admis, le visage marqué par l’effort.

Hamilton a très bien résumé ce que Lance Stroll vit depuis le début de la saison, et particulièrement dans ce programme triple France-Autriche-Angleterre, trois courses en trois semaines.

Le pilote québécois part régulièrement du fond de la grille, est condamné à gagner des places au premier tour, car après, en déficit de performance, il passe son temps à regarder ses rétroviseurs.

Bref, il vit un long chemin de croix avec toute l’équipe Williams.

« Autre décor, même histoire », dit Stroll depuis quelques courses.

En France, il s'est qualifié en dernière place, est parti de la 19e et est remonté à la 14e avant que son pneu avant gauche éclate à deux tours de l’arrivée.

En Autriche, il s'est qualifié en 15e place, est parti de la 13e sur la grille et a fini 14e.

En Angleterre, il est parti de la ligne des puits, après sa sortie de piste en qualifications et a fini la course en 13e positon avant qu’une pénalité à Pierre Gasly (Toro Rosso) lui donne la 12e place.

Pourtant, Stroll ne pilote pas mal, au contraire, comme l’a souligné le réseau britannique Sky Sports, après le Grand Prix de Grande-Bretagne.

« Tenter de garder cette voiture capricieuse sur la piste, et battre son coéquipier, c’est exactement ce qu’a fait Lance Stroll à Silverstone », avec une note de 7 sur 10.

Une bonne note quand on sait que le Québécois n'a pas totalement confiance en sa FW41.

Essai-erreur à Silverstone? Pas une bonne idée

Et à Silverstone, où les voitures tournaient cette saison à pleine charge (pleine puissance du moteur) sur 80 % du tour, les pilotes de l'écurie Williams ont roulé sans filet.

Lance Stroll a rappelé à la presse après sa sortie de piste en qualifications que l’équipe avait apporté à Silverstone un nouvel aileron arrière.

Ce qu'avait révélé le directeur technique de l'équipe, Paddy Lowe, après les essais de vendredi.

« Cet aileron arrière est un pas en avant, avait-il dit à la lumière du travail effectué vendredi. Nous avions travaillé sur l'extracteur (diffuser) en Autriche, et nous progressons pouce par pouce. »

La progression s'est arrêtée là, et l'équipe a vite constaté que quelque chose ne tournait pas rond. Sans trop savoir pourquoi.

Il est bon de rappeler que les essais en piste durant la saison sont réduits à presque rien, deux jours après le Grand Prix d'Espagne et deux jours après le Grand Prix de Hongrie.

Et les essais à l'usine aussi sont limités, que ce soit par ordinateur avec les simulations CFD [computational fluid dynamics, l'analyse numérique de l'écoulement des fluides, NDLR], ou par soufflerie.

Or, malgré toute la bonne volonté et le travail des ingénieurs, il y a des paramètres qu’on ne peut pas reproduire à l’usine. Malgré les simulateurs très sophistiqués que possèdent les équipes. C'est donc lors des essais libres (FP1, FP2 et FP3) pendant les week-ends de course que ces nouvelles pièces sont testées et évaluées.

Le vétéran Robert Kubica avait-il eu le temps de tester l’aileron arrière dans le simulateur de l’usine avant de le déballer à Silverstone?

Les pilotes se transforment alors en cobayes et doivent rouler à plus de 300 km/h, sans savoir si les nouvelles pièces, au mieux, auront un effet positif, et au pire, si elles tiendront.

Et c’est ce qu’ont vécu Stroll et son coéquipier Sergey Sirotkin lors de la séance de qualification à Silverstone.

Ce nouvel aileron arrière ne fonctionnait pas en symbiose avec le fond plat, cette grande pièce moulée pour l’écoulement de l’air de l’avant à l’arrière. Et Paddy Lowe s'est montré perplexe après la qualification.

« C'est un phénomène que nous n'avions pas encore vu cette saison, a-t-il dit. L'activation du DRS entraînait de façon intermittente une perte de la charge aérodynamique du fond plat.

« Nous avions remarqué quelque chose dans la première séance d'essais (FP1), et le problème a été mal diagnostiqué. Nous devons comprendre ce qui a causé ce phénomène », a-t-il conclu.

Autrement dit, l'équipe testait de nouvelles pièces qui n'ont pas amélioré le comportement de la voiture. Au contraire. C'est le jeu essai-erreur classique.

Stroll avait senti le « phénomène » lors des essais libres. Il perdait anormalement de l'appui en entrée de virage. L'équipe l'a rappelé au garage pour tenter de régler le problème.

« Je l'ai senti, mais rien à voir avec ce qui s'est passé en qualif. Là, j'ai perdu 60 % de mes appuis », a-t-il expliqué calmement après sa sortie de piste.

En qualifications, les pilotes ont tous les deux été surpris par des décrochages soudains de leur FW41, et sont partis dans le décor. Heureusement qu’il y avait des zones de dégagement.

Dans l’expression de stupeur de Claire Williams au moment où Sirotkin est sorti de piste à haute vitesse, il y avait aussi de la peur.

Elle était tout à fait consciente que l’équipe obligeait les pilotes à prendre des risques. Aucun patron ne souhaite vivre ça. Le programme triple aurait pu très mal se terminer pour l’équipe Williams.

Sans vouloir rouvrir de vieilles blessures, j'oserais dire que Frank Williams, qui était dans le garage de son équipe à Silverstone, n'aurait certainement pas aimé qu'un de ses pilotes se fasse mal en raison d'une pièce défectueuse.

Paddy Lowe a déjà confirmé que l'équipe allait continuer à utiliser ce nouvel aileron arrière, et qu'il serait installé sur les voitures à Hockenheim.

« Je suis certain qu'il y a un moyen de régler ce problème que nous devons d'abord comprendre. Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de fondamentalement malsain avec l'aileron arrière », a-t-il dit.

M. Lowe admet que l'équipe ne comprend toujours pas le problème, et dans le même souffle, dit que le nouvel aileron arrière est là pour de bon.

Est-ce de la confiance ou de l'inconscience?

L'ingénieur britannique met peut-être son poste en jeu avec le défi technique qu'il tente de relever d'améliorer la performance de la FW41 et de redonner quelques armes aux pilotes pour la deuxième partie de la saison.

Le pari de Paddy Lowe

Claire Williams a rappelé que d'autres décisions douloureuses seraient prises à la fin du processus d’évaluation « du talent dans la maison » qui est en cours.

Après avoir mis à la porte au printemps le designer en chef et l’aérodynamicien en chef, d’autres têtes risquent de tomber. Lesquelles? Peut-être celle du directeur technique.

Une source bien informée m'a confié que quand l'équipe britannique a engagé Paddy Lowe, que Mercedes-Benz a laissé partir volontiers, Frank Williams n'était pas chaud à l'idée...

Deux jours d’essais en piste sont prévus après le Grand Prix de Hongrie, les mardi 31 juillet et mercredi 1er août. Robert Kubica y participera.

Ces essais seront cruciaux pour l’équipe, pour savoir si le personnel, qui travaille d’arrache-pied à l‘usine peut espérer un redressement, aussi petit soit-il, dans la deuxième moitié de saison après les vacances estivales.

Aussi petit soit-il, l'équipe a besoin de ce redressement pour que les pilotes puissent entrer dans le top 10 et marquer des points.

Pour remplacer le commanditaire en titre, Martini, marque du groupe Bacardi, qui s'en va à la fin de la saison.

Pour convaincre Lance et Lawrence Stroll, que la rumeur envoie à Force India en 2019, de rester avec Williams.

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