Retour

Accident mortel à Joliette : le défi de sensibiliser les jeunes à la vitesse

Deux jeunes de 13 et 16 ans sont toujours dans un état critique, 48 heures après un accident de la route qui a causé la mort de deux adolescents dans Lanaudière. Blessé légèrement, le conducteur de 15 ans a été libéré en attendant la suite des procédures. Il pourrait faire face à de graves accusations.

Des deux blessés graves, celui de 16 ans est entre la vie et la mort.

La Sûreté du Québec (SQ) poursuit son enquête sur cette tragédie qui secoue Lavaltrie, où habitent les familles des victimes. L'accident lui-même est survenu sur le boulevard Base-de-Roc à Joliette, à quelque 70 kilomètres au nord de Montréal.

La voiture, qui selon des témoins roulait à 200 km/h, a dérapé dans une courbe avant de percuter un arbre.

Le jeune homme qui était au volant n'a que 15 ans. Au Québec, il faut avoir au moins 16 ans pour commencer à conduire une voiture. Il a été remis en liberté et doit comparaître le 22 novembre au palais de justice de Joliette où il pourrait être accusé de :

  • conduite dangereuse ayant causé la mort et des blessures corporelles;
  • négligence criminelle ayant causé la mort et des blessures corporelles.

Vu son âge, le jeune conducteur sera jugé en Chambre de la jeunesse. En entrevue à l'émission Isabelle Richer, sur ICI RDI, l'avocat-criminaliste Charles Côté a affirmé que la peine maximale pouvant être imposée au jeune homme est de trois ans en garde fermée.

Dans le cas d'un adulte, a expliqué l'avocat-criminaliste, la peine maximale pourrait être de 14 ans d'emprisonnement pour conduite dangereuse et de l'emprisonnement à vie pour négligence criminelle.

Me Côté ne s'étonne pas qu'on ait remis le jeune homme en liberté en raison du fait qu'il n'avait pas d'antécédents criminels.

« Dure nuit, dure journée » - Alain Lemay

« La mère avait eu connaissance qu'il avait déjà pris l'auto », a raconté Alain Lemay sur les ondes de Gravel le matin, mardi. M. Lemay est père de deux adolescents qui connaissaient bien les victimes et le jeune conducteur.

« On essaie, hein », de dire M. Lemay en parlant de ce que les parents font pour empêcher que leurs enfants ne commettent des erreurs. « Mais ils sont futés, les p’tits tabarouettes ».

Alain Lemay dit avoir vécu « une dure nuit, une dure journée » depuis la tragédie. Non seulement ses fils fréquentaient les jeunes impliqués dans l'accident, mais ils étaient déjà montés à bord de la voiture conduite par le jeune de 15 ans, pas plus tard que la semaine précédente.

« Ils n’ont jamais réfléchi à ce qui pouvait arriver à rouler à ces vitesses-là, déplore Alain Lemay en parlant des jeunes qui s'emballent au volant d'une voiture. Ils se croient invincibles. »

Le fils aîné de M. Lemay, Josua, affirme que les efforts de sensibilisation en matière de sécurité routière ne portent pas fruit auprès des jeunes qui sont tentés par la conduite automobile extrême : « D'après moi, les seuls que ces publicités-là touchent, ce sont ceux qui ne le feront jamais ».

« Ils pensent que c'est un jeu » - Alain Gelly, spécialiste en sécurité routière

Alain Gelly était l'un des deux porte-parole de la consultation publique sur la sécurité routière qui a eu lieu à l'hiver 2017.

Il partage l'avis du jeune Josua Lemay, non sans désolation : « Ils se sentent comme des surhommes. Ils pensent que c’est un jeu ». Et bien qu'il admette que les jeunes garçons sont les plus téméraires au volant, Alain Gelly souligne que les jeunes filles ne sont pas à l'abri non plus.

Du temps qu'il était policier, M. Gelly a eu à annoncer à des parents la mort de leur enfant, au milieu de la nuit. De manière générale, les parents doivent être impliqués dans les efforts de prévention, insiste-t-il : « Il faut développer un partenariat avec les parents, parce que les jeunes, ils écoutent, mais ils n’appliquent pas ce qu’on leur dit ».

Alain Gelly pense que quelques-unes des solutions seront d'ordre technologique.

Au terme de la consultation sur la sécurité routière, il a été recommandé d'installer des moniteurs de vitesse et d’accélération et de décélération brusques dans les autos conduites par de jeunes conducteurs et d'ajouter un signal sonore quand le conducteur excède la limite de vitesse. Il appartient désormais au ministre [des Transports] de disposer de ces recommandations pour modifier s'il y a lieu le Code de la sécurité routière, dit M. Gelly.

L'an dernier, le ministre des Transports Laurent Lessard avait évoqué le dépôt possible d'un projet de loi sur la réforme du Code de la sécurité routière à la fin juin 2017. Au moment d'écrire ces lignes, le ministère des Transports n'avait pas répondu aux questions de Radio-Canada à ce sujet.

Avoir les jeunes à l'oeil...

À la Commission scolaire des Samarres, c'était journée pédagogique mardi. À l'école que fréquentaient les jeunes victimes de l'accident, la direction se prépare à accueillir mercredi des élèves fort secoués. Psychologues et psychoéducateurs seront déployés pour soutenir les jeunes, sans compter l'équipe d'enseignants.

À la Maison des Jeunes de Lavaltrie, on recevra des intervenants sociaux en soirée mardi pour soutenir des jeunes qui en ressentiraient le besoin.

Alain Lemay tient quant à lui à lancer ce message aux parents d'adolescents : « Il ne faut pas lâcher nos jeunes. Il faut les avoir à l’oeil, parce qu’on ne peut pas s’imaginer qu’ils vont faire des choses comme ça ».

Lundi, ce père de famille et son plus jeune fils ont rendu visite aux parents de l'un des adolescents qui ont péri dans l'accident. « C’était dur de voir les parents complètement détruits », conclut-il, la voix enrouée.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un tsunami de glace sème la panique!





Rabais de la semaine