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Accurso aurait remis 200 000 $ comptant en échange de contrats

Un ancien collecteur de l'ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt affirme que l'entrepreneur Tony Accurso lui a remis 200 000 $ en argent comptant en échange de contrats obtenus par ses entreprises de construction il y a une quinzaine d'années. L'homme d'affaires subit un procès pour fraude et corruption au palais de justice de Laval.

Un texte de Geneviève Garon

« On a marché jusqu’à une voiture et il [Tony Accurso] a ouvert la valise. Il m’a dit « prends ça ». »

« Ça », selon le témoin Marc Gendron, c’étaient deux enveloppes contenant 200 000 $ en billets. L’ingénieur à la retraite les aurait ramassées et aurait quitté les lieux.

Le témoin âgé de 86 ans situe cette rencontre à l’automne 2002. Il est le quatrième témoin de la Couronne et répond aux questions assis, s’exprimant avec un filet de voix.

À l’époque du versement, les entreprises de Tony Accurso, Louisbourg Construction et Simard-Beaudry, auraient accumulé une dette envers celui qui était maire de Laval, Gilles Vaillancourt. Elles n’auraient pas payé la ristourne de 2 % de la valeur des contrats qui devait être acquittée par les entrepreneurs qui remportaient des appels d’offres de la Ville. M. Vaillancourt aurait demandé à son ami de longue date, l’ingénieur Marc Gendron de la firme Tecsult, d’être collecteur d’argent dans ce stratagème frauduleux.

Ainsi, Marc Gendron aurait avisé un bras droit de Tony Accurso, Joe Molluso, que le paiement avait du retard. « Tu vas avoir ton argent », lui aurait répondu M. Molluso.

Échange d’argent dans un stationnement

Tony Accurso aurait donné rendez-vous à Marc Gendron au restaurant l’Onyx, à l’hippodrome de Laval, vers 16 h 30. Après l’avoir fait attendre au bar, il aurait demandé au collecteur de l’accompagner dans le stationnement. « J’ai reçu tes choses, viens avec moi », lui aurait-il dit.

Ils seraient arrêtés à la hauteur d’une voiture blanche, « Cadillac ou Buick », selon le témoin, à l’intérieur de laquelle se trouvaient les deux grosses enveloppes d’argent dont il s’est emparé.

Comme Marc Gendron partait pour la Floride le lendemain, il a téléphoné au notaire Jean Gauthier, l’un des intermédiaires du maire Gilles Vaillancourt, et est allé le rejoindre le soir même pour lui remettre l’argent.

Tony Accurso, 66 ans, est accusé d’avoir trempé dans un stratagème de partage des contrats à la Ville de Laval entre 1996 et 2010. Il fait face à des accusations de fraude, de corruption, d'abus de confiance et de complot.

Des rencontres en Floride avec Vaillancourt

Marc Gendron estime avoir remis environ 1,5 million de dollars au parti PRO des Lavallois entre 1996 et 2003. Les entrepreneurs venaient directement dans son bureau pour lui remettre les ristournes « en cash ». Il avait dans son ordinateur une liste des entrepreneurs et des contrats obtenus et s’assurait que les ristournes étaient versées.

Il soutient avoir rencontré Gilles Vaillancourt une fois par année dans son condo en Floride pour passer tous les contrats en revue.

Lorsque les coffres de sécurité étaient pleins à la banque ou que le PRO des Lavallois avait besoin d’argent, « surtout en période électorale », Marc Gendron remettait l’argent au parti « à coups de 100 000 $ », habituellement au frère de Gilles Vaillancourt, Guy, qui avait un magasin de meubles.

Immunité et paradis fiscaux

En contre-interrogatoire, Marc Gendron a affirmé que Tecsult, comme d’autres firmes de génie-conseil, avait contribué à des caisses électorales dans plusieurs municipalités, dont Laval, Blainville, Sainte-Thérèse et Saint-Jérôme. Il assure que cela ne visait pas à influencer l’octroi de contrats.

Marc Gendron nie aussi avoir fait de la collusion ou de la corruption de fonctionnaires municipaux à Laval. C’est pourtant ce qui est indiqué dans l’entente qu’il a signée avec les autorités afin de devenir « témoin collaborateur » et obtenir l’immunité. « Les termes m’horripilaient », a mentionné le témoin, qui soutient avoir signé le document à contrecoeur parce qu’il ne voulait pas aller en prison.

L’octogénaire a ainsi reconnu n’avoir jamais été accusé de quoi que ce soit. L’avocat de la défense, Me Marc Labelle, lui a aussi fait admettre qu’il avait eu des comptes dans des paradis fiscaux, en Suisse et aux Bahamas.

5e témoin

L’ancien vice-président de la firme de génie Dessau, Rosaire Sauriol, a amorcé son témoignage en fin de journée lundi.

Il continuera de répondre aux questions du procureur aux poursuites criminelles et pénales, Richard Rougeau, mardi.

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