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Agir comme podiatre, mais sans en avoir le droit ni les compétences

Les podologues qui posent des gestes réservés aux podiatres sont de plus en plus nombreux. C'est ce que soutient l'Ordre des podiatres du Québec, qui sonne l'alarme à propos de ce problème.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

Sa directrice générale et secrétaire, Martine Gosselin, affirme devoir enquêter sur une vingtaine de cas d'exercice illégal par année.

« On a de plus en plus de dénonciations, on a de plus en plus de plaintes », explique-t-elle.

L'Ordre cite en exemple le cas de la Clinique du pied de Sainte-Thérèse, où aucun podiatre ne travaille. Radio-Canada s'y est rendue à l'aide d'une caméra cachée.

En quelques minutes, notre complice, qui a consulté pour un hallux valgus (oignon), s'est fait recommander des orthèses.

« Ce ne sont pas juste des recommandations, ce sont des diagnostics. C'est de la pratique illégale de la podiatrie », affirme la podiatre Andréanne Beaudoin.

Des différences importantes

Les podologues et les podiatres sont loin d'offrir les mêmes traitements au Québec. Le titre de podologue, par exemple, n'est pas encadré par la loi. Il peut faire des soins d'hygiène ou esthétiques de base, comme une pédicure. Sa formation peut aller de quelques heures à 160 heures.

À l'opposé, le podiatre est membre d'un ordre professionnel et a complété plus de 4000 heures de formation clinique et théorique avant d'obtenir un doctorat en médecine podiatrique.

Il émet des diagnostics sur la santé des pieds, peut administrer certains médicaments, faire des chirurgies et prescrire ou fabriquer des orthèses.

Des accusations contre une clinique

Au lendemain de notre visite à la Clinique du pied de Sainte-Thérèse, des accusations pour exercice illégal ont été déposées contre trois employés pour des pratiques qui auraient eu lieu de 2016 à janvier de cette année. Deux des accusés, Brigitte Bouchard et Mario Éthier, avaient, eux, déjà plaidé coupables à 15 chefs d'accusations pour des gestes posés entre 2010 et 2014.

Mario Éthier nie poser des diagnostics.

« C'est pas normal, dès qu'on fait un travail, d'être actionné de même », s'est-il défendu.

Lorsque Radio-Canada lui a demandé quels sont les traitements offerts à sa clientèle, M. Éthier a répondu : « des coupes d'ongles, des traitements de callosité, de corne en général. On s'est pas défendus, là maintenant, ça suffit. À croire qu'on n'a plus le droit de rien faire. Je te dis bonjour... Je remplis ton dossier, mais c'est réservé à l'Ordre. Non, il faut savoir maintenant qui a le droit de faire quoi. C'est pour ça qu'on s'en va en cour », a argumenté le podologue.

Pourtant, la loi est claire à l'égard des limites qu'ils doivent respecter.

La Clinique du pied de Sainte-Thérèse est également dans la mire du Collège des médecins du Québec.

Pour l'Ordre et le Collège, l'important est avant tout de s'assurer, au même titre qu'un psychologue ou un ingénieur, qu'on a affaire à un membre d'un ordre professionnel, ont-ils précisé.

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