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Alex Galchenyuk au centre, une histoire qui se répète, encore et encore

BILLET - Si Yogi Berra suivait la saison du Canadien, il dirait que c'est du « déjà vu all over again ».

Nous sommes en février 2017. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, on se demande encore si Alex Galchenyuk est un joueur de centre! Ça fait au moins trois ans que ça dure.

Il serait trop long de raconter tous les dilemmes et tous les débats qui ont fait rage dans l’entourage du Canadien concernant l’utilisation d’Alex Galchenyuk au cours des dernières années. À ceux qui souhaitent remettre les choses en contexte, je propose toutefois cette chronique publiée à la même période l’an passé et qui s’intitulait « Alex Galchenyuk deviendra-t-il un joueur de centre par défaut? ».

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Disons les choses comme elles sont : la direction du CH n’a jamais été convaincue qu’Alex Galchenyuk deviendra un jour le fameux premier centre que l’organisation recherche depuis une éternité.

En mai 2015, après l’élimination du CH aux mains du Lightning de Tampa Bay, Marc Bergevin avait déclaré : « Galchenyuk ne sera peut-être jamais un joueur de centre. Jusqu'à maintenant, on ne dirait pas qu'il va en devenir un ».

Mais durant les semaines suivantes, le jeune attaquant avait négocié un nouveau contrat et livré un vibrant plaidoyer pour que l’organisation lui offre une vraie chance de se faire valoir au centre. Et, beaux joueurs, Bergevin et Michel Therrien se sont prêtés à cette expérience durant la majeure partie de la campagne 2015-2016.

Après les 44 premiers matchs de la saison dernière (en janvier 2016), Galchenyuk avait été renvoyé à l’aile, notamment à cause de ses lacunes défensives et de ses difficultés persistantes dans le cercle des mises au jeu.

Puis au début de mars, alors que l’équipe plongeait au classement, on avait décidé de répéter l’expérience. Therrien avait alors jumelé Galchenyuk au capitaine Max Pacioretty. Et l’ex-entraîneur du CH avait bouclé la saison en protégeant systématiquement son jeune « centre », notamment en lui confiant presque uniquement des mises au jeu en territoire offensif.

Utilisé de cette manière dans les 17 derniers matchs de la saison 2015-2016, Galchenyuk a inscrit 11 buts et 6 passes durant cette séquence. Il a toutefois connu ces succès en touchant la cible sur 30,5% de ses tirs, soit un pourcentage insoutenable, deux fois plus élevé que celui des meilleurs buteurs de la LNH.

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Le CH a donc entrepris la présente saison avec un (autre) immense point d’interrogation majeur à la névralgique position de centre. En confiant à Galchenyuk les vraies responsabilités d’un premier centre, Therrien n’allait plus pouvoir le protéger.

- Comment allait-il se comporter face aux meilleurs trios adverses?

- Allait-il être capable de seconder adéquatement les défenseurs dans sa zone défensive tout en alimentant ses coéquipiers?

- Allait-il s’améliorer dans le cercle des mises au jeu?

Offensivement, Alex Galchenyuk a connu un excellent début de saison. Il a été l’attaquant le plus constant du CH au moment où l’équipe dominait la LNH. Son rendement a littéralement explosé dès que Therrien l’a jumelé à Alex Radulov. Galchenyuk n'est pas un fabricant de jeux comme le sont habituellement les centres. Il est avant tout un tireur (comme le sont habituellement les ailiers), et il a besoin d'être alimenté par d'excellents passeurs pour exceller.

Par ailleurs, il a continué à se faire dominer dans le cercle des mises au jeu, ce qui a constamment obligé Therrien à faire appel à des ailiers ou à un autre centre pour remplir cette importante tâche à sa place.

Parmi les 16 joueurs qui ont participé à des mises au jeu chez le CH cette saison, Alex Galchenyuk vient au 15ième rang quant au pourcentage d’efficacité (41,9%). Et si on l’incluait dans le groupe sélect des 30 joueurs qui campent un rôle de centre numéro un dans la LNH, son nom apparaitrait au 30e rang.

Défensivement, le jeune attaquant du Canadien (il vient tout juste de célébrer son 23ième anninversaire, présente un bilan défensif de « moins 9 » à ses 16 dernier matchs. Il a été blessé pendant un peu plus d’un mois à compter du début de décembre, mais quand même : il faut remonter jusqu’au 26 novembre dernier pour retrouver le dernier « + » à être apparu à côté de son nom.

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Plaçons-nous maintenant dans les souliers de Claude Julien, qui travaillait avec une ligne de centre fiable et aguerrie chez les Bruins.

La semaine dernière, la première décision de Julien a été de replacer Alex Galchenyuk au centre de la première unité. L’expérience n’a duré que deux périodes, notamment parce qu'il commettait des revirements et que son trio avait érnormément de difficulté à quitter sa zone défensive.

Samedi dernier, lors du premier match de Julien derrière le banc, Galchenyuk a présenté une moyenne d’efficacité de 22% dans le cercle des mises au jeu…

Alors, d'après vous, Galchenyuk est-il un joueur de centre, oui ou non?

Le CH s’engage dans le dernier droit du calendrier. L’équipe est pourchassée par quatre rivaux et elle ne lutte plus simplement pour conserver sa place au premier rang de la division Atlantique, mais bien pour éviter d'être exclue des séries éliminatoires.

Julien arrive dans un contexte difficile. Il n’a pas le temps de se prêter à des expériences. Et ce n’est pas le temps idéal pour faire de l’enseignement. D’autant plus que l’élève progresse plutôt lentement. Et depuis longtemps.

C’est du « déjà vu, all over again », comme disait Yogi.

On s’en reparle dans un an.

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