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Alexandre Gendron aurait tué sa conjointe par accident

Un homme accusé d'avoir tué sa conjointe enceinte affirme avoir causé sa mort par accident, en tentant de se protéger au cours d'une chicane. Alexandre Gendron témoigne à son procès qu'il avait rechuté dans de graves problèmes d'alcool quelques semaines avant la mort de Cheryl Bau-Tremblay, en août 2015.

Un texte de Geneviève Garon

« Je l’ai lancée dans le lit, elle a rebondi, est tombée par terre... ça a fait "badang" sur le plancher de bois franc », a raconté Alexandre Gendron, d’une voix traînante, devant le jury du palais de justice de Saint-Hyacinthe. L’homme de 38 ans, qui articule peu, a raconté sa version des événements du 1er août 2015.

Il tentait d’empêcher sa conjointe mesurant 1,63 m et pesant 64 kilogrammes de lui lancer un flacon de parfum, dont elle se serait emparée lors d’une dispute dans la chambre à coucher. Il dit l’avoir empoignée, ce qui a serré son bras à elle contre son cou. « Pour moi ça l’a "choquée" », a-t-il expliqué en faisant référence à la suffocation. C’est ensuite qu’il l’a poussée sur le lit. « Moi je dis que c’est un accident. »

Par la suite, il affirme être allé consommer du GHB et des médicaments.

« J’ai paniqué. Je l’aimais cette fille-là. Y‘avait rien de le fun à voir ça. J’ai pas trouvé ça drôle pantoute pantoute pantoute. »

En réponse à une question de son avocat, Guy Quirion, il ajoute qu'il était tellement troublé, « je n’avais pas du tout la tête à la réanimer ».

« J’avais quand même du respect »

Alexandre Gendron a couché la femme enceinte sur leur lit « en douceur ».

« Je vais m’étendre à côté de Cheryl et je lui parle, esti. Je lui flatte les cheveux... Elle s’en va... elle est partie », a-t-il relaté, la voix brisée.

Il n’a pas voulu se débarrasser du corps et l’a cachée dans un sac de couchage sous le lit, à la deuxième visite des policiers chez lui, le 2 août 2015. « J’avais quand même du respect, c’était ma femme. »

C’est dans cet état que la Sûreté du Québec a retrouvé la dépouille de la victime de 29 ans le 6 août, 5 jours après qu’elle ait été portée disparue par sa mère.

J’ai 38 ans et j’ai été sur la brosse toute ma vie

Le jour de sa mort, Cheryl Bau-Tremblay venait de revenir au domicile conjugal après avoir passé une semaine chez sa sœur. Elle aurait demandé au père de son enfant à naître de profiter de cette pause pour cesser de consommer de l’alcool, ce qu’il n’a pas fait.

« Quand elle est arrivée, j’étais déjà paqueté », a témoigné Alexandre Gendron, qui soutient avoir rechuté dans l’alcool trois semaines avant la mort de sa conjointe. Il pouvait boire près de « deux caisses de 24 [bières] par jour [...] Je me nourris avec de la bière ». Son alcoolisme remonterait à l’adolescence.

Cheryl Bau-Tremblay aurait grimpé dans les rideaux en constatant que « les planchers sont sales et qu’il y a de la cendre sur la table ». L’accusé l’a décrite comme une femme jalouse pouvant être agressive. « Cheryl, c’est comme un petit ours noir. Elle parle pas et un moment donné, elle explose. »

Elle voulait se fait flatter la bedaine

La veille de son départ chez sa sœur, Cheryl Bau-Tremblay avait communiqué avec le 911 lors d’une chicane avec l’accusé. Elle demandait aux policiers de venir calmer son conjoint en état d’ébriété. L’accusé soutient plutôt que c’est elle qui s’en était prise à lui.

« C’est une femme enceinte, elle a besoin de se faire flatter et bécoter [...] Elle attendait dans la chambre de se faire flatter la bedaine. Elle attendait ses chatouilles et elle était en tabarnak », puisqu’il avait les yeux rivés sur son téléphone cellulaire.

Elle lui aurait lancé l’appareil au visage. « Quand j’ai reçu ça sur la babine, ça a fendu. » Cheryl Bau-Tremblay s’est ensuite enfermée dans la salle de bain où elle a composé le 911.

Alexandre Gendron reconnaît que sa conjointe semble bouleversée sur l’enregistrement de l’appel. « Ça n’aidera pas ma cause... elle a l’air en panique », a-t-il concédé lors du contre-interrogatoire mené par le procureur aux poursuites criminelles et pénales Pierre Goulet.

Meurtre non prémédité, selon la Couronne

Le contre-interrogatoire d’Alexandre Gendron se poursuivra mardi.

La Couronne tente de convaincre le jury que l’accusé a commis un meurtre non prémédité en étranglant sa conjointe qui voulait rompre. Selon des proches de la jeune femme, elle lui avait lancé un ultimatum : s’il n’arrêtait pas de boire, elle le quittait.

La cause de la mort est l’asphyxie par strangulation, selon le pathologiste.

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