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Alexis Lafrenière déjà comparé aux plus grands

Il n'a que 15 ans, mais déjà son nom se retrouve parfois dans la même phrase que certains des plus grands joueurs de hockey de l'histoire du Québec.

Un texte d’Antoine Deshaies

À moins d’une immense surprise, Alexis Lafrenière sera choisi au tout premier rang du repêchage de la Ligue de hockey junior majeur du Québec par l’Océanic de Rimouski.

Certains dépisteurs comparent l’attaquant de 6 pieds (1,83 m) à Nathan Mackinnon. D’autres à Jonathan Drouin, pendant que les plus audacieux le situent entre Sidney Crosby et Vincent Lecavalier en matière de talent brut.

« C’est sûr que c’est flatteur d'être comparé à d’aussi bons joueurs, mais j’essaie de rester qui je suis, dit Alexis Lafrenière. Le hockey a toujours été très sérieux pour moi et des comparaisons du genre ne vont rien changer. Tout ce que je veux sur la glace c’est d’aider mon équipe à gagner. »

Les éloges ne semblent pas monter à la tête du jeune attaquant des Vikings de Saint-Eustache. Le jeune homme est discret et n’est pas très expansif lorsqu’on demande de parler de lui. Il préfère s’exprimer sur la glace que devant un micro.

Ses parents Nathalie et Hugo, protecteurs, ne raffolent pas du jeu des comparaisons. « On ne s’attarde pas à ça, affirme Nathalie Bertrand. Alexis c’est Alexis. »

« Je trouve que les comparaisons sont exagérées parce qu’il n’a pas encore donné un seul coup de patin dans le junior majeur et on le compare à des gars de la Ligue nationale, ajoute Hugo Lafrenière. Un jour, il sera peut-être un bon joueur de la LNH, je n’en ai aucune idée. Je lui souhaite, mais bien des choses peuvent arriver d’ici là. »

Alexis Lafrenière n’a pourtant pas toujours porté l’étiquette de surdoué. Il a certes toujours été un bon joueur d’élite, mais ce n’est que l’an passé, au niveau bantam AAA, qu’il s’est détaché de la masse.

« J’ai toujours cru en moi et travaillé fort et ça rapporte aujourd’hui, affirme le joueur par excellence de la Ligue midget AAA en 2016-2017. J’ai toujours eu de bonnes mains et une bonne vision du jeu, mais j’ai grandement amélioré mon coup de patin et ça m’aide beaucoup.

« Avec ma vitesse, je suis plus menaçant quand j’entre en zone adverse. Avant je faisais systématiquement une passe, maintenant je peux contourner les défenseurs. »

Il a marqué 33 buts et obtenu 50 passes en 36 matchs dans le Midget AAA cette saison contre des joueurs parfois deux ans plus vieux que lui.

Seuls Mario Lemieux, Pierre Turgeon et Alexandre Daigle ont eu de meilleures statistiques que lui au même âge. Les trois ont été des premiers choix au total au repêchage de la Ligue nationale.

Le président des Vikings de Saint-Eustache n’a jamais vu un tel talent en 20 ans dans le monde du hockey mineur. « Un joueur avec la vision d’Alexis, c’est très très rare, affirme François Gaudette. Chaque fois qu’Alexis a la rondelle, il trouve le moyen de créer une occasion de marquer pour lui ou pour un coéquipier.

« Souvent, les joueurs exceptionnels vont transporter la rondelle et vont la garder, ajoute-t-il. Alexis n’est pas comme ça. Il joue pour rendre les autres meilleurs autour de lui. Il fait ça depuis des années. »

Des heures et des heures à maîtriser son art

La maison des Lafrenière à Saint-Eustache ressemble à toutes les autres sur la rue. Mais quand on la regarde de très près, on aperçoit plusieurs marques laissées par des rondelles sur le revêtement extérieur.

Malgré l’ingénieux système de filet déployé par le paternel pour protéger la maison, quelques rondelles se sont frayé un chemin au fil des années. Alexis Lafrenière a passé de nombreuses heures à parfaire son tir dans l’entrée familiale.

Plus jeune, il défiait aussi des parcours à obstacles au sous-sol de la maison avec son bâton et une balle de golf. Des exercices qui ne sont pas étrangers à son maniement de rondelles exceptionnel.

« Je me suis toujours donné à fond pour le hockey sur la glace et chez nous. Que ce soit en entraînement ou en match, je ne voulais jamais sortir de la patinoire avec des regrets. Je pense qu’à la longue, ça te récompense. »

« Enfant, il voulait se rendre à l’aréna pour sauter sur la glace avant tout le monde, se rappelle son père Hugo qui l’a entraîné plus jeune. On s’entraînait à 6 h et il savait qu’il n’y avait personne avant nous. Il se réveillait souvent à 4 ou 5 h, sans cadran, tellement il avait hâte de jouer. »

« J’ai toujours été en amour avec le hockey, ajoute Alexis Lafrenière. Même quand ça va mal sur la glace, j’aime le hockey. C’est frustrant, oui, mais jamais je ne vais perdre mon amourpour le hockey. »

Le président des Vikings de Saint-Eustache admire la passion de son jeune protégé. « Il est vraiment dédié à son sport parce qu’il l’aime, affirme François Gaudette. Cet amour du hockey lui sert de bouclier contre la pression. Lui veut juste avoir du plaisir avec ses coéquipiers. »

« Alexis c’est un gars de sport d’équipe, ajoute son père. Il adore être en gang, il adore être en tournoi sur la route. » Et bien sûr, Alexis est très compétitif, un peu mauvais perdant à la limite.

« On lui a appris à ne pas garder les frustrations trop longtemps même si des fois c’est dur à gérer, dit Hugo Lafrenière. Quand tu es un gagnant, tu es un gagnant. Il ne retient pas ça des voisins. »

Les deux parents, Hugo et Nathalie, ont longtemps fait de la compétition à la balle-molle. Ensemble, dans une équipe mixte, ils ont même remporté le championnat canadien.

« Je jouais pour gagner, affirme maman sans détour. J’étais aussi très compétitive, mais on s’assagit avec les années. »

« Mes parents m’ont aussi transmis l’humilité, le respect et l’importance du travail, affirme Lafrenière. Ils m’ont toujours dit de travailler fort et de rester humble. »

Passage à l’Est ?

À moins d’une immense surprise, ou d’une mégatransaction, Alexis Lafrenière poursuivra sa carrière avec l’Océanic de Rimouski.

La même équipe qui a eu le privilège d'accueillir de grandes vedettes comme Vincent Lecavalier, Brad Richards et Sidney Crosby. Il ne sera pas le premier surdoué à tenter de charmer la région. L’Océanic a bonne réputation dans le monde du hockey.

« Je ne connais pas beaucoup Rimouski, mais je sais que c’est une belle ville de hockey et les joueurs y sont aimés, confie Lafrenière. Un de mes agents [ NDLR Olivier Fortier] a joué pour l’Océanic et ses commentaires sont rassurants. »

« J’ai hâte au repêchage parce que j’y pense depuis que je suis tout petit, ajoute l’attaquant de 15 ans. J’ai travaillé fort et là je serai récompensé. Je suis content d’avoir fait tous ces efforts-là. Je vais vivre le repêchage en famille à Saint-Jean le 3 juin. »

En voiture, 566 kilomètres séparent Saint-Eustache de Rimouski en passant par l’autoroute 20. Pour ceux qui ne jurent que par la 40, c’est 579 kms. Les Lafrenière auraient sans doute préféré que leur fils ne parte pas si loin.

« Ça nous rend un peu nerveux, confie Nathalie Bertrand. On a beaucoup de questionnements notamment par rapport à l’école. Alexis n’aura que 15 ans lorsqu’il quittera la maison.

« L’organisation, la vie en pension, le hockey, c’est vraiment l’inconnu pour nous. Au-delà de nos inquiétudes de parents, ça demeure une grande fierté de le voir atteindre la LHJMQ. »

Les conseils d’un ancien agent

Au cours des trois prochaines saisons dans le junior majeur, Alexis Lafrenière sera scruté à la loupe par les dépisteurs des équipes professionnelles. Les chroniqueurs hockey et les amateurs suivront ses performances de près.

L’ancien agent de joueur et analyste en hockey, Enrico Ciccone, a un conseil bien simple pour Alexis et ses parents : porter des oeillères et se mettre des bouchons dans les oreilles.

« Certains vont commencer à dire qu’il sera un premier choix du repêchage dans la LNH et qu’il fera beaucoup d’argent, prévient Ciccone. Les requins vont tenter de s’installer autour des parents parce que tout d’un coup, Alexis est devenu un joueur extraordinaire.

« Plusieurs personnes vont voir qu’il y a peut-être de l’argent à faire avec lui. Mon conseil aux parents c’est de choisir un bon conseiller et de ne pas se laisser jeter de la poudre aux yeux par n’importe quel conseiller qui viendra cogner à la porte. »

Alexis Lafrenière est déjà conseillé par Christian Daigle de l’agence Momentum Hockey.

« Son équipe de gérants l’aide beaucoup, ajoute Nathalie Bertrand. Elle l’aide à rester concentré sur ses performances sans se laisser distraire par ce qu’on dit à son sujet. »

Enrico Ciccone espère surtout que l’équipe qui repêchera Alexis Lafrenière ne fera pas de lui un sauveur pour la concession.

« D’annoncer déjà qu’il sera le meneur offensif ou qu’il sera le fer de lance de l’avantage numérique serait une grave erreur, estime Ciccone. Laissons le jeune démontrer son potentiel d’abord.

« Ne sautons pas d’étapes, le temps fera bien les choses. Ses parents n’ont pas sauté d’étapes dans son développement et c’est très bien ainsi. »

Alexis Lafrenière n’a jamais été surclassé dans le hockey mineur et c’est tant mieux selon Ciccone.

« On entend souvent dire que des jeunes sont montés trop vite, mais on n’entend jamais dire qu’ils sont montés trop tard. »

Le temps dira jusqu’où le talent mènera Alexis Lafrenière. Ses parents ne s’en cachent pas qu’ils commencent à rêver à la Ligue nationale.

« Tout le monde qui a un enfant dans l’élite rêve à la LNH, avance Hugo Lafrenière. La personne qui dit qu’elle n’y rêve pas, je n’y crois pas. »

« On dit toujours à Alexis qu’on va le soutenir jusqu’où il ira dans le hockey, ajoute Nathalie Bertrand. Il reste tellement d’étapes avant la Ligue nationale. Je veux qu’il profite de son expérience parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. Je le trouve chanceux de pouvoir tout vivre ça. Je le trouve très très chanceux. »

« J’ai toujours cru qu’un jour je pourrais atteindre la LNH, confie Alexis. Quand tu es petit, tu y crois, mais ça semble inatteignable. Mais plus tu avances, plus ça semble possible. Je pense que je vais y arriver un jour. »

En tous cas, selon bien des observateurs, il a tous les ingrédients pour réaliser son rêve. Il a trois ans pour prouver sa valeur dans la LHJMQ.

Une étape à la fois. Il n’y a plus de raccourci possible.

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