Retour

Amphithéâtre de Laval : le litige opposant Québecor et le Canadien existe toujours

BILLET - La construction de la Place Bell achève. Et mardi, le Canadien dévoilait en grandes pompes les couleurs que portera son club-école, le Rocket de Laval, à compter de la saison prochaine. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, la hache de guerre n'est toujours en enterrée entre le Canadien et Québecor, qui ont encore une cause pendante devant les tribunaux depuis quatre ans quant au contrat de gestion du nouvel amphithéâtre lavallois.

Rappelons les faits.

Vers 2011-2012, un appel d’offres a eu lieu à Laval afin de dénicher un gestionnaire intéressé à exploiter l’amphithéâtre de 10 000 places qu’on s’apprêtait à y construire. Bell/Evenko (le Canadien) et Québecor ont participé à cet appel d’offres. Et puisque Bell/Evenko a présenté la meilleure proposition, c’est ce groupe qui a obtenu le contrat de gestion de l’amphithéâtre.

Peu après, à la fin d’octobre 2012, la Ville de Laval a abandonné l’idée de construire le nouvel amphithéâtre sur le boulevard Saint-Martin comme cela avait été prévu à l’origine, parce que le terrain choisi était contaminé et instable. Les autorités municipales ont alors opté pour un terrain situé sur le boulevard le Corbusier, juste en face du métro Montmorency.

À la fin de novembre 2012, Québecor s’est présentée devant la Cour supérieure pour réclamer la tenue d'un nouvel appel d’offres. L’entreprise de communication alléguait alors que les contribuables avaient été privés de plusieurs millions lors de l’octroi du contrat à Bell/Evenko, parce que, selon Québecor, les propositions des deux parties auraient été beaucoup plus généreuses si les deux entreprises avaient su que l’aréna allait être situé à quelques pas d’une station de métro.

En d’autres mots, Québecor avait fendu l’air lors du premier appel d’offres, mais tentait d’obtenir un deuxième tour au bâton en invoquant l’intérêt des contribuables.

Cette manœuvre était d’autant plus surréaliste sachant qu’à Québec, Québecor avait obtenu le contrat de gestion du nouvel amphithéâtre de la Vieille Capitale (maintenant appelé Centre Vidéotron) sans avoir à se soumettre à un d’appel d’offres!

L’administration du maire Régis Labeaume avait violé la loi québécoise ainsi que le code d’éthique de la Ville de Québec pour octroyer ce contrat de gestion à une entreprise que le maire avait lui-même choisie. Il avait d’ailleurs fallu que l’Assemblée nationale procède à une modification législative pour que l’entente soit légalisée à posteriori.

***

À la fin de 2012, j’avais écrit que Québecor et ses dirigeants, qui rêvaient d’obtenir une équipe de la LNH, maîtrisaient très mal l’art de se faire des alliés parmi le cénacle des propriétaires de la ligue.

À l’époque, en plus de s’attaquer au Canadien pour ces motifs presque frivoles, Québecor contestait une transaction de 3,4 milliards de Bell, qui venait de faire l’acquisition d’Astral Media. En plus d’être un partenaire du CH, Bell est copropriétaire des Maple Leafs de Toronto…

Le cercle, très fermé, des propriétaires de la LNH est un univers très particulier. Pour y être admis, il faut essentiellement répondre à deux critères : a) posséder ou contrôler un amphithéâtre digne de la LNH, et b) démontrer hors de tout doute qu’on peut maintenir des relations harmonieuses avec ses partenaires.

Lorsqu’on jase aux quatre coins de la ligue, c’est souvent le deuxième critère qui est remis en cause lorsqu’il est question de l’actionnaire de contrôle de Québecor.

Mardi, j’avoue avoir été stupéfait d’apprendre que ce recours juridique concernant l’amphithéâtre de Laval est toujours actif. Et surtout de constater que Québecor a récemment participé à un processus d’expansion de la LNH en traînant un tel squelette (à la fois insignifiant et révélateur) dans son placard.

Les parties impliquées dans le dossier (dont la Ville de Laval) ont accepté de participer à une conférence de règlement à l’amiable au cours des prochaines semaines. Ce processus, qui se fera sous la supervision d’un juge de la Cour supérieure, pourrait permettre d’éviter la tenue d’un procès.

Compte tenu de l’ensemble du portrait, il sera intéressant de voir si Québecor persistera ou si elle choisira plutôt, quatre ans plus tard, de faire un élégant pas de côté.

Plus d'articles