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Analyser les drogues dans les festivals de musique?

Au moment où le Festival Osheaga est sur le point de commencer, le GRIP Montréal (Groupe de recherche et d'intervention psychosociale) estime qu'on devrait permettre l'analyse de drogues dans les festivals de musique pour réduire les risques de surdoses mortelles liées au fentanyl.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Pour le GRIP, de tels services d'analyses sur le terrain sont devenus nécessaires en raison de la crise qui fait rage en Colombie-Britannique et de la présence du fentanyl au Québec.

Pour prévenir une éventuelle vague de surdoses, Jessica Turmel, coordonnatrice du GRIP, croit qu'on doit mieux éduquer les consommateurs, mais aussi légaliser les analyses de drogues dans les événements festifs. Pour ce faire, elle demande aux autorités d'accorder une exemption à la loi pour « prendre possession d'un échantillon d'une substance pour l'analyser. »

Dans quelques jours, Jessica Turmel sera à Osheaga avec d'autres intervenants pour venir en aide aux personnes en détresse.

Dans plusieurs pays d'Europe, les tests de drogues sont permis depuis plusieurs années maintenant. Il existe aujourd'hui des technologies très poussées pour analyser les drogues, dont certaines détectent toutes les molécules de fentanyl. Jean-Sébastien Fallu, le fondateur du GRIP, croit que les autorités doivent agir. « Ce qu'on demande, c'est que les autorités sanitaires fassent tout ce qu'il faut le plus rapidement possible pour justement mettre sur pied des projets pilotes d'analyse de substances. »

Mais rares sont les organisateurs de festivals de musique qui acceptent de se prononcer publiquement sur la consommation de drogues sur leur site et sur les analyses de substances illégales sur le terrain.

Le directeur général du Beachclub de Pointe-Calumet, Jean-Louis Labrecque, est conscient des risques liés au fentanyl « On est tolérance zéro, on fouille vraiment à l'entrée, dit-il. Cette année, on a plus de gens pour le médical et la sécurité. »

M. Labrecque n'est pas fermé à l'idée qu'on analyse les substances illégales de ses clients pour tenter de prévenir les surdoses mortelles. « Je ne sais pas si on est rendu là. C'est sûr que c'est une zone grise, dit-il. Nous, on travaille énormément avec les policiers. Si ça peut nous aider à prévenir et à nous enlever des cas sur les dos […], je pense que c'est une bonne chose. »

Le fondateur du GRIP, Jean-Sébastien Fallu, affirme que plusieurs organisateurs de festivals de musique craignent de s'associer à l'analyse de drogue lors de leur événement. « C'est tabou, c'est qu'il y a encore là un aveu qu'il y a de la consommation et en plus, il n'est pas juste caché, mais il serait explicitement au vu et au su de tous, parce qu'il y a un stand où on testerait. Il y a des enjeux légaux, des enjeux d'assurances, des enjeux aussi d'image publique. »

M. Labrecque admet que le sujet peut être délicat pour certains organisateurs de festivals de musique. « Je ne pense pas que de se mettre la tête dans le sable, ça avance les choses, dit-il. Je ne pense pas que les gens, de ne pas en parler, de ne pas les informer, ça va avancer à quelque chose de garder ça comme étant un tabou. »

Les organisateurs de principaux événements de musique comme Osheaga, le Piknic Électronik Montréal ou encore le festival Éclipse en Outaouais n'ont pas répondu à nos questions.

Alors que le fentanyl fait craindre le pire aux autorités de la santé publique, Santé Canada nous a fait savoir par courriel que « les surdoses sont particulièrement préoccupantes pour les organisateurs de festivals. C'est pourquoi le ministère communique avec les organisateurs de festivals d'un océan à l'autre pour faire de la sensibilisation à propos de la prévention des surdoses et de la façon de les reconnaître. » À Québec, selon nos informations, des réflexions sont en cours sur l'utilisation d'analyse de substances dans les événements festifs.

Santé Canada met également en garde les consommateurs qui voudraient se procurer une trousse d'analyse des drogues par Internet. « Bien que les services de vérification des drogues soient un outil qui pourrait devenir important dans la lutte contre la crise des opioïdes, il est vital que les Canadiennes et les Canadiens comprennent qu'il existe différents types de trousses d'analyse des drogues, dont la qualité et l'exactitude varient. »

En Colombie-Britannique, l'organisme Ankors mène des analyses de drogues dans un festival depuis plusieurs années. Mais il ne s'agit que de tests sommaires, qui n'utilisent pas une technologie très avancée, et l'organisme s'assure que son personnel ne manipule pas la drogue.

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