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Apprivoiser le nouveau site d’Osheaga sous la pluie

Apprivoiser un nouveau site de festival n'est pas une évidence, surtout quand les pluies torrentielles et les orages se mettent de la partie. La première journée du festival Eausheaga.... pardon! du festival Osheaga 2017 sur son nouvel emplacement à l'île Notre-Dame n'a certes pas été celle espérée par les organisateurs, mais tout le monde a trouvé ses repères dans la bonne humeur.

Un texte de Philippe Rezzonico

Parmi les très bonnes idées retenues lors de l’installation, notons la quantité considérable de gazon synthétique qu’on retrouve un peu partout sur le circuit Gilles-Villeneuve. Cela a l’avantage de permettre aux festivaliers de s’asseoir et de s’allonger sur le sol d'un lieu qui n’a pas autant d’espaces gazonnés et de vallons que l’île Sainte-Hélène.

Et quand des trombes d’eau s’abattent sur Montréal alors que le festival est lancé depuis moins de deux heures, ça évite de tout transformer en bourbier. Nous nous en sommes rendu compte après l’orage tonitruant qui a mis un terme aux activités durant une heure et demie, et mené à l’annulation pure et simple d’une poignée de prestations, notamment celle d’Angel Olson.

Mais c’est ainsi lors d'un festival. On ne peut pas reporter les spectacles quand on fait face à des retards dûs aux intempéries. Trop d’artistes attentent leur tour. Et, pour emprunter une expression au hockey, ça réduit le « temps de glace » des autres.

Hanna Reid, de London Grammar, l’a annoncé d’entrée de jeu : « Nous allons tenter de faire le meilleur mini-set possible ». Dès lors, la pluie, fine, s’est remise à tomber. London Grammar a eu le temps d’enfiler trois chansons, dont les magnifiques Wasted My Young Years et Rooting For You, quand une autre averse diluvienne nous est tombée dessus.

Ce fut court, mais presque aussi intense que 90 minutes plus tôt, tonnerre en moins. Le groupe de Nottingham a néanmoins interprété deux autres chansons sous la pluie battante. Le moment fut carrément magique.

Après cette deuxième douche de grand luxe, il n'y avait plus que deux types de festivaliers en présence : ceux qui avaient apporté ponchos, vestes et parapluies et qui n'étaient pas trop trempés, et ceux qui étaient aussi mouillés que s’ils avaient plongé dans une piscine. Bien mieux, toute la journée, on voyait des gens qui s’amusaient à danser près de la fontaine à jets d’eau, présente lors des récents festivals Osheaga.

Gestion des déplacements

La décision d’installer les deux grandes scènes principales (rivière, montagne) face à face et non pas côte à côte change drôlement la gestion des déplacements. Des scènes rapprochées n’obligent pas les festivaliers à se déplacer. On peut rester au même endroit et apprécier le groupe qui joue sur la scène d’à côté, comme on l’a fait par les années passées. Désormais, quelle que soit la scène principale devant laquelle on se trouve, il faut obligatoirement quitter sa place pour aller applaudir l’artiste à l’autre extrémité.

Les déplacements sont donc plus fréquents, ce qui n’est pas nécessairement une bonne idée, car cette zone est nettement moins large que ne l’était son équivalent sur l’île Sainte-Hélène. Au moment où MGMT et Justice ont enchaîné leurs prestations en milieu de soirée, c’était drôlement congestionné dans tous les azimuts.

On l’avait pressenti, mais on peut maintenant le confirmer. On en marche un coup sur l’île Notre-Dame! Sur l’ancien site, le déplacement entre les scènes principales et la plus éloignée (verte) prenait 15 minutes, au maximum. J’ai fait l’aller-retour entre la scène de la rivière – complètement à l’est – et la scène de l’île – complètement à l’ouest – deux fois durant la journée. Ainsi, les festivalier marche près de 30 minutes quand ils sont 30 000 à 35 000 à occuper l'emplacement.

Ça n’ennuie pas le public bien plus jeune que l’auteur de ces lignes – à 25 ans, on est en forme. Mais plus que jamais, il faut planifier son parcours musical en tenant compte du fait qu’on n’aura pas le temps de voir deux artistes programmés aux antipodes à seulement quelques minutes d’intervalle. Il faudra choisir sa zone.

Zone conviviale

La zone où se trouvent les autres scènes (verte, vallée), elles aussi face à face, est conviviale au possible. Ces scènes sont d’ailleurs mieux servies dans cette nouvelle configuration qui offre beaucoup d’espaces dégagés. C’était un plaisir de voir l’excellente prestation de Belle and Sebastian à cet endroit. Mais la flotte a repris pour Rag’n Bone Man tout de suite après... Vendredi, il n’y avait pas moyen d’échapper aux éléments.

La scène de l’île, bâtie directement sur l’eau, est vraiment splendide et des festivaliers y ont passé des heures. Encore plus à l’ouest de cet emplacement, on retrouve les zones les plus boisées du site, que les festivaliers risquent grandement d’apprécier lors d’une belle journée ensoleillée. Peut-être dimanche, si nous sommes chanceux.

Cependant, nous ne l’avons pas été en fin de soirée. On a bien cru s’en sortir au début de la prestation de Lorde, mais 20 minutes plus tard, c’était reparti de plus belle. Pas grave. La chanteuse qui adore Montréal a interprété Bloody Motherfucking Asshole, de Martha Wainwright, puis elle s’est assise à l’avant-scène, sous la pluie battante qui mouillait sa robe blanche, pour livrer une longue introduction à Liability.

C’est à ce moment que j’ai jeté un regard vers la foule. Sous une averse torrentielle, les milliers de festivaliers écoutaient presque religieusement la Néo-Zélandaise. Nouveau site, pluie battante : aucune importance. À Montréal, la musique triomphe toujours de tout. Mais on se souhaite quand même plus de soleil en fin de semaine…

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