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Appropriation culturelle : un blogueur jette un pavé dans la mare

Si la question de l'appropriation culturelle a entraîné son lot de démarches et de réflexions pour favoriser l'inclusion et le respect des peuples autochtones, le blogueur Pierre-Guy Veer, lui, rejette carrément cette notion dans un texte intitulé L'appropriation culturelle n'existe pas.

Le texte en question, publié sur le HuffPost - d'abord en anglais, puis en français -, dénonce cette volonté, de la part des peuples autochtones, à « vouloir seulement bannir "l'appropriation" de leur culture ».

Pour l'auteur, il s'agit-là d'une position erronée; si l'on pousse cette logique jusqu'au bout, faudrait-il interdire toute appropriation que ce soit ?

Aux yeux de M. Veer, cela voudrait dire que l'ensemble des avancées apportées par les Occidentaux, par exemple « l'écriture, la construction, la métallurgie, les mathématiques, ou encore la médecine moderne » ne devraient plus être « appropriées » par les Premières Nations.

« C'est une question de constance intellectuelle », mentionne M. Veer lors d'une entrevue téléphonique accordée à Espaces Autochtones.

Cette démarche du blogueur fait suite au lancement de travaux internationaux, en juin, en vue de parvenir à une collaboration pour protéger par exemple les dessins, la danse, les mots et médecines traditionnelles autochtones.

Ces travaux, lancés par les délégués de 189 pays, dont le Canada, concernent l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, un organisme onusien sis à Genève, en Suisse.

Des compagnies ont déjà été critiquées par le passé pour s'être approprié des éléments de la culture autochtone.

La notion d'appropriation culturelle a également provoqué bien des remous, y compris à Radio-Canada et à sa déclinaison anglophone CBC. En 2015, un projet de nouvelle émission culturelle à la télévision du diffuseur public avait suscité la controverse du fait de son nom, Pow-wow. Le nom avait par la suite été modifié.

Libre circulation des idées

Selon M. Veer, le terme d'appropriation est synonyme de violence et de contrainte.

« Il est vrai que les membres des Premières Nations vivent encore aujourd'hui de grandes difficultés. Mais on ne peut pas s'approprier une idée », affirme celui qui se définit comme un « libertarien engagé ».

Pierre-Guy Veer avance également que les idées autochtones qui feraient l'objet d'une appropriation sont « millénaires, et donc difficiles à breveter et à protéger ».

Et si ces idées étaient ultimement brevetées, « il faudrait que les brevets soient particulièrement permissifs, car les brevets nuisent à l'innovation ».

Si les démarches entreprises auprès des Nations unies pour faire interdire l'appropriation culturelle semblent s'articuler autour de la notion de protection contre une récupération à des fins commerciales, M. Veer n'en démord pas; pour lui, cette récupération serait en fait positive.

« Je crois que cette "appropriation" devrait être célébrée, puisqu'une culture gagne en visibilité et en solidité lorsqu'elle est diffusée auprès du plus grand nombre de gens possible. »

« S'il fallait que la culture autochtone soit aussi limitée que ce qui est souhaité par certains membres [des peuples autochtones], alors elle mourrait à petit feu », soutient-il.

Oui à des normes, mais...

M. Veer se pose clairement en défenseur de la libre circulation des idées, que cela mène à de possibles cas d'appropriation culturelle ou non.

Toutefois, cette volonté toute libertarienne finit par s'effriter.

De fait, M. Veer se dit d'accord avec la codification de l'utilisation des idées et symboles autochtones, « si cela est auto-imposé par l'industrie, par exemple ».

Il se refuse ainsi d'envisager une situation où ce serait l'État qui dicterait des règles en la matière.

« Si c'est codifié par les gouvernements, j'ai certaines hésitations, parce qu'habituellement cela devient restrictif et peut mener à des abus. »

Idem pour les démarches auprès des Nations unies : « Si ça n'implique aucune loi centralisée, je n'ai aucune objection... Cela pourrait peut-être même pousser certaines compagnies à consulter les Premières Nations, ce qui aiderait éventuellement ces dernières », déclare-t-il.

Pierre-Guy Veer reconnaît par ailleurs qu'il n'a pas cherché à entrer en contact avec des membres des peuples autochtones pour discuter des idées avancées dans son texte.

« Le billet a d'abord été publié sur un blogue libertarien. [...] Si des internautes autochtones l'ont lu et l'ont commenté, ils n'ont pas mentionné leur origine dans ces commentaires. »

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