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Après les costumes, Radio-Canada se défait de ses vinyles et de ses meubles

Petit à petit, Radio-Canada continue à se départir de son patrimoine avant de quitter la grande tour. Après les costumes, la société d'État cherche à donner ses disques vinyle, sa collection de partitions musicales, mais aussi l'essentiel des décors et des accessoires utilisés à la télévision pour des séries comme Les belles histoires des pays d'en haut, Le temps d'une paix et Sol et Gobelet.

Un texte de Pascale Fontaine

Il est question de 119 000 disques vinyle uniques non numérisés, de 113 000 partitions musicales commerciales, de 7000 meubles usagés, de 34 000 accessoires, de 12 000 nappes et draperies, de 1100 perruques...

Ces immenses collections ne trouveront plus leur place dans les nouveaux locaux du diffuseur public, dont la superficie passe de 1,3 millions de pieds carrés à 418 000 pieds carrés. C'est trois fois moins d'espace.

Pour que chaque chose soit bien classée et aille au bon endroit d’ici le déménagement en 2020, la tâche est colossale en termes d’espace, d’échéance et du nombre d’objets, souligne Emmanuelle Lamarre-Cliche, qui est à la fois première directrice de la nouvelle Maison de Radio-Canada et responsable du comité gérant le patrimoine.

Des meubles pour donner vie aux costumes

Des artisans de Radio-Canada ont écumé donc quelque 75 000 pieds carrés à la recherche de pièces patrimoniales. Des 500 trouvailles qu’ils ont dénichées, certaines se retrouveront au Musée de la civilisation de Québec afin de compléter la collection des costumes des personnages les plus marquants des émissions de Radio-Canada, acquis à la fermeture du costumier en 2015.

« Quand le costumier a fermé ses portes, on a été sollicité pour voir les pièces sélectionnées comme étant patrimoniales, raconte Valérie Laforge, conservatrice du musée. On s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose de plus large qu’un simple costume : c’est la mémoire de Radio-Canada, de la production française, mais ce sont aussi des références culturelles pour plusieurs générations. »

Ainsi, le salon de la série Cormoran pourra trouver sa place aux côtés de robes de Bella Cormoran (Nicole LeBlanc), et la férule rouge du professeur Mandibule et ses bancs d’école iront rejoindre les accoutrements de La ribouldingue.

Le même sort attend le fameux poêle de Rose-Anna (Nicole LeBlanc), puisque le Musée de la civilisation de Québec possède déjà une série d’objets de la série Le temps d’une paix.

« C’est une série culte qui revient et que beaucoup de générations ont vue, explique Valérie Laforge. Ce poêle identifie l’émission et Mémère Bouchard, très souvent prise devant sa cuisinière. Par ailleurs, c’est une pièce magnifique de Royal Bélanger. »

Le défi reste de travailler dans la cohérence afin de donner plus de sens aux choses. Comme l’espace est aussi limité au musée, le choix sera chirurgical, ajoute la conservatrice, qui papillonne d’une maquette de Bobino aux petits bateaux de la série DIberville.

Le musée compte aussi mettre la main sur des artéfacts démontrant le savoir-faire des artisans de Radio-Canada ou encore, qui sait, dénicher des accessoires anciens.

Quant aux 55 000 autres objets qui ne peuvent être rattachés à une émission, Radio-Canada lance jeudi un appel d’intérêt afin de leur donner une deuxième vie utile. Les établissements à vocation culturelle ou éducative doivent se manifester d’ici le 19 avril.

Partitions et disques vinyle cherchent conservateurs

Le même sort attend la voûte qui renferme quelque 119 000 titres uniques de disques vinyle et presque tout autant de partitions musicales commerciales.

Les étagères chargées d’albums anciens (certains datent de 1908) et de feuillets gribouillés par de grands compositeurs d’ici se videront sous les yeux de la coordonnatrice du service musique Julie Morissette, qui les a parcourues en long et en large depuis 25 ans.

En feuilletant délicatement des partitions écrites à la mine ou à l’encre de Chine, elle relève sans peine chaque petit bijou : ici, un arrangement annoté par François Dompierre, une autre par François Morel ou encore par Vic Vogel à une époque où Radio-Canada avait un orchestre pour bonifier ses productions radio et télé.

Le travail de réalisateurs comme Pierre Mercure sera conservé dans la nouvelle maison de Radio-Canada, comme artéfact de savoir-faire. Quant aux 4000 partitions manuscrites, elles pourraient bien avoir une place à Bibliothèque et Archives Canada, avec qui la société d’État est en discussion. Reste à trouver une institution qui chouchoutera ses disques vinyle et qui permettra au diffuseur d'y avoir facilement accès; l’appel d’intérêt sera bientôt lancé.

« Comme le mandat de Radio-Canada n’était pas de conserver les partitions, l’entreposage n’était pas à son meilleur, souligne la coordinatrice. Probablement qu’une institution [comme Bibliothèque et Archives nationales du Québec ou une université] saurait les faire connaître également et [faciliterait] la recherche pour tous ces grands compositeurs qui ont travaillé ici.

Que fera Julie Morissette, une fois la voûte vidée de ses trésors? « Il va toujours y avoir d’autres projets à archiver. »

Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet.

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