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Au lieu d'acquérir un fauve, Bergevin est revenu avec un rat

BILLET - On croyait que Marc Bergevin s'était rendu à Buffalo pour acquérir un ou des fauves. Il est plutôt revenu à Montréal avec un rat.

Un texte de Martin Leclerc

Le Canadien manque cruellement de force à l'attaque. Tout le monde le sait. Mais disons-nous les choses franchement : ça manquait aussi cruellement de rats dans ce vestiaire.

Au hockey, le rat n'abandonne jamais. Il se présente là où il n'est pas le bienvenu et, même si on le frappe ou le chasse à grands coups de bâton, il revient sans cesse à la charge.

Plus vous le frappez, plus il revient. Vous tentez de l'intimider, il vous nargue. Le rat est capable de vous sourire en plein visage pendant qu'une coulisse de sang coule doucement sur sa joue.

Lorsqu'on le coince dans un coin, le rat de patinoire ne rend pas les armes. Contrairement à son cousin qui habite les navires, le rat de patinoire se bat jusqu'à la fin.

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Jusqu'à vendredi dernier, Brendan Gallagher était le seul de cette espèce avec le CH. Et c'est pour cela que tous ses coéquipiers, tous ses entraîneurs et tous les partisans de l'équipe le respectent et l'aiment sans retenue.

S'il y avait eu plus de rats dans ce vestiaire la saison dernière, le Tricolore n'aurait peut-être pas dégringolé de façon aussi spectaculaire au classement après la blessure subie par Carey Price.

Notons d'ailleurs que lorsque l'équipe s'est totalement effondrée en décembre, le nom de Gallagher était aussi inscrit sur la liste des blessés parce qu'il avait bloqué un tir avec une main.

Dans le langage parfois étrangement imagé du hockey, on dit des joueurs comme Gallagher qu'ils ont du « f... you » dans leur jeu.

Andrew Shaw, que Marc Bergevin a acquis des Blackhawks de Chicago dès le début du premier tour du repêchage, est exactement ce genre de joueur.

Il dispute chaque match comme si c'était son dernier. Soir après soir, il encaisse des taloches à proximité du filet, mais il y retourne sans cesse, sans broncher.

Il marque une quinzaine de buts par saison et jouit du respect total de tous ceux qu'il côtoie.

Vendredi soir, sur les réseaux sociaux, des partisans se sont scandalisés de voir le DG du Canadien céder ses deux choix de deuxième tour pour mettre la main sur Andrew Shaw.

Pourtant, il est rare qu'un homme de hockey ait la chance de réaliser une transaction aussi empreinte de certitude.

« Je crois que Marc Bergevin aime le rat que j'ai en moi », a commenté Shaw samedi, lors d'une conférence téléphonique avec les représentants des médias montréalais.

Le CH annoncera plus tard que Shaw a paraphé une entente à long terme avec l'organisation.

Quand cette formalité sera accomplie, Bergevin aura mis la main sur un attaquant de 25 ans qui a remporté deux Coupes Stanley (il a d'ailleurs joué un rôle majeur dans l'une de ces conquêtes), qui sera un meneur et qui fera l'unanimité à Montréal pendant cinq, six ou sept ans.

Qui dit mieux?

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Le Canadien forme certainement une meilleure équipe avec Andrew Shaw.

La veille de certains matchs contre le CH, des gardiens de la LNH feront probablement des cauchemars à l'idée de partager leur demi-cercle durant toute une soirée avec Gallagher et l'énergétique peste venue de Chicago.

Pas sûr qu'un joueur adverse ait un jour été dérangé à l'idée d'affronter Lars Eller.

Cela dit, Bergevin n'a toujours pas réglé son problème le plus criant. Aussi brillant soit Andrew Shaw dans son rôle de rat, le top 6 du Tricolore à l'attaque est toujours aussi incomplet.

***

La semaine dernière, j'ai écrit que Marc Bergevin s'apprêtait à vivre la semaine la plus importante de son règne à la tête de l'équipe.

Qu'il réussisse ou non à changer le portait de sa formation, tout ce qui s'est passé depuis le repêchage et tout ce qui se produira jusqu'à l'ouverture du marché des joueurs autonomes, le 1er juillet, cristallisera l'opinion d'une vaste majorité d'amateurs et d'observateurs à son endroit.

Jusqu'à présent, le directeur général du CH reste fidèle à ce qu'il a été depuis quatre ans.

Au repêchage de Buffalo, Bergevin a continué d'empiler les défenseurs, il a conclu deux transactions mineures avec des joueurs de troisième trio (Eller et Shaw), et il s'est encore une fois tourné vers son alma mater, les Blackhawks de Chicago, pour trouver du renfort.

Mais la semaine est encore jeune.

Après la catastrophique saison que l'équipe vient de connaître, et après toutes les fuites et rumeurs auxquelles le CH a été mêlé ces derniers jours, il est impossible de croire que l'été de Marc Bergevin se résumera à l'acquisition d'Andrew Shaw.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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