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Audiences suspendues sur Énergie Est : un processus qui a du plomb dans l'aile

L'Office national de l'énergie (ONE) a été forcé de suspendre ses audiences publiques sur le controversé projet de pipeline Énergie Est lundi matin. Les manifestants, ainsi que le départ précipité du maire de Montréal, Denis Coderre, auront eu raison de cette première séance. L'ONE aura fort à faire pour retrouver la confiance du public dans ce processus de consultation qui démarre sur les chapeaux de roue.

Une analyse de Étienne Leblanc reporter spécialisé en environnement

C'est peut-être Denis Coderre qui a le mieux décrit la crise de confiance du public par rapport au processus de consultation de l'Office national de l'énergie sur le projet Énergie Est.

La semaine dernière, quand il a demandé le report des audiences après avoir appris que deux des trois commissaires avaient rencontré en secret un consultant de TransCanada - l'ancien premier ministre du Québec Jean Charest -, M. Coderre a déploré le fait qu'il y avait un problème de perception sur la transparence du processus, puis a déclaré ceci : « Lundi, l'éléphant dans la pièce, ça va être la question : "Est-ce que ces gens-là sont aptes à être des commissaires?" »

Le lundi venu, après avoir annoncé qu'il suspendait sa participation aux audiences et qualifié l'événement de « cirque », il a bouclé la boucle : « Aujourd'hui, l'éléphant vient de sortir de la salle. Il fallait s'assurer qu'on puisse répondre à ce problème de perception. »

Mais rien n'a été fait. Et M. Coderre est parti, lui qui représente environ quatre millions de personnes en tant que président de la Communauté métropolitaine de Montréal. Il pèse lourd, et il le sait.

Crédibilité minée

Son départ précipité de lundi matin a le mérite de mettre les projecteurs sur ce problème de crédibilité qui plombe le processus de consultation.

Si l'Office national de l'énergie veut que les recommandations qu'il fera au premier ministre Trudeau au terme de l'exercice soient crédibles et perçues comme telles par la population, les commissaires doivent être au-dessus de tout soupçon de partialité ou de conflit d'intérêts.

« Le régulateur doit avoir une très grande crédibilité, il doit entretenir un statut de neutralité pour être crédible, pour que les décisions soient légitimes », nous disait la semaine dernière Louis Simard, professeur à l'Institut d'études politiques de l'Université d'Ottawa et spécialiste des questions de participation publique.

Et pour l'heure, c'est cette question de légitimité qui en a pris pour son rhume.

Que deux commissaires sur trois rencontrent en secret un consultant payé par le promoteur, ce n'était déjà pas une bonne idée.

Que l'Office national de l'énergie nie publiquement que cette rencontre ait bel et bien eu lieu quand un journaliste lui a posé la question, c'est encore une moins bonne idée. Mais en interdisant aux participants d'aborder le sujet de cette rencontre inappropriée dans leurs interventions, l'ONE a mis de l'huile sur un feu qui brûlait déjà.

La confusion qui a régné lundi matin à la première séance des audiences n'est que l'illustration de ce manque total de confiance du public envers ce processus.

L'ONE aurait pu alléger ce boulet qu'il traîne en récusant les deux commissaires mis en cause, et les remplacer par deux autres. Mais l'organisme fédéral ne l'a pas fait.

Pourquoi cela? Y a-t-il une pénurie de commissaires francophiles à l'Office national de l'énergie?

N'ayant hérité du mandat de consultation publique que depuis 2012 sous le règne du gouvernement Harper, après que ce dernier eut aboli l'Agence canadienne d'évaluation environnementale, y aurait-il un manque d'expertise au sein de cette institution fédérale?

On est en droit de se poser la question.

Quoi qu'il en soit, l'Office national de l'énergie et TransCanada auront fort à faire pour regagner la confiance du public. Car si la question de l'acceptabilité sociale doit trôner au sommet des priorités, comme le promettent Justin Trudeau et Philippe Couillard, on est mal partis.

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