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Battre le Toronto FC, le plaisir coupable de l’Impact de Montréal

« Je peux vous dire que lorsque nous avons gagné 1-0 là-bas, nous avons tout de suite reçu l'appel de Joey parce qu'il était tellement content. Il tenait à nous féliciter dès la fin du match. »

Ce précieux souvenir du 27 août 2016, un premier gain en plus de 10 ans dans la Ville Reine, Mauro Biello le partage avec son humilité habituelle à la veille du premier match de la finale de l'Est, mardi, au stade olympique contre ce même adversaire.

L'homme de confiance de la famille Saputo est assis dans ses quartiers au centre d'entraînement de l'Impact, inauguré cet été. Cette rivalité Montréal-Toronto, Biello l'a apprivoisée.

Joueur étoile de l'Impact en deuxième division dans les années 1990, il a lentement gravi les échelons pour devenir entraîneur-chef de cette équipe dans la grande ligue en 2015. Un parcours de près de 25 ans vers la MLS durant lequel il a vite compris que chaque défaite contre le TFC faisait plus mal que les autres, en particulier à son patron.

« C'est une grande fierté pour la famille Saputo d'être dans un match si important, rappelle Biello. Ce serait quelque chose de spécial pour Joey de voir son équipe en finale de la MLS. Ce n'est pas juste un match. C'est une question de fierté. »

Joey Saputo préfère demeurer loin des projecteurs. Il observe et ne commente pas les performances de son personnel. Mais on devine qu'il a le sourire facile puisque le stade olympique sera rempli pour le premier de ces deux matchs contre Toronto. Un succès aux guichets contre un opposant aux poches profondes, prêts à dépenser une fortune pour gagner le championnat.

« Ils ont dépensé beaucoup d'argent pour embaucher des joueurs étoiles comme (Sebastian) Giovinco, (Michael) Bradley et (Jozy) Altidore, constate le capitaine de l'Impact Patrice Bernier. Ça fait tout un splash. On l'a vu. Le Toronto FC est aussitôt devenue une équipe forte. »

Deux mondes au Canada

La rivalité Montréal-Toronto, c'est donc aussi ça : deux approches différentes pour arriver à ses fins.

Selon des informations fournies par l'Association des joueurs, le Toronto FC est l'équipe qui dépense le plus dans la MLS. Une somme de près 23 millions de dollars en salaires garantis, dont plus de 18 millions sont versés à Giovinco, Bradley et Altidore. C'est beaucoup plus que Didier Drogba, Ignacio Piatti et Laurent Ciman, dont les noms ne figurent pas parmi les 10 joueurs les mieux payés du circuit, contrairement aux 3 joueurs vedettes torontois.

« Je sais qu'il y a une différence économique entre Toronto et Montréal, dit Bernier dans un élan de passion pour sa province. En tant que Montréalais, on considère qu'on apprécie un peu plus la vie. On est plus des bons vivants. Là-bas, c'est beaucoup plus business. C'est un autre facteur de la rivalité Montréal-Toronto. Les joueurs commencent à comprendre les différences de culture entre les deux villes. »

Cette soif de victoire contre Toronto est-elle aussi intense dans le camp adverse? Les joueurs du TFC éprouvent-ils autant de plaisir à battre l'Impact de Montréal? À en juger par les propos du milieu de terrain Michael Bradley, la réponse est oui.

« Nous y pensons depuis la minute que nous avons été éliminés par l'Impact l'an passé, dit Bradley en pesant chacun de ses mots. C'est une chance inouïe de les affronter à nouveau dans un duel de plus grande envergure. Nous sommes très fébriles. »

L'écrasante défaite de 3-0 subie à Montréal au premier tour éliminatoire en 2015 est une gifle que le Toronto FC n'a pas oubliée. Le bilan du camp torontois contre le onze montréalais dans les grands rendez-vous n'est d'ailleurs pas très reluisant.

En 2014, l'Impact avait aussi infligé un revers crève-cœur au Toronto FC en finale du Championnat canadien. Cette victoire avait propulsé l'Impact vers la Ligue des champions de la CONCACAF, une aventure qui s'était étirée jusqu'à la grande finale perdue contre l’équipe mexicaine América devant plus de 61 000 spectateurs à Montréal.

En 2008, le TFC était également tombé de son piédestal contre Montréal, une équipe fortement négligée qui avait remporté le Championnat canadien, même si elle jouait en deuxième division contre un adversaire de la MLS.

Rendez-vous émouvant

Patrice Bernier tient à ce que les amateurs de soccer québécois vibrent une fois de plus avec eux.

« Ils seront 60 000 au stade olympique mardi. Ces gens-là veulent voir le match, mais aussi le ressentir. Nous, les joueurs, nous pouvons leur faire ressentir les émotions du passé et de chaque match joué contre Toronto. Mais cette fois-ci, c'est une finale. Oui, j'aurai un discours différent avant la rencontre parce que c'est Toronto. Mais je n'ai pas besoin d'expliquer à mes coéquipiers l'enjeu. Ils savent ce que le Toronto FC signifie pour l'Impact. »

Il s'est écoulé plus de deux semaines depuis l'étonnante victoire de l'Impact contre les Red Bulls à New York. Un coup d'éclat précédé par un autre à Washington en match de barrage. Depuis, Biello n'a pas affiché l'allure d'un entraîneur triomphant. Il reste modeste et son calme est désarmant. Mais ses yeux s'illuminent lorsqu'il souligne que son équipe devra battre le Toronto FC pour atteindre la grande finale.

« Je suis content parce que, pour devenir champion, il faut battre les meilleurs, estime Biello. Et selon moi, Toronto est l'une des meilleures équipes. Être capable de battre Toronto peut nous donner la confiance pour aller jusqu'au bout. »

Aucune équipe canadienne n'a remporté la Coupe MLS. En vérité, cette confrontation entre le Toronto FC et l'Impact de Montréal est un duel historique, puisque ces deux formations n'ont jamais participé à la finale de l'Est.

Le TFC a fait son entrée dans le circuit américain en 2007. L'Impact a obtenu sa place en 2012. La MLS procédera au couronnement de son équipe championne le 10 décembre. Mais juste avant, le 30 novembre à Toronto, une équipe canadienne gagnera la bataille au nord de la frontière.

« Ça n'a pas été facile d'avoir du soccer professionnel au Canada. C'est une récompense pour le travail accompli. Aujourd'hui, nous avons la chance d'avoir un champion. J'espère que ce sera nous », conclut Mauro Biello.

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