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Battu à mort dans une prison surpeuplée pour « quelques malheureux grammes de tabac »

Trois hommes subissent un procès au palais de justice de Montréal pour le meurtre prémédité d'un codétenu de la prison de Bordeaux. Ils l'auraient tabassé à mort pour lui voler son tabac, alors que l'unité était remplie au-delà de sa capacité, il y a près de deux ans.

Un texte de Geneviève Garon

« Quelques malheureux grammes de tabac. » C'est la raison pour laquelle le détenu Michel Barrette a été roué de coups, le 21 juin 2016, selon le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Louis Bouthillier.

Dans sa déclaration d'ouverture, lundi, il a expliqué aux jurés que Michel Barrette, un ex-héroïnomane de 46 ans, venait tout juste d'être incarcéré à l'Établissement de détention de Montréal, où il avait réussi à faire entrer un peu de tabac pour fumer en cachette.

Des codétenus jaloux l'auraient attiré dans la cellule du président du comité des détenus de l'époque, Tarik Biji. En 23 minutes, il aurait été tabassé, puis renvoyé dans ses quartiers.

Michel Barrette aurait ensuite agonisé plus de deux heures dans sa cellule, pendant que Tarik Biji s'assurait qu'aucun autre détenu ne cherche du secours.

La victime a souffert de multiples fractures et est finalement morte d'un choc hémorragique profond, sans avoir été transportée à l'hôpital. Les jurés ont pu constater sur les photos déposées en preuve que le haut de son corps était couvert d'hématomes.

Tarik Biji, 39 ans, Jason Côté, 32 ans et Garmy Guerrier, 31 ans sont accusés du meurtre prémédité de Michel Barrette et subissent leur procès conjointement devant la juge Hélène Di Salvo, de la Cour supérieure.

Trop de détenus

« Il y avait à ce moment-là, comme c'est souvent le cas à Bordeaux, un problème de surpopulation », a souligné Me Bouthillier, selon qui une cinquantaine de détenus étaient incarcérés dans l'unité. « Les gardiens qui étaient en charge de cette unité-là vont venir témoigner et vont vous expliquer comment les choses se passaient », a-t-il ajouté.

Des images de caméra de surveillance des couloirs seront présentées pour comprendre le déroulement de la soirée. Aucune caméra n'a capté ce qui s'est produit dans les cellules.

Incursion dans la prison

Le premier témoin, l'agent Caroline Jean de la Sûreté du Québec, a présenté au jury des photos prises à l'intérieur de l'établissement, permettant une rare incursion dans l'univers carcéral. La cellule où la victime aurait été battue contenait deux lits, l'un des matelas était posé à même le sol, de nombreux produits d'hygiène et aliments couvraient les tablettes, des serviettes masquaient les fenêtres et plusieurs photos osées ornaient les murs, visiblement sales.

Le ministère de la Sécurité publique a demandé et obtenu une ordonnance de non-publication pour une dizaine de photos qui représentaient les aires communes de la prison, pour éviter de diffuser des éléments sensibles reliés à la disposition des lieux. Il s'inquiétait notamment de rendre public le modèle des caméras de surveillance.

La poursuite a annoncé qu'elle fera témoigner une dizaine de personnes, dont l'homme qui partageait la cellule de la victime et qui l'aurait vu se faire passer à tabac.

Après avoir entendu la preuve, les accusés annonceront s'ils présentent une défense.

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