CRITIQUE – Le plus récent disque de Beck Hansen se nomme Colors et, conséquemment, il en a fait voir de toutes les couleurs aux 3902 spectateurs présents à la Place Bell, à Laval, mardi soir.

Un texte de Philippe Rezzonico

N’ayez crainte, Beck est toujours aussi gentil et pacifiste. Et rassembleur, ajouterais-je, à en juger par l’équilibre entre le nombre d’admirateurs de la première heure qui le suivent encore et la génération suivante qui l’a adopté.Je parle, bien sûr, de la large palette de couleurs musicales que l’Américain peut offrir avec son riche répertoire. Sans oublier l’apport visuel de son actuelle tournée : couleurs éclatantes, figures géométriques et motifs psychédéliques étaient le lot des nombreuses variations que les amateurs ont pu admirer sur l’écran géant placé derrière la scène à deux niveaux.Beck, qui a toujours l’allure d’un adolescent, a désormais 25 ans de carrière. Il l’a souligné sur scène en remerciant le public de le soutenir encore de nos jours. L’auteur-compositeur et interprète est bien plus conscient que naguère de cette fidélité.

Survol et succès

Contrairement à ses tournées des années 1990, où l’accent était mis sur le nouvel album qui venait de paraître, les concerts plus récents sont devenus de véritables survols de carrière et des spectacles de grands succès. Mardi, il a proposé des chansons tirées de 10 de ses 12 albums parus de 1994 à 2017, rien de moins.Reprenant un peu la formule utilisée lors de son passage à la salle Wilfrid-Pelletier à Montréal en 2014, Beck a démarré son concert sur les chapeaux de roues en interprétant en séquence Devils Haircut, The New Pollution et Mized Bizness.

Les bombes de ses albums les plus populaires (Odelay, Midnite Vultures) ont été suffisamment retravaillées dans les arrangements pour qu’elles conservent un air de fraîcheur sans être dénaturées. La première a eu droit à une introduction différente, comme si Beck voulait retarder l’arrivée de la ligne de guitare connue de tous. Quant à la troisième, décapante, elle était colorée par quelques emprunts de I Want To Take You Higher, de Sly & the Familly Stone.Enchaînées tout de suite après ces classiques, les récentes Up All Night (accrocheuse et dansante) et Wow (pop alternative) ont quelque peu montré leurs limites malgré un très joli enrobage visuel. N’empêche, cela a mené à un départ coup de canon et personne ne voulait être ailleurs.

Le flottement

En voix, en forme et avec une taille fine en dépit de ses 48 ans célébrés il y a trois jours (8 juillet), Beck adore jaser et jouer avec le public, même s’il sacrifie un peu de son efficacité sur les planches.On aime l’entendre interpréter Debra, seul, à la guitare acoustique. Mais si tôt, quand le feu est pris dans l’aréna? Et quand il a la bonne idée d’interpréter Raspberry Beret, de Prince, il a la moins bonne idée de demander à la foule de la chanter. Résultat mitigé.

C’est aussi fort gentil de demander aux spectateurs s’ils ont des demandes spéciales. Mais quand quelqu’un brandit une pancarte où il est écrit Satan Gave Me A Taco (de Stereopathetic Soulmanure, février 1994) et que Beck se goure après deux phrases, l’artiste ne paraît pas bien et l’amateur n’a droit qu’à un bout de chanson. Quand vient le temps d’interpréter des chansons sans filet, n’est pas Springsteen qui veut.

Ce sont des bémols qui ne gâchent pas la sauce, tant l’Américain sait se reprendre à d’autres moments du spectacle. Black Tambourine, ma favorite de son répertoire des années 2000, était mordante à souhait.

Beck aime aussi se faire plaisir. De son propre aveu, il a ressorti de ses tiroirs Earthquake Weather, de Guero (2005), l’album qui a été le mieux représenté de la soirée (6 titres). Avec sa facture hard blues, Got It Alone a permis à la foule de battre la mesure avant d’apprécier Lost Cause, offert en mode acoustique par Beck et ses accompagnateurs. Splendide.

Dreams, probablement la meilleure chanson de Colors, a vraiment donné le signal du dernier droit, irrésistiblement dansant avec l’enchaînement de Girl, Loser et E-Pro. Avec Where It’s At – de facture Beastie Boys - en début de rappel, il faut convenir que les spectateurs moins assidus aux concerts de Beck ont été rassasiés de chansons rassembleuses. À part Sexx Laws, rayon gros canons, pas mal tout ce que nous voulions entendre y était.

L’essence de Beck

La présentation des musiciens était elle aussi digne de mention. D’ordinaire, un artiste présente ses collègues et, au mieux, ces derniers jouent quelques notes d’une chanson connue pour faire le spectacle. Mardi, chaque présentation a mené à plus d’une minute d’interprétations de titres archiconnues.

Nous avons donc entendu en succession Good Times (Chic), Miss You (Rolling Stones), Cars (Gary Numan), le thème musical de la série télévisée Three’s Company et Once In a Lifetime (Talking Heads). Banal, direz-vous? Pas du tout.

Ces chansons-là – et des centaines d’autres – sont la matière première à laquelle Beck s’abreuve depuis ses débuts. L’essence même de ce qu’il était déjà dans la vingtaine et de ce qu’il est toujours aujourd’hui. Un musicien d’exception capable d’expérimenter dans le rock, de verser dans le funk et d’orchestrer des bijoux mélodiques avec un même bonheur.

Il l’a souligné en expliquant que lui et ses sept musicien(ne)s – quatre hommes, trois femmes, presque la parité – jouaient ces « chansons que nous aimions déjà, avant toutes les listes de Spotify ». Bien dit.

La seule chose vraiment incongrue de ce concert a été… la géographie. Toute la soirée durant, Beck s’est adressé aux spectateurs en parlant de Montréal. Je ne sais pas s’il l’a fait exprès ou si personne ne lui a souligné la chose, mais Laval est à Montréal ce que le New Jersey est à New York : la ville (état, municipalité, zone, quartier) de l’autre côté de la rivière. Détail.

Il n’y aura pas d’ambiguïté sur les Plaines d’Abraham jeudi soir (12 juillet) au Festival d’été. Et avec une sélection similaire de chansons, Beck va aussi en faire voir de toutes les couleurs aux spectateurs de Québec.

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