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Benoît Roberge obtient sa libération conditionnelle totale

Un peu plus de trois ans après avoir reconnu être une taupe pour le crime organisé, l'ancien enquêteur vedette du Service de police de la ville de Montréal (SPVM), Benoît Roberge, retourne chez lui. Il bénéficie d'une libération conditionnelle totale, mais demeurera sous surveillance jusqu'en 2021.

Un texte de Geneviève Garon

Seul, sans aucun de ses proches, flanqué de son avocat et de son agente de libération conditionnelle, Benoît Roberge, 54 ans, a exprimé des remords devant les deux commissaires chargés de l'évaluer. Il a répété avoir commis une série d'erreurs, motivées entre autres par la cupidité.

« J'ai gaspillé ma vie, mis en danger des gens [...] Nui à la réputation de mon organisation, à des gens qui avaient confiance en moi », a-t-il affirmé lors de l'audience devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada, mardi au Centre fédéral de formation, à Laval.

150 000 $ des Hells Angels

Benoît Roberge a plaidé coupable en 2014 à des accusations de gangstérisme et d'abus de confiance. Après avoir été l'un des enquêteurs les plus en vue du SPVM, spécialisé dans le crime organisé, il a transmis de l'information confidentielle aux motards, plus précisément au Hells Angels René Charlebois, entre 2012 et 2013. Cette arnaque lui a permis d'empocher 150 000 $.

L'ancien policier a expliqué aux commissaires avoir souffert d'une dépression non avouée, en 2004, après avoir été « mis de côté » par ses supérieurs. « Mon ego avait été atteint fortement ».

Lorsqu'il s'est mis à collaborer avec les motards, il a été coincé dans un engrenage, craignant pour la sécurité de ses proches s'il mettait fin au stratagème.

« Jamais je n'aurais dû céder au chantage, a-t-il déclaré aux commissaires. Jamais je n'aurais dû avoir peur. [...] J'ai perdu le contrôle de la situation. »

À cause de lui, des enquêtes policières d'envergure ont avorté, des suspects se sont sauvés et la vie d'informateurs de police a été mise en danger.

La culture au sein du SPVM

En réponse à une question d'un commissaire, Benoît Roberge a déclaré qu'il serait « exagéré » de dire que son organisation lui avait appris à tricher. Il reconnaît par contre avoir déjà violé son code de déontologie policière, par le passé. « Il y a une culture qui se développe dans différentes sphères d'activités de mon métier. Et c'est valorisé. Mais pas au point où j'ai agi. »

« J'aurais dû changer d'emploi, de spécialité, bien avant », croit-il.

Il estime aussi que les policiers devraient bénéficier de plus de formation sur le sujet.

Faible risque de récidive

Son agente de libération conditionnelle, Julie Rose Vaillancourt, a expliqué aux commissaires que le risque de récidive de Benoît Roberge est faible et que son potentiel de réhabilitation est élevé. Elle affirme qu'au cours des neuf derniers mois passés en maison de transition, il a eu un comportement exemplaire.

Les commissaires ont conclu qu'il assume la responsabilité de ses gestes et qu'il doit continuer de réfléchir aux raisons qui l'ont poussé à commettre ses crimes.

Le plan de sortie de Benoît Roberge a été discuté à huis clos, pour des raisons de sécurité. La seule condition qui lui est imposée est de faire du bénévolat à temps partiel.

La peine de l'ancien policier se termine le 3 juillet 2021 : il continuera d'être surveillé et d'avoir des conditions à respecter d'ici là.

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