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« C’était inconcevable que j’arrête de patiner » - Charles Hamelin

« Dois-je continuer à patiner? Est-ce un signe pour que j'arrête? » Les chutes ont forcé Charles Hamelin à se remettre en question aux Jeux de Sotchi. À peine sorti de son cauchemar olympique, le Québécois s'est engagé dans un nouveau cycle qui le mènera à Pyeongchang en février. Retour sur une décision qu'il a prise pour lui, mais aussi pour l'équipe canadienne de courte piste.

Un texte de Guillaume Boucher

En février 2014, Charles Hamelin arrive à Sotchi avec une confiance débordante, convaincu qu’il a sa place sur tous les podiums après une saison de Coupe du monde particulièrement réussie avec sept médailles individuelles, dont six d’or, en quatre compétitions.

Sa première épreuve, le 1500 m, lui sourit. Il remporte l’or après être resté en tête, intouchable, pendant les cinq derniers tours de la grande finale. Ce sera sa seule médaille des Jeux. La suite est gâchée par des chutes. Après celle de son frère François en demi-finales du relais, il y a les siennes, sans raison apparente, en quarts de finale du 1000 m et en qualifications du 500 m. Il est secoué.

« Quand tu ne tombes presque jamais en compétition – ça m’arrive à peu près une fois par année – et que ça t’arrive deux fois en trois jours dans le plus gros événement de ta vie, tu te demandes : "Qu’est-ce qui se passe? Suis-je encore un patineur de vitesse? Dois-je continuer à patiner?" », se souvient-il.

Sa remise en question commence dans la colère et dans le doute. Mais les discussions qu’il a avec son entourage, au premier plan sa copine Marianne St-Gelais et son entraîneur Derrick Campbell, l’amènent ailleurs. L’idée de patiner quatre autres années, jusqu’à ses quatrièmes Jeux, lui vient assez rapidement.

« On en est venu à la conclusion que j’avais beaucoup de patin en moi, raconte Charles Hamelin. Année après année, je m’améliore, je suis plus fort, je suis meilleur techniquement et tactiquement. C’était inconcevable que j’arrête de patiner.

Pour lui et pour les jeunes

Charles Hamelin a tout gagné en courte piste : quelque 140 médailles en Coupe du monde, tous les titres individuels aux Championnats du monde et 4 médailles olympiques, dont 3 d’or.

« Il me reste quelques petits trucs à gagner encore », répond-il quand on lui demande s’il a encore des choses à prouver dans son sport à 33 ans.

Parmi ces « petits trucs », il y a une médaille olympique au 1000 m. Il en a d’ailleurs fait un objectif à Pyeongchang. Et devant son public à Montréal, un mois après les Jeux, il reluquera le titre général des Championnats du monde, autre récompense majeure qui lui a toujours échappé.

Si Charles Hamelin patine encore, c’est aussi « pour tracer le chemin aux jeunes de l’équipe », son autre grande motivation pour les dernières années de sa carrière. Des jeunes comme Samuel Girard (21 ans), Pascal Dion (23 ans), Kim Boutin (22 ans) et Jamie Macdonald (22 ans) qui comme lui iront à Pyeongchang.

« Comparativement aux autres Jeux auxquels j’ai participé, les jeunes vont avoir beaucoup de place dans l’équipe, dit l'athlète de Sainte-Julie. Je peux les aider, les épauler, leur montrer le chemin. Les erreurs que j’ai faites dans le passé ou les trucs qui ont moins bien fonctionné, si je peux leur éviter et leur donner des conseils pour arriver au succès, ce sera mission accomplie. »

Ces jeunes comme Samuel Girard, 3e au général des derniers Championnats du monde et premier des sélections olympiques, lui apportent aussi beaucoup, même s'ils sont aussi des rivaux. Entre eux et lui, c’est du « donnant-donnant », assure-t-il.

« On fait un sport individuel, mais on s’entraîne tous en équipe. On veut que le Canada reste un pays dominant en courte piste […] Quand je vais prendre ma retraite et que je verrai des gars confiants et capables de gagner des médailles en Coupe du monde, aux Championnats du monde ou aux Jeux olympiques, je vais être fier. »

Ne rien laisser au hasard

Charles Hamelin aimerait qu’on se souvienne de lui comme d’un athlète « qui a toujours fait les choses à la perfection, pour gagner, et qui n’a jamais laissé rien au hasard ».

En vieillissant, il est encore plus soucieux des détails dans sa façon de mener sa vie d’athlète. C’est une des raisons pour lesquelles il est encore compétitif à 33 ans, croit-il.

« Je dois avoir un meilleur sommeil, une meilleure alimentation, mieux m’étirer pour éviter les blessures, mieux m’échauffer avant les entraînements aussi, énumère-t-il. Ça me demande plus d’énergie chaque année. Depuis deux ans, je suis conscient de ça et je fais les efforts pour être toujours prêt, que ce soit pour le plus gros entraînement de ma vie ou un entraînement de routine de quelques tours. »

Pour durer, Charles Hamelin a aussi dû suivre l’évolution de son sport, qui n’est plus le même qu’à ses débuts avec l’équipe canadienne senior, en 2003, et à ses premiers Jeux, à Turin en 2006. Parce que le plateau est plus relevé, il ne peut plus aborder ses courses et voir ses adversaires de la même façon.

« Avant, on voyait beaucoup la Corée du Sud, la Chine et le Canada sur les podiums individuels et au relais, observe-t-il. Maintenant, des patineurs d’une dizaine de pays peuvent aller chercher des médailles individuelles. Et il y a au moins huit équipes assez fortes pour espérer gagner un relais.

Cette sagesse tactique, comme d’autres choses qu’il a apprises, il a envie de les partager dans ce qui sera vraisemblablement la dernière saison de sa carrière. Il n’a pas l’intention de revenir à compétition l’an prochain, mais se voit encore sur patins, dans un rôle de mentor, particulièrement auprès des patineuses de l’équipe canadienne.

« Je pense vraiment pouvoir les aider à être meilleures. Je continuerais à patiner, mais sans faire de compétition, pour les amener ailleurs. »

Comme quoi Charles Hamelin n’a pas fini de se réinventer dans l’univers du courte piste…

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