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Ça bouge à l’école publique Pierre-de-Coubertin

Faire bouger les élèves à raison de 8 heures par semaine, soit le tiers du temps passé à l'école, c'est le projet pédagogique de l'école primaire publique Pierre-de-Coubertin, située dans l'arrondissement de Montréal-Nord. Cette initiative, considérée comme unique au Québec, suscite de l'intérêt.

Un texte de Marie-France Bélanger

Depuis plus de 30 ans, l'établissement Pierre-de-Coubertin mise sur l'activité physique. Au total, les élèves ont cinq heures de cours d'éducation physique par semaine, à l'exception de ceux de première année qui n'en ont que quatre. C'est donc deux fois plus que ce que prévoit le régime pédagogique.

Et à cela s'ajoutent les récréations extérieures et les activités sportives complémentaires. Le directeur de l'établissement, Stéfano Sabetti, est très fier de son école. « On appelle ça un tiers temps éducation physique », dit-il.

Au total, l'école compte trois enseignants d'éducation physique plutôt qu'un seul. Ces coûts supplémentaires sont assumés à la fois par l'école et par la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île.

L'école compte quelque 240 élèves, de la première à la sixième année, dont la majorité provient du secteur défavorisé de Montréal-Nord. Les « Coubertins », nom donné à ceux qui fréquentent l'école, sont sélectionnés. La direction accepte environ la moitié des demandes qui lui sont soumises. Mais attention: pas besoin d'être un athlète et d'avoir des « A » pour être admis.

L'école valorise le dépassement personnel plutôt que la performance. « Chacun choisit des défis à sa mesure », explique l'enseignant d'éducation physique, Normand Chaumont. « Dans cette optique-là, tout le monde vit des succès », ajoute-t-il.

Un milieu de rêve pour les éducateurs physiques... et les élèves

Les trois enseignants d'éducation physique sont unanimes: c'est stimulant de travailler dans un tel milieu où le sport est au coeur du projet éducatif.

Stimulant aussi pour les jeunes. « Ils sont épanouis. Ils sont fiers et ils sont heureux d'être à l'école », explique Alexis Rainville-Pelletier, également éducateur physique. « On a un faible taux d'absentéisme », ajoute-t-il.

« C'est la meilleure école du monde », nous disent plusieurs élèves. Une jeune fille nous confie aussi que la perspective de quitter un jour l'école pour entreprendre le secondaire la rend déjà triste.

Il faut dire que le sentiment d'appartenance à l'école Pierre-de-Coubertin est très puissant. D'anciens élèves ont même choisi d'y revenir... pour y travailler.

C'est le cas d'Anne-Marie Léveillé et d'Émilie Roy, respectivement enseignante de quatrième et deuxième année qui gardent, toutes deux, des souvenirs mémorables de leur passage dans cette école.

Les retombées?

Le projet pédagogique de l'école Pierre-de-Coubertin n'a jamais fait l'objet d'une étude scientifique afin de bien en mesurer l'impact. Mais le directeur observe que ses élèves réussissent aussi bien que les autres, et ce même s'ils consacrent moins de temps aux matières académiques pour faire davantage d'activité physique.

Il constate aussi qu'ils sont concentrés en classe. « Ils sont plus attentifs et il y a moins de perte de temps », dit-il.

Un projet inspirant

Le président de la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec, Jean-Claude Drapeau, estime que l'école Pierre-de-Coubertin constitue une référence au Québec. Et il aimerait bien que d'autres initiatives du genre voient le jour ailleurs dans la province.

Mais pour ce faire, il faut de la volonté politique, ajoute-t-il puisqu'un tel projet nécessite un peu plus de ressources.

Jean-Claude Drapeau mise beaucoup sur les présentes consultations publiques sur la réussite éducative, lancées par le ministre Sébastien Proulx, pour défendre l'importance de l'éducation physique comme matière scolaire essentielle, au même titre que le français et les mathématiques.

Une heure d'activité physique par jour dans les écoles: c'était aussi l'une des recommandations du Livre vert pour une nouvelle politique du sport, du loisir et de l'activité physique, déposé en 2013 par le député péquiste de Labelle, Sylvain Pagé à la suite de consultations.

Monsieur Pagé déplore que cette politique n'ait jamais été adoptée par les élus.

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