Si Jason Di Tullio a aujourd'hui tourné la page, l'ancien entraîneur adjoint de l'Impact de Montréal reconnaît que son congédiement survenu en octobre dernier, a été difficile à digérer.

Un texte de Christine Roger

« Ça m’a brisé le coeur. C’était comme perdre un membre de ma famille. C'était à ce point. Maintenant, ça va bien. Quand tu perds quelqu'un dans ta famille, tu ne vas jamais l’oublier. J’avais un deuil à faire », confie celui qui a perdu son poste en même que l'entraîneur-chef Mauro Biello, un autre adjoint, Wilfried Nancy, l'entraîneur des gardiens Jack Stern et le préparateur physique Yannick Girard

Natif de Montréal, Jason Di Tullio a passé toute sa carrière avec l’Impact. Après cinq ans en tant que joueur et sept comme entraîneur avec l’Académie, puis avec la première équipe, il s’est retrouvé face à l’inconnu. Ce club, c’était tout ce qu’il connaissait.

« Tu tombes en amour avec ce que tu fais et les personnes avec qui tu travailles, explique-t-il. C'est ta deuxième famille. Tu es là tous les jours. Tu vas à la guerre avec ces personnes. »

Pourtant, l’annonce de Joey Saputo lors de son bilan de fin de saison, le 23 octobre dernier, n’avait rien de surprenant. Depuis de nombreuses semaines déjà, les entraîneurs de l’Impact faisaient l’objet de rumeurs de congédiement. En septembre, après une défaite à domicile contre le New York City FC, certains médias avaient même avancé que Mauro Biello et ses adjoints avaient déjà été avisés que cette saison serait leur dernière à la barre de l’équipe.

Sans dire qu’il savait qu’il serait relevé de ses fonctions à la fin de la saison, Jason Di Tullio avoue qu’il était bien conscient que la situation devenait extrêmement délicate. Il n’a cependant pas été question pour le personnel d’entraîneurs d’abandonner. Au contraire, ils se sont servis de ces rumeurs comme d’un élément de motivation.

« Quand tu signes, tu le sais. Tu sais que si tu ne gagnes pas à Montréal, il y a une possibilité. Nous étions encore mathématiquement dans la course. Peu importe les rumeurs, si on faisait les séries, ça changeait la donne », souligne-t-il.

« Mais chaque fois que nous perdions, c’était comme si c’était la fin du monde pour nous. Je n’allais pas au restaurant avec ma femme. Je cherchais des solutions. Ça devenait compliqué de simplement aller acheter du lait pour ma famille et pour moi », se souvient-il.

La dernière semaine du calendrier a été particulièrement difficile sur le plan émotif. Lors du dernier match de la saison, Di Tullio savait qu’il foulait peut-être pour une dernière fois la pelouse du stade Saputo. C’est Mauro Biello, après une rencontre avec Joey Saputo, qui lui a annoncé la mauvaise nouvelle.

« J’étais dans ma voiture, après le match, pour rentrer chez moi, quand j’ai reçu son appel, raconte-t-il. J’ai entendu l’émotion dans la voix de Mauro. Je sais que c’était difficile pour lui de m’annoncer ça. »

« Au début, c'était un deuil. J'étais frustré, fâché… Je suis passé par toute la gamme d’émotions. »

Un échec personnel

Si le choc a été difficile à encaisser, c’est surtout à cause de ce sentiment du devoir inachevé. Six mois plus tard, Jason Di Tullio est toujours persuadé que l’équipe d’entraîneurs qui était en place aurait pu redresser la situation.

« De ne pas avoir gagné de championnat et de ne pas voir des joueurs que j'ai entraînés à l'Académie jouer régulièrement avec la première équipe, je prends ça personnel. Ce sont les deux échecs que je vis. »

Les mois ont passé et l’amertume s’est dissipée… Est-ce qu’il est d’accord avec la décision de l’Impact? Non. Est-ce qu’il la respecte? Oui. La seule chose qu’il ne comprend toujours pas, c’est l’utilisation du terme « complaisance ».

« Nous avons aimé le mot stabilité dans le passé, mais je pense que la stabilité a apporté de la complaisance. Complaisance chez les entraîneurs. Complaisance au sein des joueurs », avait mentionné Joey Saputo lors de son bilan de fin de saison.

« Ça brise le coeur parce que c'est tellement loin de moi, tellement loin de l'environnement que Mauro a mis en place pour nous. Tous les jours, nous voulions trouver une solution. En venant de Montréal, toutes les décisions que nous avons prises, tout ce que nous étions en train de mettre en place, c'était toujours pour le mieux du club », assure-t-il.

En 2016, Mauro Biello avait choisi de laisser Didier Drogba sur le banc. Pour le bien de l’équipe, l’entraîneur était prêt à être la cible de vives critiques.

« On savait qu’avec Didier sur le terrain, nous étions 10 fois meilleurs. Ce n’était pas personnel, mais pour le collectif, Mauro a choisi de le laisser sur le banc. Mauro a mis sa carrière en jeu pour le bien du club », affirme-t-il.

« J’ai beaucoup de respect pour lui. Il m’a donné une chance et je serai toujours là pour lui. Il m’a tout donné. »

Joey Saputo avait mentionné qu’il laisserait le nouvel entraîneur choisir ses adjoints. Jason Di Tullio assure qu’il n’a jamais eu de discussion avec Rémi Garde.

Relation au beau fixe avec Nick De Santis

Même si les liens ont été rompus avec son équipe de coeur, Jason Di Tullio assure qu’il a toujours d’excellentes relations avec plusieurs membres de l’organisation. Contrairement à ce que plusieurs pourraient penser, il n’y a aucune animosité entre Nick De Santis et lui.

« Nick a toujours été là pour moi. Il était l'entraîneur quand on a gagné le championnat en 2004. Il était là dans mes premières années comme pro. Il m'a aidé à maturer très vite. Il était mon cochambreur. Je voulais être comme Mauro et Nick », se remémore-t-il.

« C'est dommage parce que les gens n’ont aucune idée de tout ce que Nick fait pour ce club, ajoute-t-il. Nick s'en fout de prendre la responsabilité et de répondre aux critiques. Toutes les décisions qu’il prend, c’est pour l’équipe, pour le futur du club. »

La loyauté a toujours été une valeur fondamentale aux yeux de l’entraîneur de 34 ans. Mais si c’est justement cette loyauté qui lui a permis de gravir les échelons avec l’Impact de Montréal, il reconnaît que c’est probablement aussi ce qui explique qu’il n’a toujours pas trouvé d’emploi avec un club professionnel. Pendant de nombreuses années, tout ce qui comptait, c’était Montréal et il réalise aujourd’hui que son réseau de contacts en a souffert.

Marc Dos Santos est cependant l’un de ceux avec qui il a toujours maintenu une bonne relation. Les deux hommes se parlent plusieurs fois par semaine et Dos Santos est devenu une source d’inspiration pour Di Tullio.

« Je le respecte beaucoup parce que Marc nous permet de croire qu’il y a une carrière après Montréal. Il me montre que ce n’est pas une fin en soi. »

Jason Di Tullio n’en veut pas à l’Impact de Montréal, au contraire. Il sera toujours reconnaissant d’avoir eu la chance de grandir au sein de cette organisation. Il se dit maintenant prêt à utiliser son expérience pour relever un nouveau défi, même s'il doit quitter Montréal.

Il ne sait toujours pas ce que l’avenir lui réserve, mais il n'écarte aucune option. Il avoue avoir posé sa candidature pour le poste de directeur du programme canadien masculin U-20 et d’avoir eu des discussions avec plusieurs personnes œuvrant dans les différentes ligues professionnelles.

Et si un jour, l’occasion de revenir avec Montréal se présentait?

« J'ai eu la discussion avec Joey Saputo. Je l'ai remercié. Je lui ai dit que ça me brisait le coeur que ça finisse comme ça. Je comprends que c'est une business. Je respecte trop le métier et le sport. Le sport m'a tout donné ce que j'ai… Je pourrais difficilement refuser un rôle où je peux faire ce que j'aime tous les jours, tout en redonnant à ma ville », confie-t-il.

Jusqu’à l’an passé, Jason Di Tullio portait la bague de championnat de la USL remportée avec l’Impact de Montréal, en 2004. Treize ans après l’avoir gagnée, il a senti que le temps était venu de passer à autre chose et il l’a enlevée.

« Mais j’ai compris que dans la vie, il ne faut jamais dire jamais… »

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