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Cafouillage sur l'A-13 : le déneigeur Roxboro Excavation dit n'avoir rien à se reprocher

Les dirigeants de l'entreprise Roxboro Excavation affirment qu'ils ne sont pas responsables du cafouillage sur l'autoroute 13, où 300 automobilistes sont restés coincés pendant de longues heures sur la voie rapide sans qu'aucun service de secours leur vienne en aide dans la nuit du 14 au 15 mars 2017.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Pour la première fois depuis l'événement, un dirigeant de l'entreprise a accepté d'en parler publiquement. Le directeur général, David Théorêt, nous a rencontrés, dit-il, afin de remettre les pendules à l'heure.

Pour lui, la dernière année a été difficile. Il raconte que le cafouillage sur l'autoroute 13 a nui à l'image de l'entreprise qu'a fondée son grand-père il y a plus de 40 ans. « On l'a vécu très difficile à l'interne parce qu'on est une entreprise intègre qui est reconnue pour donner un service de qualité. »

David Théorêt affirme qu'il ne pouvait pas commenter l'affaire auparavant, en raison du contrat qui liait son entreprise au ministère des Transports. « On avait une clause de non-communication qui nous empêchait de commenter l'événement », explique-t-il.

Il soutient que son entreprise n'a rien à se reprocher quant à ce qui est arrivé sur l'autoroute 13 l'an dernier. « Avec les vérifications qu'on a faites, nous, tout était en place. Nos camions étaient là, puis on a déneigé adéquatement. »

M. Théorêt affirme, rapport à la main, que ses déneigeurs ne sont pas responsables de l'enlisement des deux poids lourds dans la bretelle enneigée. « Il y avait 3 cm [de neige] au sol et le devis stipule 5 cm; et il y avait eu un épandage de sel supérieur à ce que le devis demandait, précise-t-il. J'aimerais bien vous dire qu'on a fait quelque chose de pas correct [...], le devis a été respecté, le contrat a été respecté. »

Il ajoute avoir fourni « un rapport montrant [que l'entreprise] avait [utilisé] trois fois plus de véhicules ».

Selon lui, le véritable responsable dans ce cafouillage sur l'autoroute 13, c'est le camionneur qui a refusé de se faire remorquer. « Pour nous, il y a eu un problème avec le refus de remorquage. Ce n'est pas normal que ça ait pris sept heures [pour le] faire remorquer. »

M. Théorêt soutient même que ses équipes de déneigement ont été prises dans la congestion monstre. « Nos chauffeurs ont été pris dans cette situation-là. Ils ont débarqué. Ils ont essayé d’aller aider du monde. [...] Les gens chez nous qui ont vécu cette situation-là se sont sentis très impuissants, comme les usagers de la route. »

Conclusions du rapport Gagné

Contrairement à ce qu'affirme le directeur général de Roxboro Excavation, l'entreprise n'est pas sortie sans tache de toute cette histoire. Le rapport de l'ex-sous-ministre Florent Gagné, commandé par le gouvernement après les événements, indique que « les véhicules se sont d'abord immobilisés en raison de l'état de la chaussée, dont l'entretien revient à Roxboro, ce qui soulève tout au moins des interrogations sur ce qui aurait pu être fait au-delà de la stricte application des clauses contractuelles ».

Un autre rapport, celui-là du ministère des Transports, précise que « Roxboro n'a donc pas été en mesure de respecter son obligation de résultat, soit notamment de limiter l'accumulation de neige en dessous des seuils prévus à son contrat ». Le Ministère lui a imposé une pénalité de 3600 $.

Roxboro ne se retrouve pas sur la liste des entreprises dont le rendement a été jugé insatisfaisant. Le sous-ministre Stéphane Lafaut précise que, lorsque le Ministère évalue le rendement d'une entreprise, il « évalue la globalité de ses contrats ». Par conséquent, Roxboro Excavation peut continuer à soumissionner aux appels d'offres du ministère des Transports du Québec.

D'ailleurs, David Théorêt aimerait bien que son entreprise puisse de nouveau déneiger l'autoroute 13. « Il y a une possibilité qu'on resoumissionne, et on va continuer à resoumissionner », dit-il.

Ce dernier a émis quelques recommandations pour éviter que de tels événements ne se reproduisent. Il souhaite notamment que les déneigeuses puissent être considérées comme des véhicules d'urgence, ce qui leur donnerait plus de latitude dans des situations de crise.

Le ministère des Transports souhaite éventuellement déblayer lui-même cette autoroute... qui a donné lieu à un cafouillage... et à un recours collectif.

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