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Caméra cachée : une intervenante brusque avec un enfant autiste

Des parents de Montréal étaient sous le choc après avoir visionné l'enregistrement d'une caméra cachée de la thérapie de leur enfant autiste de 4 ans. Pendant les 93 minutes de l'enregistrement obtenu par CBC, l'intervenante agit brusquement à quelques reprises, voire de façon inappropriée, selon des experts.

Un texte de Mathieu Dion

En septembre, à la suite d'une séance de thérapie à domicile pour son garçon Adam*, Jennifer* s'est inquiétée après avoir constaté qu'il agissait étrangement. Elle a questionné la thérapeute, Stephanie Vernucci, qui lui aurait mentionné qu'Adam avait eu un comportement difficile ce jour-là.

Dans le doute, les parents d'Adam, un autiste non verbal, ont donc installé le lendemain une caméra cachée dans la salle où se tenait la thérapie. La caméra n'enregistrait pas le son, seulement l'image.

Après avoir visionné l'enregistrement de 93 minutes, Jennifer et son mari n'en croyaient pas leurs yeux.

À deux occasions, il est notamment possible de voir Stephanie Vernucci tirer la chaise à billes sur laquelle Adam était assis. Elle prend également Adam brusquement par le bras à trois reprises. L'enregistrement montre en plus que l'intervenante utilise son téléphone cellulaire à au moins 25 reprises.

Sur les 93 minutes d'enregistrement effectué lors de la séance de trois heures, l'intervenante ne passe qu'une quinzaine de minutes à réaliser des exercices avec l'enfant.

Une période critique

Adam a reçu son diagnostic d'autisme à l'âge de deux ans et demi. Son psychologue a recommandé à ses parents une thérapie et l'experte Alexandra Rothstein. Cette dernière est une spécialiste de l'analyse appliquée du comportement - ou méthode ABA - et est certifiée par l'organisme sans but lucratif américain Behavior Analyst Certification Board.

Le but de Jennifer était de s'assurer que son enfant pourrait un jour parler. D'après l'avis de nombreux experts, plus on agit tôt, plus les chances de réussite sont meilleures.

Alexandra Rothstein a mis au point un programme pour Adam, mais a recruté Stephanie Vernucci pour offrir la thérapie à raison de trois heures par jour, cinq jours semaine. À l'occasion, pendant les 16 mois qu'a duré le traitement, Mme Rothstein venait superviser la thérapie et procéder à des ajustements. Jennifer était sur place la plupart du temps et n'a jamais vu quoi que ce soit d'alarmant dans l'interaction entre Mme Vernucci et Adam.

Ce n'est qu'après six mois de thérapie que Jennifer a constaté un changement de comportement chez Adam, qui était entre autres plus agressif.

Une méthode reconnue

La méthode ABA se veut ferme et neutre, mais l'enfant y trouve normalement du plaisir grâce à des interactions positives et des récompenses. « C'est la méthode qui a le plus de soutien dans la recherche et avec laquelle les enfants font le plus de progrès », explique Marc Lanovaz, professeur à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal.

« Vous n'êtes pas censé être en colère. Ce ne devrait jamais être brusque ou désagréable », ajoute Lisa Reisinger, psychologue au Centre de réadaptation de l'ouest de Montréal.

Marc Lanovaz et Lisa Reisinger ont visionné la vidéo d'Adam. Ils reconnaissent que la façon de faire de Stephanie Vernucci est inappropriée.

Des listes d'attente trop longues

Jennifer a dû se tourner vers une thérapie privée pour son fils, car la liste d'attente pour avoir des soins offerts par l'État était trop longue. Elle a dû dépenser la somme de 23 000 $ pour les 16 mois.

Le nombre d'autistes est à la hausse et le système public ne suffit tout simplement pas à la demande.

Le secteur privé est toutefois non réglementé. « N'importe qui, demain, pourrait ouvrir une clinique, dit Marc Lanovaz. Il faudrait un ordre ou une certification qui protège ce type d'activité, et ce n'est pas le cas présentement au Québec. »

Plusieurs provinces et États américains tiennent des pourparlers en ce sens. En Colombie-Britannique, le gouvernement offre jusqu'à 22 000 $ annuellement afin de venir en aide aux parents ayant recours à différents services pour enfants autistes. Un registre des thérapeutes approuvés par la province est aussi en place pour assurer la qualité des soins.

La ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique, Lucie Charlebois, mentionne qu'il y aura un plan d'action à l'automne. D'ici là, elle invite les gens à faire appel à « des professionnels compétents et certifiés ».

Aucune accusation

Le cas du jeune Adam s'inscrit donc dans un contexte difficile et peu encadré. Sa mère, Jennifer, a porté plainte à la police. La Couronne n'a pas déposé d'accusation. Le lendemain de l'enregistrement, Jennifer a placé devant les faits l'intervenante Stephanie Vernucci, qui a nié tout mauvais traitement et offert à la famille de rembourser le traitement si cette dernière laissait tomber la plainte.

Son avocat, qui a visionné l'enregistrement en présence de Mme Vernucci, a remis en cause la qualité et la fiabilité de la vidéo et croit que les parents d'Adam ont une réaction disproportionnée à l'égard de son contenu.

Sa superviseure, Alexandra Rothstein, a expliqué que Mme Vernucci traversait une dure période et que les actions envers Adam la journée de l'enregistrement ne s'étaient produites qu'une seule fois. Mme Rothstein s'est dite désolée auprès de la famille pour ce qu'elle a pu subir.

Stephanie Vermucci et Alexandra Rothsein ont été contactées par nos collègues de CBC. Toutes les deux ont choisi de ne pas accorder d'entrevue. Alexandra Rothstein leur a dit avoir résilié son contrat avec Stephanie Vernucci dès qu'elle a eu connaissance de la vidéo.

*Les noms de la mère et de son fils ont été modifiés pour protéger l'identité de l'enfant.

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