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Campagne contre la violence sexuelle envers les locataires

Les agressions sexuelles vécues par des femmes dans leur logement préoccupent plusieurs organismes qui lancent une campagne pour encourager les victimes à témoigner. À l'occasion de la Journée contre la violence sexuelle faite aux femmes, une pétition a aussi été déposée sur le site de l'Assemblée nationale afin d'inciter le gouvernement à agir.

Un texte de Vincent Rességuier

Depuis deux ans, le Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal recueille des témoignages de femmes agressées par leur colocataire, leur propriétaire, leur concierge ou leur gestionnaire d'immeuble. Conclusion : les agressions sont nombreuses, une centaine de cas ont été recensés dans le quartier Centre-Sud, à Montréal.

Afin de documenter le phénomène, une dizaine de témoignages de harcèlement sexuel et de viol ont été entendus, retranscrits et enregistrés avec une voix neutre. Ces capsules sonores permettent de découvrir des histoires, souvent tragiques, de victimes qui ne veulent pas prendre la parole publiquement.

Annie, par exemple, a dû composer avec un colocataire qui se promenait nu devant elle et organisait des orgies dans leur salon. Elle a toléré cette situation jusqu'au jour où il l'a attachée, puis violée avec la complicité d'une autre femme.

Simone, mère au foyer, s'est retrouvée seule et démunie après son divorce. Elle a cherché un logement pendant plusieurs semaines. Par dépit, elle a finalement loué une chambre dans une maison à Longueuil avec trois hommes dont elle a dû endurer les pratiques exhibitionnistes. L'enregistrement aborde son quotidien, et décrit notamment une scène qui l'a profondément marquée : « Un soir [...], j'ai vu un des chambreurs qui se masturbait à ma fenêtre. C'est pas explicable comment je me suis sentie, j'ai eu tellement peur! »

La loi du silence

Marie-Ève Desroches, une des responsables du projet, explique que des hommes qui abusent de leur pouvoir profitent de la vulnérabilité des femmes, souvent parce qu'ils savent qu'elles n'ont pas les moyens de déménager. La loi du silence et la pauvreté contraignent les victimes à se taire, par peur de perdre leur logement.

Mme Desroches estime qu'il faut davantage documenter la situation, car le dossier monté par le Centre d'éducation et d'action des femmes concerne seulement un quartier de Montréal. « On n'a pas de chiffres, explique-t-elle, il faudrait aussi voir la réalité dans un contexte rural. »

Comme souvent en cas d'agression sexuelle, les dénonciations sont rares, d'autant plus que ce type de problème concerne souvent des femmes isolées en situation de précarité. Dominique Raptis, intervenante sociale au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l'Ouest-de-l'Île, souhaiterait faire tomber le tabou, comme lors de la campagne #AgressionNonDénoncée en 2014.

Une pétition à l'Assemblée nationale

La députée de Québec solidaire Manon Massé, marraine de la pétition déposée sur le site de l'Assemblée nationale, dénonce l'inaction du gouvernement. « Ça fait deux ans que le gouvernement libéral est en bilan et en préparation d'un nouveau plan de lutte contre les agressions sexuelles. J'espère bien qu'il arrivera cet automne, il devait arriver ce printemps », dit-elle.

Les signataires de la pétition réclament entre autres au gouvernement des moyens pour lutter contre ces violences et une campagne publique de sensibilisation. Afin de mieux outiller les locataires, ils demandent aussi d'améliorer la visibilité dans le formulaire de bail de certains articles du Code civil qui protègent les droits des locataires, notamment en matière de harcèlement et d'agression.

Le Plan d'action gouvernemental en matière d'agression sexuelle est échu depuis 2013.

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