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Centre de prévention de la radicalisation : une ex-employée se révèle

Entre la confiance et le choc, notre enquête sur les pratiques du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRVM) a suscité plusieurs réactions tant de la part des élus que d'une des sources qui témoigne désormais à visage découvert.

« Je suis profondément outrée et profondément choquée, surtout de voir la réaction du Centre et des personnes qui sont intervenues en interaction à votre reportage », dit la psychologue Céline Castillo, qui ne travaille plus au CPRVM depuis le mois de juin.

Dans un reportage diffusé jeudi à Radio-Canada, d'anciens employés ont affirmé que le directeur du centre, Herman Okomba-Deparice, les a incités à contrevenir à leur code de déontologie en divulguant des renseignements confidentiels obtenus auprès de personnes supposément radicalisées.

Du côté du CPRVM, le responsable de l'équipe de recherche affirme que les renseignements obtenus au Centre demeurent confidentiels.

« On a mis un certain nombre de procédures en place, depuis la création du centre, qui visent à assurer la confidentialité, expliquait Benjamin Ducol à l'émission Gravel le matin. On a très fortement segmenté ce qu'on a fait du côté de l'intervention vis-à-vis des autres employés du Centre. »

La « grosse nuance » se situe plutôt entre les intervenants et la direction, selon Mme Castillo.

Confiance à la Ville de Montréal et à Québec

Le Centre dit que, depuis sa création en 2015, il a répondu à 352 demandes d'assistance nécessitant une intervention sur le terrain et référé 17 cas à la police. Le maire de Montréal affirme que le Centre fait un travail remarquable et a sa pertinence.

« Selon toute vraisemblance, à la lumière de tout ce que je vois et les questions que je pose, la confidentialité a été respectée et réitérée à l'émission Gravel le matin avec le directeur de recherche », dit Denis Coderre.

Il assure que le CPRMV « n'est pas une institution policière », et que la confidentialité des renseignements qui sont recueillis est respectée.

« Il ne faudrait pas dire que c'est un outil de délation et que c'est juste une fenêtre pour envoyer ça aux forces policières, ce n'est pas exact », a-t-il déclaré, avant de réitérer qu'il a « pleinement confiance » dans son travail.

Le ministre québécois de la Sécurité publique envoie essentiellement le même message. Martin Coiteux soutient qu'il « n'a pas de raison de croire que ce centre-là ne fait pas une œuvre extrêmement utile dans le moment et qui est reconnue ».

Selon le ministre, « des protocoles sont en place » s'il y a urgence d'informer les services policiers.

M. Coiteux dit ne pas avoir l'intention d'appeler M. Okomba-Deparice pour effectuer un suivi. Bien qu'il reçoive du financement de Québec, le CPRMV est un « organisme indépendant », dit-il, et son approche est « extrêmement utile ».

Des informations troublantes pour l'Ordre des psychologues

En entrevue à ICI RDI, la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou, a commenté les propos du psychologue Jacques Caron, qui soutenait que l'organisation agissait davantage comme un « centre de délation » lorsqu'il y a travaillé pendant près d'un mois, après sa mise sur pied.

M. Caron soutenait que le directeur du centre lui a demandé de lui faire part de toutes les informations qu'il recueillait, et ce, sans lui dire comment ces informations seraient utilisées, ce qui contrevenait à son code de déontologie.

Selon elle, un psychologue ne peut être relevé de ce secret professionnel que si son client y consent ou lorsque la loi l'oblige à le faire, dans des circonstances bien précises. « Il faut qu'il y ait un danger grave, et un danger imminent, soit pour la personne elle-même, soit pour un groupe de personnes ou d'autres personnes avec qui elle pourrait être en contact », dit-elle.

Mme Grou affirme en outre que l'information dénoncée doit être « nécessaire ».

Dans un contexte clinique, indique-t-elle, il est possible que des informations soient consignées dans un dossier central. Le bénéficiaire en est cependant informé par les professionnels concernés et signe un consentement à ce sujet. Seuls les cliniciens qui lui viennent en aide peuvent en outre le consulter.

Un choc pour le Congrès maghrébin du Québec

Le coordonnateur et cofondateur du Congrès maghrébin du Québec, Lamine Foura, se dit « choqué » par le reportage. « La question de la prévention de la radicalisation, c'est un sujet très sensible, qui nécessite deux éléments : la confiance et la transparence », a-t-il commenté.

Selon lui, le doute s'est installé avec ces révélations. Il estime en outre que Québec et Montréal « doivent prendre leurs responsabilités » et entreprendre une courte enquête d'un mois. Les responsables doivent être démis de leur fonction si les faits s'avèrent.

Quant à la psychologue Céline Castillo, elle espère qu'au cours des prochains jours, le centre de prévention s'expliquera davantage. « Là, on joue sur les postes et sur les mots, et ça me choque. »

- Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet

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