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Centres d'injection : moins de visites que prévu, mais des vies sauvées

Selon des données préliminaires dont Radio-Canada a obtenu copie, les centres d'injection supervisée de Montréal ont reçu 4767 visites, de leur ouverture en juin jusqu'au début octobre. Près du tiers des substances injectées par les utilisateurs ont été des médicaments opioïdes.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Au total, ce sont 485 personnes qui ont fréquenté les centres en quatre mois.

« Je suis allé cinq-six fois à Dopamine et une fois à Cactus », mentionne une femme de 25 ans, qui désire garder l'anonymat. « C'est un sentiment très bizarre d'intrusion dans ma vie privée. On réalise que l'injection est un geste très personnel, très intime [...] et finalement, de l'exposer à des personnes qu'on ne connaît pas vraiment, ça peut être quelque chose de difficile, au début. »

On estime qu'en moyenne chaque usager, comme elle, est allé près d'une dizaine de fois dans les centres d'injection supervisée entre juin et début octobre.

L'affluence dans les centres est cependant moins importante que celle prévue par la Direction de la Santé publique et les organismes impliqués dans le projet. Elle représente à peu près 30 % de l'objectif de fréquentation fixé par les autorités de la santé.

La médecin spécialisée en dépendances et en santé mentale, Marie-Eve Morin, croit que les toxicomanes ont été méfiants. « Je pense que les gens étaient peut-être craintifs d'aller profiter de ces endroits-là au début. Imaginez, vous arrivez avec une drogue, une substance illégale pour vous injecter de façon supervisée. »

Le directeur général de Méta d'âme, un organisme de soutien aux toxicomanes, estime que pour beaucoup de personnes, l'accessibilité aux trois centres pose problème. « Ce que j'ai comme commentaire de la population qui en fréquente, c'est que les heures d'ouverture ne sont pas adéquates, souligne Guy Pierre Lévesque. Il faut ouvrir ça 7 jours, 24 heures. »

La directrice générale de Cactus, Sadhia Vadlamudy, admet qu'il peut y avoir un problème d'accessibilité pour certains toxicomanes. « Il y a toujours une file d'attente devant notre installation. La porte ouvre à 14 h, mais l'injection n'est permise qu'à partir de 16 h; alors durant cette période-là, qu'est-ce qu'on fait? On invite les personnes à aller finalement s'injecter ailleurs à l'extérieur. »

La situation a été semblable à Vancouver où là aussi, les débuts des premiers centres d'injection supervisée avaient été lents. Mais après trois mois, on comptait déjà de 400 à 500 injections par jour.

De son côté, le directeur général d'Anonyme, Julien Montreuil, confirme que les premières semaines ont été plus difficiles. « Ce n'est pas surprenant que ça commence de manière un peu plus tranquillement. »

Mais depuis, des changements ont été apportés, ajoute M. Montreuil. Le centre mobile de son organisme est plus visible et les heures d'ouverture ont été changées pour mieux répondre aux besoins des usagers.

« On a la prétention de contribuer à sauver des vies et là, on n'a plus la prétention. Je pense qu'on en sauve. Je peux vous dire qu'on a eu à intervenir en cas de surdose dans le centre d'injection supervisée de l'unité mobile. Notre équipe a eu à le faire et la personne est partie en ambulance, consciente. On a eu à administrer la naloxone. »

On ignore le nombre exact de vies qui ont été sauvées jusqu'à présent grâce aux centres d'injection supervisée, ainsi que le nombre de fois où la naloxone a été utilisée. Un travailleur au centre de l'organisme Cactus, Farin Shore, affirme avoir aidé quatre personnes en surdose, dont l'une d'entre elles avait consommé du fentanyl.

Chez Dopamine, on affirme également avoir sauvé plusieurs vies.

Le centre qui a été le plus fréquenté a été celui de l'organisme Cactus. Selon nos informations, plus des trois quarts des visites ont été effectuées à cet endroit.

Près de 9 visites sur 10 ont été effectuées par des hommes et 6 visites sur 10 ont été faites par des hommes de 30 à 49 ans.

Selon nos informations, les toxicomanes se sont injecté de la cocaïne dans 43 % des visites, des médicaments opioïdes dans 31 % des cas et de l'héroïne dans 18 % des visites.

La médecin Marie-Eve Morin n'est pas étonnée qu'un grand nombre d'usagers se tournent vers les médicaments opioïdes. « C'est beaucoup plus risqué en ce moment, de consommer de l'héroïne que des médicaments à base d'opioïdes, parce que l'héroïne est potentiellement coupée avec le fentanyl, précise la Dre Morin. La majorité des comprimés d'opioïdes sont purs et proviennent des pharmacies. donc c'est moins dangereux. »

Miser sur la sensibilisation

La ministre Lucie Charlebois se dit satisfaite des résultats des premiers mois, précisant que ces centres répondent à un besoin. « Je vois un bienfait pour les utilisateurs, mais aussi pour la population. » La ministre déléguée à la Santé publique admet qu'il y a encore du travail à faire pour attirer un plus grand nombre de toxicomanes dans les centres. « Il faut d'abord les sensibiliser [...] On voit le nombre d'usagers, le nombre de visites augmenter de jour en jour. Moi, je me dis que d'ici un an, on va voir fait beaucoup de chemin. »

Le centre de l'organisme Spectre de rue devrait ouvrir prochainement, bien qu'il suscite de la grogne dans le quartier Centre-Sud. Les travaux d'aménagement sont sur le point de se terminer et Québec attend toujours l'autorisation de Santé Canada. La ministre Charlebois dit être à l'écoute des opposants, ajoutant qu'elle va essayer de « trouver des mesures d'accommodements qui peuvent satisfaire tout le monde ».

À Montréal, on dénombre près de 4000 utilisateurs de drogues injectables à Montréal. Chaque année, environ 70 personnes meurent d'une surdose, dont 17 par drogue injectable.

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