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Centres jeunesse : au-delà de la question des portes barrées

Des voix s'élèvent pour que la réflexion en cours sur la sécurité dans les centres jeunesse du Québec ne se limite pas à la question d'en verrouiller ou non les portes.

Un texte de Bruno Coulombe

Dans la foulée des fugues au Centre jeunesse de Laval, Québec a annoncé qu'il convoquerait les directeurs de la protection de la santé pour réfléchir à la possibilité de resserrer la liberté de circulation garantie aux jeunes en centre jeunesse. Mais des experts considèrent que l'enjeu est ailleurs.

Les fugues de cinq adolescentes, dont quatre ont été retrouvées, en une dizaine de jours à Laval ont soulevé de nombreuses questions sur l'encadrement en vigueur dans les centres jeunesse de la province. D'emblée, des parents de fugueuses ont réclamé le verrouillage des portes pour empêcher les jeunes de fuir, surtout que certaines des adolescentes n'en étaient pas à leur première fugue. Mais cette question ne fait pas l'unanimité chez les experts en intervention auprès des adolescents.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) dit comprendre l'angoisse et l'inquiétude des parents, mais elle croit que le verrouillage des portes relève d'une solution magique.

Selon elle, la loi, qui a été modifiée en 2007-2008 pour mieux encadrer les restrictions de liberté, prévoit déjà les situations dans lesquelles un adolescent peut être placé en encadrement intensif, soit lorsqu'il présente un danger pour lui-même ou pour les autres. Pourvu que les normes soient bien appliquées, affirme le vice-président de la CDPDJ, Camil Picard, qui a lui-même œuvré durant une quarantaine d'années dans des centres jeunesse.

L'importance d'établir un lien de confiance

Mais il y a d'autres enjeux qui préoccupent les spécialistes et qui devront faire partie de la réflexion, selon eux, au-delà du verrouillage des portes.

Sylvie Hamel, chercheuse au Centre international de criminologie comparée (CICC), professeure à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et spécialiste des gangs de rue et de la délinquance, insiste sur l'importance d'établir un lien de confiance essentiel entre les adolescents et leurs intervenants. Une relation qui a été mise à mal, selon elle, par la réforme du réseau de la santé et la réorganisation des ressources.

Déjà, en 2011, une étude réalisée à l'Université de Sherbrooke établissait un lien entre l'important taux de roulement dans les centres jeunesse et la difficulté d'intervenir auprès de certaines clientèles en difficulté, en particulier les adolescents.

L'étude recommandait notamment de former des duos d'intervenants plutôt que de confier le jeune à un seul, de manière à assurer une certaine continuité dans la relation d'aide, advenant le départ d'un des intervenants.

Au cours des derniers jours, le Parti québécois a imputé l'augmentation du taux de roulement de personnel et la baisse du taux d'encadrement dans le réseau aux compressions budgétaires de 20 millions de dollars imposées l'an dernier par le gouvernement Couillard aux centres jeunesse de la province. Faux, a répliqué la ministre déléguée à la Protection de la Jeunesse, Lucie Charlebois, qui assure que ces compressions n'ont affecté que les services administratifs.

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