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Ces restaurants où l'on fume encore en terrasse et... à l'intérieur

En une seule soirée, Radio-Canada a pu trouver quatre établissements dans lesquels les clients fumaient de la chicha, malgré l'interdiction récente de la fumée en terrasse et malgré le fait que ces lieux n'ont pas le droit de servir la pipe à eau à leurs clients.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Depuis le 26 mai dernier, il est interdit de fumer sur les terrasses des restaurants. Mais certains établissements semblent avoir une interprétation plutôt souple de la nouvelle loi.

Radio-Canada s'est rendu dans quatre établissements de Montréal et de Laval lors de la même soirée. À chaque fois, des clients y fumaient une chicha, cette pipe à eau qui produit une épaisse fumée blanchâtre.

La fumée à l'intérieur est interdite depuis plusieurs années déjà, et le tabac en terrasse n'est plus permis depuis le 26 mai. Seulement quatorze établissements ont le droit de servir la chicha au Québec en vertu d'un droit acquis, et les quatre endroits que nous avons visités n'en font pas partie.

De la fumée en terrasse et à l'intérieur

Dans un premier café situé dans l'arrondissement de Saint-Laurent, une dizaine de clients fumaient une chicha à l'extérieur et à l'intérieur de l'établissement, malgré un panneau indiquant qu'il y était interdit de fumer.

Les explications de l'employée semblaient pour le moins contradictoires. Elle a indiqué qu'il était « normalement » interdit de fumer à l'intérieur et à l'extérieur de l'endroit, mais qu'on pouvait y acheter une chicha et la fumer.

Perte de clientèle

Dans le même quartier, nous avons visité un restaurant dont la terrasse pleine à craquer accueillait plusieurs dizaines de clients. Deux groupes au moins fumaient une chicha. Le copropriétaire de l'endroit, Jean Tarzi, nous indique qu'il est au courant de la nouvelle loi, mais qu'empêcher les clients de fumer en terrasse et arrêter de servir la chicha mettrait son restaurant en péril.

Il dit avoir arrêté d'en servir pendant une semaine environ, mais que l'achalandage a dramatiquement baissé.

« Je n'avais pas beaucoup de clients, vraiment ça ne vaut pas la peine », dit-il. En appliquant les règlements à la lettre, il craint de perdre son restaurant dans lequel il a investi plus de 400 000 $ avec son partenaire d'affaires, sans aide de la banque.

Alors, il dit informer ses clients qu'il est interdit de fumer sur sa terrasse, mais il ne les empêche pas de le faire. « On a mis une note [disant] que ça sera [leur] responsabilité [s'ils ont] un ticket. Puis nous, on a un ticket aussi », explique-t-il.

De la fumée à côté d'enfants en bas âge

À Laval, deux restaurants servaient la chicha malgré les différentes interdictions de fumer, a constaté Radio-Canada. Dans l'un des établissements, un grand restaurant familial, deux groupes d'adultes fumaient la chicha à l'intérieur juste à côté de leurs enfants en bas âge.

Patrick St-Onge, dont le café est l'un des douze endroits au Québec qui a le droit de servir la chicha en vertu d'un droit acquis, déplore la situation. Depuis que ses clients n'ont plus le droit de fumer en terrasse, il dit avoir perdu un quart de son chiffre d'affaires.

« J'ai à peu près 25 % de diminution de chiffre d'affaires, puis ça continue à descendre [...] Donc, c'est sûr que pour nous, c'est une concurrence déloyale. Parce que, nous, on a décidé d'appliquer les règlements », déplore-t-il.

Les 26 inspecteurs du ministère de la Santé et des Services sociaux, ainsi que les policiers Sûreté du Québec, sont les seuls à pouvoir distribuer des amendes.

Mais le Québec n'a pas les moyens de sanctionner les contrevenants, estime M. St-Onge. Le ministère n'a pas de chiffres pour l'instant au sujet des amendes pour les fumeurs en terrasse.

Par contre, le nombre de constats d'infraction émis contre des salons de chichas « illégaux » a augmenté depuis septembre dernier.

Entre le 1er janvier et le 3 septembre 2015, 18 constats avaient été émis. Et entre le 4 septembre 2015 et le 6 juin 2015, le ministère a délivré 55 constats.

Il y aurait une soixante de salons de chichas à Montréal, alors que seulement 14 établissements ont l'autorisation de la faire en vertu d'un droit acquis.

Que dit la loi?

Toute personne fumant sur une terrasse, donc dans un lieu où il est interdit de le faire, est passible d'une amende entre 250 $ à 750 $ et, pour une récidive, les montants sont de 500 $ à 1500 $.

Un commerçant qui tolère qu'une personne fume dans un endroit où il est interdit de le faire, y compris sur les terrasses, s'expose à une amende entre 500 $ à 12 500 $ et à une amende de 1000 $ à 25 000 $ pour une récidive.

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