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Cette fois, il y aura un ménage du printemps au Centre Bell

BILLET - C'est fou comme les perceptions peuvent changer en l'espace d'un an. Il y a 50 semaines, alors qu'il traçait le bilan de la saison 2016-2017 au complexe d'entraînement de Brossard, Marc Bergevin s'évertuait à calmer les ardeurs de ceux qui réclamaient des changements importants à la formation du Canadien.

Après avoir récolté 103 points et terminé au premier rang de sa division, le CH venait de baisser pavillon en six matchs contre les Rangers de New York. Au pointage total (en excluant les buts marqués dans des filets déserts) les Blueshirts l’avaient emporté de justesse, au compte de 12 à 11. Et Carey Price (,933 de taux d'efficacité et moyenne de buts accordés de 1,86) venait de compiler ses meilleures statistiques à vie en séries.

« Je ne suis pas prêt à tout virer à l’envers, avait alors martelé le DG du CH. On doit prendre du recul, être calmes, et ne pas prendre de décisions sur un coup de tête. »

Vu sous cet angle le bilan de la saison 2017-2018, présenté lundi dans la même salle des médias, paraissait donc un brin surréaliste.

Accompagnant son directeur général sur la tribune, Geoff Molson a clairement établi que « le statu quo est inacceptable » et qu’un changement de culture s’impose au sein de l’organisation. Bergevin a pour sa part qualifié d’« inexcusable » l’attitude générale de son club, tout en annonçant une révision complète du secteur hockey.

Détenteur du 28e rang de la LNH, le Canadien vient de boucler l’une des pires saisons de son histoire.

Pour ceux qui sont capables de lire « en dessous des lignes », comme le disait savoureusement Claude Ruel, Bergevin est maintenant prêt à tout virer à l’envers. Un ménage se prépare.

« Tu ne peux pas revenir avec la même chose et espérer obtenir des résultats différents », a laissé tomber le directeur général assiégé.

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Bon an, mal an, l’état-major du Canadien donne l’impression d’être à la merci d’une bande d’athlètes imprévisibles.

En 2016, alors qu’ils venaient de se faire exclure des séries éliminatoires, certains vétérans vidaient leur casier en déplorant un manque de professionnalisme et de maturité au sein de l’équipe. Descendu deux fois au vestiaire pour secouer ses troupes durant la saison, Bergevin avait parlé dans le vide à chaque fois. Il avait répliqué en échangeant P.K. Subban.

En 2017, alors qu’il se croyait à une ou deux acquisitions de résoudre le secret de la Caramilk, Bergevin a vu son doyen et deuxième meilleur défenseur (Andrei Markov) et son meilleur attaquant (Alex Radulov) claquer la porte au terme de négociations ardues. L’organisation ne s’en est jamais remise.

Nous voilà en 2018. « Inacceptable » a sans doute été l’analyse la plus souvent formulée par Claude Julien. Plusieurs joueurs, comme Phillip Danault et Andrew Shaw ont souligné que tous n’avaient pas travaillé avec la même ardeur et n’avaient pas tiré dans la même direction cette saison. Price s’est dit soulagé que son calvaire soit enfin terminé. Installé devant son casier, Max Pacioretty a passionnément plaidé son amour pour Montréal. Mais clairement, il s’attend à déménager cet été.

« Depuis le premier match, nous n’avons jamais fait partie de la course aux séries et nous n’avons jamais été en position d’y participer. [...] Nous ne nous sommes jamais battus pour y participer. [...] Avec une attitude différente, nous n’aurions pas perdu 40 matchs », a déploré Bergevin.

La grande vadrouille sévira au Centre Bell ce printemps. Il ne reste qu’à voir sur quelle largeur elle ratissera le vestiaire.

Au sein de l’administration hockey, où les promotions avaient été généreusement distribuées en juillet dernier, les détenteurs de postes névralgiques seront toutefois épargnés.

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C’est vraiment fou comme les choses peuvent changer en l’espace d’un an.

Il y a 50 semaines, comme tous les printemps, Donald Beauchamp était posté sur le côté gauche de la tribune de la salle des médias et supervisait le bilan des dirigeants de l’organisation. Lundi, toutefois, le vice-président à la direction des communications était absent. Même si son mandat ne prendra fin qu’à la mi-mai.

La conférence de presse de Geoff Molson et de Marc Bergevin s’est plutôt déroulée sous l’oeil attentif de Paul Wilson, un associé du prestigieux cabinet de relations publiques National. C’est Wilson qui aide le Canadien à réorienter ses façons de communiquer avec les médias et le public.

Étonnamment, l’importance de rehausser la qualité des communications s’est avérée le thème récurrent de cette conférence de presse censée être consacrée au hockey et à la retentissante débâcle du CH. Tellement, qu’à la sortie de la salle des médias, plusieurs collègues estimaient avoir assisté en direct à l’exécution de Beauchamp.

Geoff Molson a mentionné près de dix fois son fort désir de communiquer différemment avec le public. Une année de recherches et des études menées auprès de groupes-cibles composés de partisans ont, semble-t-il, révélé qu’un profond malaise existait de ce côté.

« Nos communications doivent s’améliorer. Il y a toujours une explication aux décisions que Marc, moi ou les entraîneurs prenons. Mais nous ne fournissons pas suffisamment de matière pour approfondir les discussions. Nous voulons être plus transparents et faire comprendre aux partisans pourquoi nous faisons les choses. Aussi, les dirigeants du département hockey seront dorénavant plus accessibles pour discuter avec les journalistes », a décrété le propriétaire du CH.

Ne rêvons pas en couleur. Le DG du Canadien ne livrera jamais son plan d’action en direct à la télévision. Il a d’ailleurs continué d’entretenir le flou à ce sujet hier.

N’empêche. En s’isolant et en évitant comme la peste les contacts avec les représentants des médias, Bergevin et plusieurs de ses prédécesseurs s’engageaient depuis de nombreuses années dans des batailles perdues d’avance. Le terrain médiatique qu’ils n’occupaient pas devenait inévitablement un terreau fertile pour les rumeurs, cancans et suppositions de toutes sortes.

D’ailleurs, Geoff Molson lui-même a personnellement incarné ce début de changement de culture en intervenant souvent et très clairement sur des questions concernant le hockey. Il évitait auparavant de s’aventurer publiquement sur ce terrain. Au point où les amateurs commençaient à douter de sa capacité d’analyse.

Lundi, le propriétaire a changé de ton, complétant et clarifiant plusieurs fois les explications de Bergevin. Voyant que son DG hésitait à se prononcer sur la nécessité de purifier l’air du vestiaire, Geoff Molson a même pris la balle au bond et lancé qu’il y aura un ménage et que « ceux qui refusent de changer ne seront plus là l’an prochain ».

Il sera intéressant de mesurer les effets concrets de cette louable et nouvelle approche. Chose certaine, la transparence ou l’opacité des communications d’une équipe de sport professionnel ne préoccupent absolument pas les partisans quand les victoires sont au rendez-vous.

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