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Charles Leblanc domine au sein des filiales des Rangers du Texas

BILLET - Dans toute son histoire, le baseball québécois n'a probablement jamais développé des joueurs de position (joueurs occupant une autre position que celle de lanceur) aussi talentueux.

Il y a deux semaines, les lecteurs de cette chronique ont fait connaissance avec Édouard Julien, une recrue qui se distingue sur la scène nationale en division un de la NCAA, dans l’uniforme d’Auburn College, en Alabama. Lors du dernier camp des ligues majeures, on a aussi souligné que les champions de la Série mondiale, les Astros de Houston, avaient fait une place au troisième-but montréalais Abraham Toro, âgé de 22 ans, dans un match de la Ligue des pamplemousses.

Malgré ces performances éclatantes, la palme de l’exploit de l’année parmi les baseballeurs québécois revient sans contredit au troisième-but lavallois Charles Leblanc, qui domine nettement dans la Ligue de la Caroline, au sein du club-école de niveau A fort des Rangers du Texas.

Il y a deux ans, Leblanc avait piqué la curiosité des amateurs de sport québécois en étant sélectionné au quatrième tour, 129e au total, par les Rangers. Avant lui, jamais un joueur de position québécois n’avait été repêché aussi tôt. Par ailleurs, outre le lanceur Philippe Aumont (premier tour, 11e au total, par les Mariners de Seattle en 2007) aucun autre Québécois n’avait trouvé preneur aussi rapidement à l’encan amateur de la MLB.

Avant d’être sélectionné par les Rangers, Charles Leblanc avait porté les couleurs de l’Université de Pittsburgh, qui l’utilisaient à l’arrêt-court. Il avait vivement impressionné, notamment en remportant le championnat des frappeurs de la Section atlantique de la NCAA grâce à une moyenne offensive de ,405 et en étant nommé au sein de la première équipe d’étoiles.

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Leblanc dispute sa troisième saison dans le réseau de filiales des Rangers et il est en train de livrer sa propre version de l’adage voulant que la crème finisse toujours par remonter à la surface...

« Mon adaptation aux rangs professionnels a été ridiculement difficile, je dirais. Je ne m’attendais vraiment pas à cela. Quand on arrive chez les professionnels, même si on arrive de la meilleure conférence universitaire et qu’on débute à l’échelon le plus bas, on voit arriver des joueurs de partout : des lanceurs dominicains dont la mécanique est inorthodoxe [sic], des joueurs défensifs talentueux au possible, avec des bras et des mains incroyables. On voit tout de suite que c’est une coche au-dessus du baseball universitaire.

« Le fait de jouer tous les jours est aussi vraiment différent et exigeant mentalement. Au niveau A faible (saison courte), on dispute quelque chose comme 74 matchs en 78 jours. Il n’y a donc jamais de pause. L’adaptation n’a pas été facile », témoigne-t-il.

Malgré ces embûches, Leblanc avait suffisamment progressé et impressionné les dirigeants des Rangers, la saison dernière pour boucler les séries éliminatoires au niveau A fort. C’est à cet échelon, dans l’uniforme des Wood Ducks de Down East, qu’il a entamé la saison 2018.

Le A fort est le dernier palier avant de faire le saut au AA, où se trouvent les espoirs les plus prometteurs des organisations de la MLB. Les clubs-écoles de niveau AAA regroupent plutôt des vétérans qui font la navette entre les mineures et les majeures à titre de remplaçants.

Voici d’ailleurs, statistiquement, où se situe Charles Leblanc cette saison parmi tous les joueurs jouant au sein de la Ligue de la Caroline :

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Comment le déclic s’est-il fait?

« C’est davantage mentalement que je suis parvenu à m’ajuster. J’ai commencé à me fixer des objectifs à court terme, de semaine en semaine, au lieu de regarder l’ensemble du portrait. C’est ce qu’il faut faire pour avoir du succès chez les pros.

« Par exemple, si tu veux frapper 15 circuits dans l’année et que tu n’en as que deux à la mi-saison avec 2, qu’est-ce que tu fais? Tu dois rajuster tes objectifs. J’ai aussi réalisé que c’est plus sain d’aborder le baseball comme l’aspect professionnel de ma vie et non pas comme l’ensemble de ma vie. Il faut être capable de faire une séparation et de passer à autre chose si on connaît une journée de 0 en 5 avec trois retraits sur des prises. On est ainsi mieux disposé lorsqu’on revient au stade le lendemain », explique-t-il.

Après l’ajustement aux rigueurs des rangs professionnels, le Lavallois doit maintenant apprivoiser la position de troisième but, qui convient sans doute mieux à son imposant gabarit de 1,91 m (6 pi 3 po) et 89 kg (195 lb).

« Aux yeux des Rangers, étant donné ma taille, cette transition était un peu inévitable. Les Dominicains ont tellement de bonnes mains, sont tellement agiles et athlétiques que c’était une question de temps avant qu’ils me fassent jouer au troisième coussin », convient Leblanc.

L’arrêt-court des Wood Ducks, le Dominicain Anderson Tejada, figure aussi parmi les étoiles de la ligue. Il vient d’ailleurs d’être proclamé joueur par excellence de la dernière semaine.

« J’essaie encore d’améliorer mon jeu en défense. C’est un peu comme au bâton : il y a des périodes où tout est facile et où tu as l’impression de pouvoir réaliser tous les jeux alors qu’en d’autres moments, tu traverses une mauvaise passe. J’essaie de prendre ça un jour à la fois », renchérit Charles Leblanc.

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Dirigés par l’ancien arrêt-court des Expos, Spike Owen, les Wood Ducks occupent présentement le premier rang de la ligue. Ils tentent de boucler la première moitié de saison en tête de leur division, ce qui leur vaudrait automatiquement une place en séries à la fin de l’été.

Charles Leblanc célébrera son 22e anniversaire le 3 juin. À ce rythme, il participera certainement au match des étoiles de la ligue un peu plus tard cet été. Et, qui sait, les Rangers lui donneront peut-être l’occasion de se familiariser un peu avec le niveau AA.

Ce qu’il est en train d’accomplir est exceptionnel.

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