Il y a un adage qui veut qu'une faute avouée est à moitié pardonnée. Si c'est le cas, Claude Julien est un fin stratège.

Un texte d’Alexandre Gascon

Finis les dérobades, les échappatoires, les euphémismes. Après la prestation décevante, pour le moins, de sa bande lundi soir, l’entraîneur a publiquement admis la conclusion qu’à peu près tout le monde avait déjà tirée.

« Au moment où l’on se parle, on n’est pas une très bonne équipe », a laissé tomber Julien au détour d’une longue explication de plus d’une minute, franche et honnête.

« Pour moi, c’est évident : on n’a pas notre équipe. On a des joueurs qui n’ont pas d’expérience. Pour l’instant, ils ne sont pas complètement prêts alors on se fie à un noyau assez petit. Mais ce soir notre jeu de puissance n’a pas été bon. C’est notre responsabilité. On marque un but ce soir, mais on est un peu hors-jeu alors ça compte pas. Si ce but compte, on ne parle pas du blanchissage », a-t-il commencé.

« Ce n’est pas parce que les joueurs ne sont pas bons. C’est parce qu’on a beaucoup de blessures, on a des jeunes qui jouent des rôles pour lesquels ils ne sont pas prêts et on a même des vétérans qui ont pas mal plus de glace qu’ils auraient normalement si tout le monde était en santé. On est dans cette situation, c’est frustrant, mais on n’a pas le choix, il faut aller de l’avant », a expliqué patiemment Julien.

Ça semble assez évident, en effet. Si l’on devait retenir une seule séquence de ce match ennuyant pour illustrer le déséquilibre des forces, la minute qui a précédé le second but, celui d’Aleksander Barkov, constituerait un excellent choix.

Le trio composé de Logan Shaw, Daniel Carr et Nikita Scherbak s’est retrouvé complètement embourbé dans le territoire défensif, incapable de récupérer la rondelle.

Les joueurs du CH chutaient inexplicablement sur la glace, rataient des occasions pour dégager le disque, causaient des revirements l’un à la suite de l’autre, bref, une véritable comédie d’erreurs qui a pris fin quand Barkov a tenté une passe dans l’enclave qui a dévié sur Shaw avant de déjouer le pauvre Antti Niemi.

D’ailleurs, le gardien finlandais s’est encore une fois montré fiable devant son filet, en dépit de quelques sorties hasardeuses, pour repousser 38 rondelles. Le CH a tiré 28 fois sur Roberto Luongo sans parvenir à le déjouer.

Montréal se fait donc blanchir pour un 2e match de suite, pour une 3e fois d’affilée contre les Panthers et pour une 12e fois cette saison, un triste record d’équipe.

De trop grands souliers à chausser

Mike Reilly, le nouveau venu à la défense, a passé près de 19 minutes sur la patinoire. Il dépassait rarement la douzaine au Minnesota. Logan Shaw a joué pendant 13 min 46 s, dont près de deux en désavantage numérique. Jacob De La Rose pivote un trio à caractère offensif avec Alex Galchenyuk et Artturi Lehkonen.

On peut avancer que tous ces acteurs ne campent pas le bon rôle présentement et que, conséquemment, leur jeu sonne faux.

Julien identifie cela comme la raison principale de l’effondrement de sa formation présentement et semble confiant que lorsque tout le monde reviendra au jeu la saison prochaine, il y aura « des jours meilleurs devant nous ».

Ça reste à prouver, évidemment, mais pour l’instant, difficile de le contredire.

« Bien des vétérans jouent beaucoup de minutes que, par exemple en défense si Shea Weber est là, il y a beaucoup plus d’équilibre en arrière. Même chose en avant avec l’absence de gars comme Danault, Pacioretty et autres, qui sont blessés. Ce sont des gars qui jouent beaucoup de minutes et font en sorte que d’autres joueurs jouent moins, mais mieux. Tu regardes certains joueurs ce soir, au fur et à mesure que le match avançait, ils ont décliné », a fait valoir l’entraîneur.

N’empêche que le manque de sentiment d’urgence, de désir de plaire et de volonté de faire ses preuves de la part de certains jeunes qui semblent se laisser gagner par la lassitude ambiante, par le manque de motivation une fois en arrière au score, peut être une source d’inquiétudes pour l'état-major.

Des jours meilleurs dans l’avenir? Sûrement. Mais ne retenez pas votre souffle.

Les Panthers toujours dans le coup

À l’autre bout du Centre Bell, ça festoyait dans le vestiaire des visiteurs. Les journalistes ont été accueillis sous les acclamations, qui ne leur étaient pas destinées, on s’entend.

C’est qu’après une vilaine défaite à domicile encaissée aux mains des Oilers d’Edmonton samedi, les Panthers ont entamé une série de 7 matchs sur 8 sur la route avec une victoire qui les positionne à 3 points des Devils et d’une place en séries éliminatoires avec deux matchs de plus à jouer que le New Jersey.

On les sentait confiants après cette démonstration de contrôle face à une équipe moribonde.

En vertu d’un dossier de 16-5-1 depuis le 1er février, la Floride affiche le deuxième dossier au cours de cette période derrière les tout-puissants Predators de Nashville.

L’équipe a pris du temps à prendre son envol, mais Luongo la croit maintenant difficile à arrêter.

« On avait de nouveaux entraîneurs avec un nouveau système, ça a pris du temps, on est quand même une équipe jeune et des fois les jeunes, ça leur prend plus de temps réaliser comment jouer de la bonne manière », a avancé le Québécois.

Il y a énormément de talent dans cette formation et leur noyau, composé de Barkov, Jonathan Huberdeau, Aaron Ekblad et Vincent Trochek, est très jeune.

À presque 39 ans, il fêtera son anniversaire le 4 avril, Luongo représente la figure paternelle de l’équipe et probablement son meneur incontesté.

En signant ce gain au Centre Bell, le gardien a réussi le 76e jeu blanc de sa carrière, ce qui lui vaut le 9e rang de l’histoire à ce chapitre. Il vient tout juste de rejoindre de très grands noms tels qu’Ed Belfour et Tony Esposito.

Tout cela n’a pas semblé l’impressionner, même s’il a fini par admettre que ça lui faisait un petit velours.

« Ouais c’est sûr », a commencé Luongo.

« Mais si on compte tous les blanchissages que j’ai perdus dans la dernière minute, je pense que je serais proche de Martin Brodeur, a-t-il ajouté Ça on l’oublie par exemple. »

On va tâcher de s’en rappeler.

Plus d'articles