Obtenir un permis pour vendre de l'alcool peut parfois s'avérer difficile. Si un citoyen s'oppose à cette démarche, c'est le début d'un long processus qui peut coûter des milliers de dollars à un commerçant.

Un texte de Caroline Lacroix

C'est exactement ce qui est arrivé à Alexandre Bastide, fondateur des cinq restaurants L'Gros Luxe qui ont pignon sur rue à Montréal, à Longueuil et à Québec. L'hiver dernier, lorsqu'il a loué un nouveau local de la rue Duluth Est pour ouvrir son sixième commerce, il croyait être en mesure de servir ses premiers clients au début du mois de mai.

Or, la deuxième semaine de juin s'achève et il n'a pas pu ouvrir ses portes. La raison : il lui manque l'autorisation de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) pour vendre de l'alcool.

« Moi, pendant ce temps-là, je paye le loyer, je paye l'Hydro, je paye toutes les dépenses fixes », déplore M. Bastide, qui a aussi perdu une vingtaine d'employés qui ne pouvaient pas attendre plus longtemps.

En février dernier, il croyait que les procédures seraient simples. Il avait en main le permis du restaurateur qui l'avait précédé dans ce même local, qui lui permettait de servir de l'alcool. Il croyait qu'il n'aurait qu'à faire changer la catégorie du permis pour pouvoir vendre des consommations dans son restaurant.

Toutefois, le processus est le même, peu importe la requête. La RACJ doit publier un avis dans les journaux et tout citoyen peut s'opposer à la demande de permis dans les 30 jours suivants.

Me Joyce Tremblay, porte-parole de la RACJ, explique que le délai d'émission d'un permis est normalement de 45 jours, mais que dès qu'un citoyen s'y oppose, il a le droit d'exposer ses motifs devant les régisseurs. Le restaurateur a alors la possibilité de présenter ses arguments. La décision est ensuite rendue dans les trois mois qui suivent l'audience.

Pour le restaurant L'Gros Luxe de la rue Duluth, l'audience aura lieu le 29 juin prochain, ce qui signifie que la décision sera rendue d'ici la fin de septembre. D'ici là, le commerçant ne pourra parler au citoyen pour calmer ses craintes et lui expliquer qu'il s'agit bel et bien d'un restaurant et non pas d'un bar, tout comme d'autres établissements situés dans la même rue du Plateau-Mont-Royal. Cette démonstration devra se faire devant la Régie.

Alexandre Bastide a dû être créatif pour s'adapter aux lenteurs bureaucratiques. Comme la vente de consommations constitue sa principale source de revenus, il a élaboré un nouveau menu plus gastronomique et plus dispendieux exclusivement pour ce restaurant, dans l'espoir de compenser l'absence de ventes d'alcool. Il a également réussi à obtenir un permis temporaire pour servir l'alcool que ses clients apporteront sur place.

Le restaurateur devra tout de même convaincre les clients que son restaurant vaut le détour puisque ceux-ci devront contourner de nombreux chantiers pour s'y rendre.

Plus d'articles

Commentaires