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Coderre et Coiteux « préoccupés » par l’espionnage de Lagacé

Le maire de Montréal Denis Coderre et le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux se disent  préoccupés par le fait que le chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé a été espionné par le SPVM. Pour les deux hommes, Il est important de faire les vérifications qui s'imposent.

Commentant l'affaire en point de presse lundi midi, M. Coderre a assuré qu'il n'a demandé aucun détail au chef du SPVM Philippe Pichet, puisque cela n'est pas son rôle. Le maire de Montréal, dit-il, ne doit pas s'immiscer dans les opérations policières ou judiciaires. 

En début d'après-midi, le ministre Coiteux a indiqué qu'il y a indépendance entre les institutions politiques et judiciaires, mais que son ministère effectuait des vérifications, non terminées, pour voir si les pratiques des policiers sont conformes. 

« C'est extrêmement troublant », a pour sa part dit la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, au journal Le Droit en ajoutant qu'elle avait demandé des éclaircissements. 

Stéphanie Vallée affirme que deux enjeux s'entremêlent dans cette histoire.

« Il y a la liberté de presse, et je pense que tout le monde reconnaît le rôle et l'importance de la liberté de presse dans une société libre et démocratique, et pour moi, ça, c'est extrêmement important. [...] On a l'indépendance judiciaire aussi, qui est aussi à la base d'une société libre et démocratique. Je vous avoue que, pour ce qui est des fins détails de ce dossier-là, on a demandé des vérifications additionnelles pour avoir un portrait plus global de cette question-là. On est préoccupés, mais on doit respecter aussi l'indépendance judiciaire, alors c'est difficile pour moi de commenter un dossier qui est devant les tribunaux, mais je suis quand même préoccupée par ce que j'ai pu lire ce matin. » 

Le maire Coderre a été plus spécifique en rapportant des éléments de sa conversation avec le chef du SPVM Philippe Pichet.

« Je ne lui ai pas demandé de m'expliquer ce qui s'est passé. Il n'a pas à me dire ça de toute façon », a-t-il poursuivi. « Mais j'ai dit qu'en termes de principe, j'étais préoccupé par ce que je voyais et je voulais réitérer que, pour moi, la question de la liberté de presse était importante ».

« Il a pris bonne note. Il a réitéré que les choses peuvent s'être faites adéquatement », a ajouté le maire, prudent. « Mais même un directeur de police ne s'immisce pas dans les enquêtes. S'il y a un enquêteur qui fait son travail, il doit y avoir un processus qu'il doit suivre. »

Chose certaine, le maire n'entend pas démettre le chef de police de ses fonctions, comme le réclame Projet Montréal. 

Selon le maire, il revient aux ministères de la Justice et de la Sécurité publique de faire les vérifications qui s'imposent, le cas échéant. Il dit avoir lui-même parlé en matinée au ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.

Appelant à la prudence, M. Coderre a fait valoir qu'il importait avant tout de bien comprendre ce qui s'est passé, tout en admettant que l'affaire soulève des questions légitimes. « Il y a plusieurs choses qui nous interpellent. Il y a la question du mandat, le nombre de mandats, comment ça a été fait. », a-t-il détaillé.

Le maire de Montréal a cependant assuré à plusieurs reprises qu'il est un « défenseur de la liberté de presse », et qu'il va « toujours [se] battre » pour s'assurer que cette valeur, « qui assure la démocratie », soit respectée.

M. Coderre n'a que brièvement commenté les allégations de M. Lagacé selon lesquelles le SPVM réagit à un « climat de paranoïa » qui s'est installé à l'hôtel de ville depuis qu'il a pris le pouvoir. Il s'est dit en désaccord avec ces « amalgames ».

« Dans un premier temps, il est normal qu'il y ait une relation de communications entre le directeur de la police de Montréal et le maire », a-t-il dit. Interrogé ensuite sur l'existence d'une « chasse aux sorcières » contre les sources des journalistes au sein du SPVM, il s'est borné à évoquer la « réalité des relations de travail » au SPVM.

Les réactions fusent  

L'ex-député libéral et ex-bâtonnier du Québec Gilles Ouimet a écrit sur Twitter :

Interviewé à  ICI Radio-Canada Première, le chef de l'opposition Jean-François Lisée a eu ce commentaire :

« Je comprends que le chef de police n'est pas content que des policiers coulent de l'information. Mais c'est son problème. Ce n'est jamais la faute du journaliste si quelqu'un coule de l'information », s'insurge le chef du Parti québécois

De passage dans le studio de Michel C. Auger, Jean-François Lisée explique que les membres de son caucus cherchent à trouver une proposition pour créer « un mur de feu entre la police et les journalistes ». La Shield Law, en vigueur aux États-Unis, fait partie des discussions.

La porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ), Nathalie Roy, elle aussi ancienne journaliste . « Il n'y a rien de plus important pour les journalistes que leurs sources. Quand les sonneurs d'alerte osent parler pour dénoncer, ils doivent se sentir protégés. Ce matin, ce n'est plus cas. Que va-t-il arriver à ces sources si, par crainte tout à fait légitime, elles refusent de communiquer avec les journalistes pour leur fournir des éléments d'informations et des pistes d'enquête, sachant que c'est possible que le téléphone soit sous haute surveillance? C'est très inquiétant. Autant les journalistes vivent de leurs sources pour gratter le fond des histoires, autant nous, politiciens, dépendons aussi de ces témoignages pour faire bouger les choses », a déclaré la députée de Montarville.

La porte-parole de Québec solidaire Manon Massé demande au gouvernement d'agir pour protéger les lanceurs d'alertes en amendant le projet de loi 87.

« Depuis des mois, nous savons que la SPVM et la Sûreté du Québec se démènent pour identifier les policiers qui se confient aux journalistes quand une enquête fait du surplace. On voit aujourd'hui qu'ils sont prêts à tout pour entraver le travail essentiel des journalistes et faire taire les sources », lance Mme Massé.

Interpellé aux Communes sur cette affaire, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a souligné que la liberté de presse est un droit inscrit dans la Charte canadienne des droits et libertés.

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