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Coderre fait voler en éclats la dalle de Postes Canada

Le maire Denis Coderre, qui s'était insurgé jeudi matin contre la conduite « sauvage » et « arrogante » de Postes Canada qui a fait couler une dalle de béton dans un parc éconature pour installer des boîtes aux lettres collectives, est rapidement passé de la parole aux actes.

Vers 16 h, à sa demande, des cols bleus de la Ville ont enlevé la dalle, sous les caméras des médias. Le maire a lui-même joué un peu de marteau-piqueur, donnant quelques coups symboliques sur un morceau de la dalle détruite. « Pas question de se faire manger la laine sur le dos », a-t-il affirmé, ajoutant que la Ville « va envoyer la facture à Postes Canada ».

Le maire de Montréal accuse Postes Canada d'avoir installé la dalle, sans préavis ni autorisation, dans le parc éconature l'Anse-à-l'Orme, dans l'arrondissement Pierrefonds-Roxboro. « On joue en plus avec notre environnement », avait-il déploré lors d'un point de presse plus tôt jeudi.

Il a rappelé qu'il existe des règlements encadrant les espaces verts et que les élus de la Ville font de leur mieux pour les respecter. « Pour moi, c'est une autre goutte qui fait déborder le vase », avait-il lâché, exhibant une photo de la dalle en question.

M. Coderre a souligné que la société d'État disait faire des consultations sur les boîtes communautaires, mais les a tout de même installées. Il ne considère pas que la société est ouverte aux discussions.

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Les maires des arrondissements du Sud-Ouest, de Pierrefonds-Roxboro et de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, ainsi que le maire de la Ville de Westmount, ont joint leurs voix à celle de Denis Coderre.

« Ce matin, ce qu'on voit, c'est Postes Canada qui fait fi des demandes », a affirmé le maire du Sud-Ouest, Benoît Dorais.

Il rappelle par ailleurs que les boîtes communautaires engendrent un problème de sécurité et de propreté, selon les conclusions de la Commission sur le développement social de la Ville de Montréal, dont il a été le président.

Postes Canada réagit

Dans un courriel envoyé jeudi après-midi, la société d'État s'est contentée de répondre que l'organisation est toujours ouverte aux discussions avec les municipalités et les citoyens.

Postes Canada affirme être disposée « à travailler avec les municipalités dans le but de trouver les meilleurs emplacements et de discuter des préoccupations qui sont soulevées ». Elle souhaite installer ses boîtes communautaires dans des lieux « sécuritaires, accessibles et pratiques pour les ménages ».  

En décembre 2013, Postes Canada a annoncé la fin de la distribution à domicile du courrier en milieu urbain partout au pays. Des boîtes communes seront installées dans différents quartiers, obligeant la population à se déplacer pour récupérer son courrier.

Ce changement sera effectué au cours des cinq prochaines années.

En mai, Montréal, Laval, Longueuil et l'Association des municipalités de banlieue se sont unies pour faire casser, en justice, la décision de Postes Canada.

Un enjeu électoral

Les élus de Montréal ont par ailleurs demandé jeudi aux chefs des partis fédéraux, qui sont actuellement en campagne électorale, de se positionner face à cet enjeu. Postes Canada est une société d'État qui relève du gouvernement fédéral.

À cet appel, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a répondu que Postes Canada ne devait pas installer ses boîtes sans l'accord des municipalités. « Ce n'est pas à Ottawa de décider encore une fois ce qui se passe dans nos villes. Ça devient une manie », a-t-il ajouté, en donnant l'exemple des chemins de fer et des oléoducs.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui souhaitait par ailleurs que la question des boîtes postales soit abordée lors de la campagne électorale, s'est aussi rangé du côté des municipalités. « C'est inacceptable et c'est exactement la raison pour laquelle le NPD a promis d'annuler cette réforme », a clamé le porte-parole du parti, Alexandre Boulerice, par voie de communiqué.

Si le NPD est élu, « on va reprendre la livraison du courrier à domicile », a-t-il soutenu en après-midi, lors du retrait de la dalle. « C'est un geste fort avec lequel on est en appui », a-t-il ajouté.

De leur côté, les libéraux ont affirmé en fin de journée qu'ils « mettront fin aux plans de Harper d'abolir la livraison du courrier à domicile » s'ils sont portés au pouvoir. « Nous entamerons un examen de Postes Canada pour nous assurer que la société de la Couronne remplit son mandat public de fournir des services de qualité à prix raisonnable aux Canadiens, qu'ils vivent en ville, en banlieue ou en campagne », a affirmé le candidat libéral David McGuinty par voie de communiqué.

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