La pochette du plus récent disque de Coldplay, A Head Full of Dreams, regorge de couleurs, comme si tout le spectre de la lumière pouvait, potentiellement, enrober les nouvelles chansons du groupe anglais. Dites-vous bien qu'en concert, même au Centre Bell de Montréal, c'est exactement la même chose.

Depuis quelques tournées, assister à un spectacle de la bande à Chris Martin équivaut à voir une prestation en Technicolor à la puissance 10. En comparaison, les spectacles de Jain, de Tegan and Sara et du Torontois The Weeknd vus en fin de semaine au festival Osheaga semblaient remonter à l’ère du noir et blanc.

Bien sûr, je plaisante. Ces trois spectacles, et bien d’autres d’ailleurs, proposaient aux festivaliers une expérience visuelle très colorée, mais Coldplay est dans une classe à part depuis l’avènement des bracelets électroniques lumineux.

Les petits bidules remis aux spectateurs à leur arrivée au Centre Bell étaient du même genre que ceux que l’on avait vus à un concert de Coldplay en 2012. Après la mise en bouche de O mio babbino caro de Maria Callas et un extrait d’un discours de Charlie Chaplin dans Le dictateur, les milliers de bracelets se sont illuminés en rouge pour A Head Full of Dreams. On a beau s’y attendre, l’effet est toujours aussi saisissant.

Matraquage en règle

Lumière monochrome pour Yellow (en jaune, bien sûr), tricolore pour Every Drop Is a Waterfall (bleu, blanc, vert) et de toutes les couleurs pour Paradise : les variations étaient multiples et menaient à un matraquage en règle des pupilles.

D’autant plus que les images sur les écrans, les faisceaux de lasers et les contours de la scène baignaient dans un océan de couleurs sans limites. Mon quincaillier n’a pas tant de choix dans ses palettes de couleurs au rayon de la peinture. Si le budget pour les bracelets est colossal (environ 500 000 $ par spectacle), ceux des confettis (utilisés une chanson sur trois) et des ballons (environ 150) doivent être respectables.

Il est rare de s’attarder d’entrée de jeu à l’enrobage d’un spectacle plutôt qu’à sa substance, mais Coldplay figure parmi la poignée de groupes où cet élément est devenu un incontournable. Presque qu’une seconde nature, en fait. Au point que l’on ressent parfois une impression de vide quand Martin, Jon Buckland, Guy Berryman et Will Champion laissent tomber les artifices.

Creux de vague

Après une première demi-heure fougueuse farcie de vieux succès et une version ravageuse de Paradise, le spectacle est tombé à plat durant quelques minutes quand les musiciens ont pris place sur la petite scène au milieu du parterre.

Il faut dire que la chanson Always in my Head est probablement la moins bonne que l’on a entendue de la soirée. Et Magic, contrairement à son appellation, en manquait bigrement. Martin a sauvé les meubles avec la toute nouvelle pièce Everglow, après avoir demandé à la foule de faire preuve d’une « énergie québécoise » et d’envoyer de bonnes vibrations en Syrie, à Manchester (en raison de l’attentat)... et à la Maison-Blanche.

Irrésistible et charmeur, ce Chris Martin, qui s’exprime bien en français. Il a fait ses décomptes « 1, 2, 3, 4! » dans la langue de Molière et a emprunté au Belge Stromae avec un « Alors on danse » au milieu de Paradise et un bout de Formidable, durant In my Place. Le chanteur a aussi offert une interprétation de Fix You couché sur le dos et il a demandé aux spectateurs de fermer leur téléphone intelligent après quelques mesures de la furieuse Charlie Brown. Tout le monde a suivi le mouvement. Excellente initiative.

Bain de foule

L’autre bonne idée, c’est bien sûr l’autre scène, celle installée au milieu de la section 116, au beau milieu des spectateurs. Finalement, au même endroit qu’au spectacle de 2012. Quatre chansons au menu : In my Place, Don’t Panic, du premier disque (Parachutes), interprétée par Will Champion, Us Against the World et une vraie de vraie surprise.

« Je vais la faire parce que quelqu’un a crié très, très fort », a dit Martin en montrant quelqu’un dans la foule, tandis que ces collègues regagnaient la scène principale. Et là, à la guitare acoustique, le chanteur a interprété Green Eyes, tirée de A Rush of Blood to the Head (2002). Comme quoi, Coldplay peut encore séduire lorsque mis à nu. Mais parfois, la production sert à mieux faire passer les récentes chansons, pas aussi fortes que certaines du passé.

Est-ce que Hymn for the Weekend, avec ses effluves arabisantes et sa rythmique un peu pépère, aurait été aussi bien accueillie sans la pluie de milliers de confettis? Est-ce que Adventures of a Lifetime, avec son tempo mollasson, aurait aussi bien passé la rampe sans l’arrivée des ballons? Pas sûr. Mais la formule a fait ses preuves. Car formule il y a. Tout ce que je viens d’énumérer sur le plan de la production, on l’a déjà vu il y a cinq ans. Seule une partie de la sélection de chansons a été changée.

Mais personne ne va s’en plaindre, moi le premier, quand Coldplay aligne des titres fédérateurs comme The Scientist et God Put a Smile Upon Your Face, ainsi que Clocks et Viva la Vida.

Après tout, nous sommes en 2017 et il faut vivre dans un monde ou le noir et le rouge, couleurs de la haine et du sang, sont par trop prédominants. Aussi bien chanter sa vie. Et le faire en couleurs.

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