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Collusion à Laval : Tony Accurso dit n’avoir rien à se reprocher

L'entrepreneur Tony Accurso nie formellement avoir participé à un système de partage de contrats à la Ville de Laval sous le règne de l'ancien maire Gilles Vaillancourt. Il a témoigné lundi à son procès pour fraude et corruption au palais de justice de Laval.

Un texte de Geneviève Garon

« Moi, je n’étais pas au courant du système de collusion », a déclaré Tony Accurso, debout à la barre des témoins.

D’entrée de jeu, son avocat lui a posé neuf questions pour répondre directement aux témoins de la Couronne.

« Non », il n’a pas participé à un système de partage de contrats à Laval.

« Non », il n’a pas remis deux enveloppes contenant 200 000 $ en argent comptant à un collecteur de ristournes de l’ex-maire Gilles Vaillancourt, tel que raconté par le témoin du ministère public, Marc Gendron.

« Définitivement pas », ses rencontres une à cinq fois par année avec M. Vaillancourt n’avaient rien de secret, contrairement à ce que la secrétaire du maire a affirmé sous serment plus tôt dans le procès.

Vêtu d’un veston bleu marin et d’une cravate bleu pâle, c’est avec le sourire que l’entrepreneur Tony Accurso a offert de longues réponses au jury.

Questionné deux fois sur la collusion

À deux reprises, en 1997 et 2002, « l’ami de longue date » de Tony Accurso, l’ancien directeur général de la Ville de Laval Claude Asselin, lui aurait parlé d’un système de collusion.

« Tony, as-tu entendu parler d’un système de ristournes à Laval? », lui aurait-il demandé la première fois. M. Accurso aurait répondu par la négative avant de questionner les présidents de ses entreprises Louisbourg Construction et Simard-Beaudry, qui auraient aussi nié.

« Je n’ai pas fait un gros drame avec ça parce que je ne voyais pas un problème comme tel puisque [...] je n’avais jamais entendu parler de ça. »

Cinq ans plus tard, toujours lors d’un souper amical, M. Asselin lui aurait directement demandé s’il participait à un système de collusion. Encore une fois, M. Accurso aurait nié avant de s’adresser à ses hommes de confiance, Joe Molluso et Frank Minicucci.

« Non, nous autres on n’est pas au courant et on ne participe pas à un système de collusion à Laval », auraient-ils répondu.

« Les enjeux étaient énormes si tu étais pogné dans une activité qu’on peut clairement dire illégale. [...] C’est bien simple, tu perds tout, tu ne peux plus continuer », a ajouté l’accusé de 66 ans, en faisant référence au financement des banques, au cautionnement et au soutien de la FTQ-Construction.

Il déléguait à ses hommes de confiance

« Je suis un bâtisseur. Franchement, la gestion de jour en jour, je trouvais ça plate », a lancé Tony Accurso.

« Ça ne m’a jamais intéressé de faire une soumission. Premièrement, c’est extrêmement compliqué », a-t-il déclaré, en assurant que les présidents de ses entreprises n’étaient pas des « yes men » et ne le consultaient pas sur une base régulière pour les appels d’offres.

Pendant ce temps, Tony Accurso se concentrait plutôt sur les acquisitions, le financement et le développement de son empire. « Je voulais que mes entreprises soient "intouchables" », a-t-il expliqué au jury.

« Tu vas plaider coupable »

« J’ai eu un tête à tête pas mal raide avec M. Molluso » après leur arrestation le 9 mai 2013, a indiqué Tony Accurso. « Il m’a admis qu’il a fait la collusion. Il m’a admis qu’il a remis le 2 %. »

« En temps et lieu, Joe, tu vas plaider coupable et assumer ce que tu as fait », lui aurait répondu l’accusé, ce que M. Molluso a finalement fait.

Frank Minicucci, lui, aurait assuré n’avoir « rien à voir là-dedans ».

Une relation tendue avec Vaillancourt

« Monsieur Vaillancourt ne disait jamais non. Il disait oui et il ne faisait jamais rien. C’était ça son style », a déclaré Tony Accurso qui voulait rencontrer l’ancien maire « le moins possible ».

Chaque fois qu’il souhaitait lui parler d’un projet, Gilles Vaillancourt était en retard et l’amenait au restaurant pour discuter. « Il aimait se vanter », a souligné l’accusé, avec amertume. L’entrepreneur se serait fait refuser de nombreux projets à Laval et il réfute avoir été dans les bonnes grâces de l’ex-maire.

Par ailleurs, il a nié avoir déjà tenu une réunion dans son bureau avec des entrepreneurs, pour convaincre l’un d’eux de ne pas abandonner le système de collusion. Il n’aurait pas eu avantage à garder un compétiteur, s’est-il justifié, contredisant ainsi le témoignage de Mario Desrochers, anciennement de la firme Sintra.

Discussion distraite avec un compétiteur

Par contre, Tony Accurso se souvient avoir reçu un dirigeant de Valmont Nadon Excavation dans son bureau en 2005 pour discuter d’un contrat en lien avec le contrat lavallois du « fossé Boudrias ». Comme il était en train de négocier une acquisition et attendait un appel important, il « ne comprenait absolument rien » et se serait engagé à parler à Gilles Vaillancourt distraitement.

Par la suite, son bras droit et cousin Joe Molluso lui aurait dit « laisse faire, je m’en occupe » et Tony Accurso n’aurait pas « du tout, du tout, du tout » géré le dossier.

Il contredit donc le témoignage de Gilles Théberge qui disait s’être adressé à Tony Accurso puisque deux entreprises du stratagème frauduleux avaient été sélectionnées par erreur pour remporter un appel d’offres. Selon lui, l’accusé avait fait pression sur le maire pour obtenir le contrat.

Tony Accurso est le septième et dernier témoin de la défense. Il est accusé de fraude, corruption, abus de confiance et complot. Son contre-interrogatoire se poursuit mardi.

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