De nombreux adolescents ont du mal à composer avec le stress de la vie quotidienne. Un chercheur de l'UQAM et le CISSS de Lanaudière ont développé une approche très concrète qui permet aux jeunes d'apprivoiser les situations stressantes. Une formation prometteuse qui a même été reprise en France.

Un texte de Vincent Maisonneuve

Roxane, 16 ans, tente tant bien que mal de se faufiler entre les barreaux d’un étroit labyrinthe en forme de cage en bois. L’expérience n’est pas très agréable, mais Roxane accepte volontiers le défi. Elle est ici pour apprendre à mieux gérer son stress. « Oui, le labyrinthe peut paraître fort impressionnant. Mais on ne force jamais un jeune. On propose au jeune un défi et on voit comment il réagit », explique Jonathan Bluteau.

Le chercheur de l’UQAM a créé, en collaboration avec les éducateurs spécialisés du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière, le programme In vivo. Une trentaine de jeunes du Centre jeunesse de Lanaudière y développent, chaque année, des compétences pour faire face au stress. Puisque Roxane a été prise en charge par la DPJ, nous devons protéger son identité.

« Les jeunes qui sont en centre jeunesse ont des "stresseurs" réels propres à leur vécu », explique M. Bluteau. « Dans le cas de Roxane, c’est une jeune fille qui va vivre de l’anxiété qui va se manifester par des comportements agressifs ou de colère. »

Pendant que Roxane cherche son chemin dans le labyrinthe, à l’extérieur, une éducatrice l’aide à reconnaître les signes de stress. « J’ai l’air d’une épaisse quand je me tortille entre les barreaux », s’énerve l’adolescente. L'éducatrice lui suggère de se calmer en utilisant une technique de respiration. Elle demande à Roxane de réfléchir à une stratégie pour se sortir de l’impasse.

« Est-ce que je peux avoir de l’aide pour sortir d’ici? » demande Roxane. L'éducatrice retire une série de barreaux pour permettre à Roxane à s’extirper du labyrinthe.

« Demander de l’aide, on l’a vu avec Roxane, est une stratégie favorable », souligne Jonathan Bluteau. « Certains jeunes vont choisir un repli sur soi, ils ne s’affirmeront pas. Dans la vie réelle, ça peut mener à des problèmes si je ne m’affirme pas, si je ne suis pas capable de dire à quelqu’un : "non, je n’aime pas ça". »

Pendant les 10 séances du programme, Roxane rencontre, avec un petit groupe de jeunes, deux éducateurs. Ensemble, ils discutent des choses qui les ont stressés durant la semaine. Autour d’une table, le groupe passe en revue les différentes stratégies à adopter pour mieux gérer le stress. On propose ensuite à chaque jeune un défi, que ce soit de traverser le labyrinthe, de grimper un mur d’escalade ou encore d'exécuter certaines figures sur le trampoline.

Chaque défi est adapté en fonction des capacités de l’adolescent. Par exemple, comme Roxane est très à l’aise sur le mur d’escalade, l’éducateur va donc lui demander de grimper en portant une mitaine de laine qui limite sa capacité à s’agripper à la paroi.

Claude Julien, l’éducateur spécialisé qui accompagne les jeunes, explique que « de hausser le défi pour Roxane, c’est simplement l’occasion de faire apparaître le malaise et d’identifier ses signes de stress pour qu’elle soit en mesure de mieux s’adapter ». Jonathan Bluteau ajoute que de « bien gérer le stress est un facteur protecteur face à la santé mentale ».

Roxane affirme que la formation a changé sa façon de percevoir les choses. « Avant, j’avais une spirale négative. Je nourrissais moi-même mon propre stress. Alors, il prenait de l’ampleur. Ça m’a aidée à trouver des façons de le gérer. Par exemple, durant les examens à l’école, ça m’aide à rationaliser au lieu d’être dans l’émotif. Ça m’aide à gérer mes choses. »

Le programme In vivo est actuellement donné dans trois centres jeunesse et trois commissions scolaires. Des institutions françaises ont également adopté cette nouvelle approche. « On est implanté en France dans un réseau qui est similaire aux centres jeunesse, explique M. Bluteau. Selon lui, cette méthode à la fois très concrète et ludique favorise l’engagement des jeunes et vient combler un besoin réel chez les adolescents.

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