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Commandites : les plaidoiries au procès de Jacques Corriveau débutent

Jacques Corriveau aurait touché 6,5 millions de dollars en pots-de-vin, en permettant à des sociétés de communication du Québec d'obtenir des commandites du gouvernement fédéral. C'est sa relation de longue date avec l'ancien premier ministre Jean Chrétien qui lui aurait permis de tirer les ficelles au Parti libéral du Canada (PLC). C'est du moins la thèse défendue par la Couronne dans sa plaidoirie finale au procès de l'homme de 83 ans.

Un texte de Geneviève Garon

Jacques Corriveau est visiblement très irrité pendant que le ministère public fait la synthèse de ses arguments devant le jury. Il soupire, chuchote et accueille avec des rictus moqueurs certaines déclarations de la Couronne qui lui semblent non fondées.

La preuve de la poursuite repose en grande partie sur une documentation volumineuse. Des chiffres, beaucoup de chiffres. Les procureurs Jacques Dagenais et Fotini Hadjis rappellent aux jurés les éléments les plus percutants des témoignages qui ont été entendus pendant le procès.

Leur position est claire : Jacques Corriveau était un familier de Jean Chrétien et de sa femme, Aline. Et cela ne date pas d'hier : en 1984, M. Corriveau avait aidé M. Chrétien dans sa course à la direction du PLC. En plus de se voir dans des soupers, M. Corriveau aurait déjà nagé avec l'ancien premier ministre et joué du piano avec Mme Chrétien.

Cette proximité aurait permis à Jacques Corriveau de se forger une grande influence au sein du PLC. Au point que le « tout-puissant Charles Guité », celui qui dirigeait le programme des commandites dans le ministère des Travaux publics, ne posait pas de questions quand M. Corriveau lui demandait une commandite pour les entreprises Polygone et Groupaction, selon Me Dagenais. Le procureur doute sérieusement que M. Chrétien lui-même ait été au courant du stratagème.

À elle seule, la compagnie Polygone a touché 40 millions de dollars en commandites, avait affirmé son ancien dirigeant Luc Lemay.

Train de vie luxueux

La poursuite explique qu'au début des années 90, Jacques Corriveau éprouvait de sérieux problèmes financiers, au point d'omettre de faire des paiements hypothécaires.

Le vent a tourné quand les libéraux sont arrivés au pouvoir en 1993 et qu'ils lui ont donné des contrats de publicité. Par la suite, entre 1997 et 2003, le stratagème frauduleux des pots-de-vin lui aurait permis d'empocher 6,5 millions de dollars. L'argent aurait servi à faire quadrupler la valeur de sa maison : piscine intérieure, verrière, cave à vin, agrandissements, etc. Le couple avait aussi une voiture de marque Lexus, des fourrures, et se payait des voyages.

Pour toutes ces raisons, la poursuite demande au jury de déclarer Jacques Corriveau coupable des trois chefs d'accusation qui pèsent contre lui : fraude envers le gouvernement, fabrication de faux documents et recyclage des produits de la criminalité.

En attendant la réplique de la défense

Mardi matin, l'avocat de Jacques Corriveau, Me Gérald Soulière, prendra à son tour la parole devant les jurés. Il tentera de les convaincre que son client n'a pas agi illégalement.

Après avoir reçu les directives du juge Jean-François Buffoni, le jury sera séquestré jusqu'à ce qu'il en arrive à un verdict unanime. D'ores et déjà, on murmure que les délibérations pourraient être longues, la documentation déposée en preuve étant complexe.

Les jurés devront décider du sort de l'octogénaire, sans jamais l'avoir entendu, puisque Jacques Corriveau n'a pas témoigné pour sa défense.

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