Retour

Comme un fruit mûr, Claude Julien cueille une équipe qui peut veiller tard

BILLET – Les saisons de la LNH sont longues. Lorsqu'on décortique à la pièce les 82 matchs et les soubresauts qui marquent le calendrier d'une équipe, il est très facile de perdre de vue l'ensemble du portrait.

Depuis le début de janvier, le Canadien a vécu une hallucinante glissade qui s’est soldée mardi par le congédiement de Michel Therrien et par le retour de Claude Julien derrière le banc de l’équipe.

Mais quoi qu’en disent une majorité d’observateurs, cet épisode ne change rien au fait que le Canadien forme toujours l’une des très bonnes équipes de la LNH.

***

Lorsqu’il s’était fait congédier par les Bruins de Boston la semaine dernière, Claude Julien avait annoncé à sa femme qu’il entendait se la couler douce pendant trois mois… à moins que surgisse une offre qu’il ne pourrait absolument refuser.

Quelques jours plus tard, alors que le couple séjournait au Vermont, le téléphone a sonné. C’était Marc Bergevin.

Encore aujourd’hui, Julien doit se pincer pour s’assurer que ce coup de fil était bien réel.

- Une semaine après avoir été viré, Julien se retrouve détenteur du plus long et plus lucratif contrat jamais consenti à un entraîneur du Canadien. On parle ici d’une entente valide jusqu’à la fin de la saison 2021-2022, et dont la valeur se situe autour de 25 millions. Ce n’est pas rien!

- En plus de cette sécurité financière, l’entraîneur de 56 ans se retrouve désormais aux côtés d’un directeur général combatif qui n’hésite pas à « descendre dans les tranchées » (pour reprendre l’expression employée par Bergevin) pour défendre ses entraîneurs, ou pour rehausser la qualité de sa formation.

- Et par-dessus tout, alors que s’amorce le dernier droit du calendrier, Julien hérite d’un cadeau qui semble tombé droit du ciel : une équipe expérimentée occupant le premier rang de sa division et qui ne nécessite qu’une enthousiaste remise à niveau.

Bref, c’est un peu comme si Julien avait gagné trois fois de suite le tirage de la Lotto Max.

***

Avant de répondre aux questions des journalistes mercredi après-midi, le nouvel entraîneur du CH a fait preuve de grande classe en soulignant les qualités de Michel Therrien et en lui souhaitant la meilleure des chances pour l’avenir.

C’était de très bonne guerre. Rarement a-t-on vu un entraîneur congédié laisser derrière lui une équipe en position aussi avantageuse.

En dépit du tumulte et de l’inertie des six dernières semaines, le CH :

- présente la 11e attaque de la LNH (malgré le fait que les deux tiers des attaquants soient en panne depuis 16 matchs), alors que l’équipe devrait normalement se situer parmi les cinq ou six premières formations à ce chapitre.

- possède la 8e défense de la LNH, malgré le fait que Carey Price ait cessé de briller depuis le début de décembre.

- mise sur la sixième unité de supériorité de la LNH, même si elle est en panne deux semaines.

- figure au quatrième rang de la LNH en ce qui a trait à l’un des plus importants indicateurs de succès : le rendement à 5 contre 5. Les autres membres de ce prestigieux top 5 sont les Capitals de Washington, le Wild du Minnesota, les Penguins de Pittsburgh et les Blue Jacket de Columbus, qui sont toutes des équipes dominantes de la ligue.

Claude Julien sait parfaitement qu’il vient de prendre les commandes d’une excellente machine de hockey. D'une équipe capable de disputer trois tours éliminatoires ou plus. C’est notamment pour cette raison que l’offre de Bergevin lui était irrésistible.

***

Le nouvel entraîneur du CH rencontrait ses adjoints pour la première fois ce jeudi à Brossard.

Il apportera assurément des ajustements qui rendront la défense du CH plus étanche et qui aideront Carey Price à retrouver son intimidante aura des deux premiers mois de la saison. Durant les neuf saisons complètes qu’il a passées à Boston, Claude Julien a permis aux Bruins de terminer cinq fois parmi les trois meilleures équipes défensives de la LNH.

Par ailleurs, la seule présence d’une nouvelle voix dans le vestiaire redynamisera immanquablement l’équipe. Pas par magie, mais simplement parce que l’arrivée d’un nouvel entraîneur force tous les joueurs d’une formation à remettre le compteur à zéro.

Ceux qui s’estimaient mal utilisés par Therrien tenteront de prouver au nouveau maître des lieux qu’ils méritent davantage de responsabilités. Et à l’inverse, ceux qui étaient dans les bonnes grâces de Therrien lutteront encore mieux pour préserver leur statut.

***

À la fin du camp, en imaginant une saison sans trop de heurts et de blessures, j’écrivais qu’au cours de la dernière décennie, les équipes ayant pris part à la finale de la coupe Stanley avaient en moyenne cumulé un différentiel se situant entre +35 et + 43 au cours de la saison. Et j’ajoutais que pour une rare fois, le Canadien allait être en mesure de présenter de telles statistiques.

Il faut miser sur une formation très équilibrée pour présenter des chiffres semblables.

Or, si l’arrivée de Julien provoque les effets escomptés (c’est-à-dire un simple retour à la normale), le CH bouclera le calendrier avec une centaine de points au classement. De plus, l’équipe revendiquera environ 236 buts marqués et quelque 195 buts accordés (soit un différentiel de +41).

Aussi incroyable que cela puisse paraître, malgré le fait qu’un quart de saison ait été lancé par-dessus bord, ce club est encore en mesure – très logiquement – de terminer la saison dans la cour des grands et de présenter son meilleur différentiel depuis… la saison 1992-1993.

Ce que l'ensemble du portrait nous indique, c'est que le printemps ne sera peut-être pas aussi court que certains le croient.

Plus d'articles